Correspondance de Napoléon, \y
2. Cf. M. Handelsman, i3i. — Ranke, Mémoires de Hardenberg,Ul, 492. — Vandal, I, 91-92. — J. H. Rose, III, i3i, iSa, note.
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en ces conclusions générales : reconstitution partielle de la Pologne sous la forme du duché de Varsovie ; mais aussi reconstitution partielle de la monarchie prussienne, avec le Brandebourg, la Poméranie, la Silésie et la vieille Prusse. L'influence française pénétra par la Pologne jusqu'à la Vistule ; mais l'influence russe demeura puissante en Prusse jusqu'à TElbe.
Les épées demeurèrent croisées. Car le traité de Tilsit ne fut pas un traité de paix définitive, mais une étape de la conquête napoléonienne. La dernière analyse n'y trouve pas des règlements de compte sans arrière-pensée, mais au contraire des préparations pour des entreprises nouvelles. Il ne donne pas à l'Europe une situation politique que l'on puisse estimer durable. Encore une trêve.
Tout arrangé ainsi entre les deux empereurs, les écritures furent finies par Talleyrand, Lobanof et Kourakine.
Il n'y eut pas de négociation avec la Prusse. Elle fut passive, comme la Pologne : des pions sur l'échiquier.
Kalkreuth, qui était officiellement chargé des intérêts de Frédéric-Guillaume, ne savait que conseiller à son roi d'être aimable, gai, d'avoir le sourire : « Votre Majesté, disait-il, obtiendra d'importants résultats si elle traite Bonaparte avec amitié et cordialité. Il n'attend, ne demande que cela, et cela est si facile. On s'afflige profondément de la dangereuse froideur de Votre Majesté envers lui. On s'imagine que Votre Majesté le boude, le méprise publiquement, on affecte l'air d'avoir une mauvaise conscience, ce qui n'est pas le cas, et on ne se l'explique que par la certitude que Votre Majesté était malade... L'Empereur de Russie est au mieux avec Napoléon; Votre Majesté pourrait très facilement être sur le même pied et tout serait dit. »
Le roi ne put forcer son naturel, qui ne pouvait être gai, surtout en de telles circonstances. Alors Kalkreuth eut l'idée d'appeler la reine Louise à Tilsit, et de faire interAenir son
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« admirable affabilité ». — « Bien que Napoléon, disait-il, ne soit pas accoutumé à frayer dans la société de femmes d'une haute éducation, il faut lui rendre la justice qu'il se conduit dans une pareille société comme un homme poli et bien élevée » Ce Prussien est amusant.
Pour n'avoir rien à se reprocher, la reine se risqua. Elle arriva à Pictupoenen le 4 au soir ; le tsar l'y vint voir le 5, et elle y fut saluée au nom de Napoléon par le grand écuyer Caulaincourt ; car l'Empereur connaissait les bonnes manières. Elle vint à Tilsit le 6, descendit à la maison du meunier. Napoléon lui porta ses hommages et se tint convenablement.
« Il est excessivement laid, écrit à ce propos la comtesse de Voss, la figure grasse, bouffie et jaune, très gros, bas sur jambes et sans proportion ; ses grands yeux regardent partout, son expression est sévère ; il semble l'incarnation du destin ; seulement sa bouche est bien faite et ses dents sont belles. »
On connaît le récit de cette pénible et vaine démarche de la reine Louise ; il est de cette histoire anecdo tique qui tente les écrivains. Il a été admirablement fait par Sorel, par \andal, mieux encore par Napoléon : « Elle me reçut sur un ton tragique, comme Chimène : — Sire ! Justice! Justice! Magdebourg ! on eût dit M"* Duchesnois dans la tragédie. — Elle continua sur ce ton qui m'embarrassait fort ; enfin pour la faire changer, je la priai de s asseoir ; rien ne coupe mieux une scène tragique; car, quand on est assis, on devient comédie ' . »
Le soir du 6, elle présida le dîner impérial ; elle insista auprès de I Empereur pour qu'il fût généreux, pour qu'il laissât à la Prusse son boulevard de Magdebourg. Il fut