LIV. III, CHAP. II. 3l
Cependant le gouvernement, informé de la descente de Napoléon, voulut prendre des mesures pour l'arrêter; mais tout fut inutile. Le ministère s'aperçut trop tard de ses fautes : il n'était plus . temps de les réparer ; le coup était porté. Ces soldats que Ton rappelait, ces officiers^ que l'on replaçait, ces promesses que l'on faisait, tout cela était dû aux circonstances, et on le sut bien. L'armée ayant manqué, le peuple demeura neutre, ou même prit parti dans le mouvement, et le roi dut quitter Paris. Accompagné de quelques serviteurs fidèles et' de sa maison militaire, il se re» tira à Lille, puis à Gand, où il attendit les événements '.
Cependant Madame , duchesse d'Angoulême , le duc d'Angoulême et le duc de Bourbon étaient dans les départements, et voulaient conserver au roi les provinces de l'ouest et du midi. Le projet de M. le
■ Parmi les mesures dont Nap9le'oii fut Fob jet , on remarque Tordonnance du 16 mars ; elle porte que « Napoléon Bonaparte est déclaré traître et rebelle y pour s'être introduit à main armée dans le département du Yar. Il eàt enjoint à tous les gouverneurs , commandants de la forcée armée , gardes nationales y autorités civiles , et même aux 'simples citoyens de lui courir sus , de l'arrêter et de le traduire incontinent devant un conseil de guerre , qui » après avoir reconnu l'identité , provoquera contre lui Tapplication des peines prononcées par la loi. »
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' duc de Bourbon, d'insurger laVendée, n'ayant pas réussi, le prince s'embarqua, le i *' avril , à Paîmbœuf, et quitta la France. Madame était à Bordeaux. La population lui était dévouée ; mais, à l'approche du général Clausel , toutes les troupes ayant arboré les trois couleurs, Madame désespéra de se maintenir; et ne voulant commencer une lutte dont les suites ne pouvaient qu'être fâcheuses , elle prit le parti de s'éloigner de Bordeaux, et fut s'embarquer sur le sloop de guerre anglais le fFanderer. Mais, avant que de mettre au large, le bâtiment fut entouré d'une foule de petites barques montées par les hommes qui avaient Composé la garde de la princesse , et qui demandaient avec instance de la revoir encore. Madame parut sur le pont ; alors chacun voulut avoir quelque chose qui lui eût appartenu. Elle donna ses rubans qui furent à l'instant partagés ; et comme ils ne suffisaient pas, elle détacha les plumes qui flottaient sur son chapeau, comme le panache de Henri IV. '
Si l'on ne peut trop admirer le courage que déploya Madame dans ces circonstances difficiles , on ne peut non plus trop déplorer le sort qui lui fut réservé : à peine connut-elle le rang qu'elle occupait que nos discordes civiles vinrent l'agiter et la remplir d'épouvante : la journée de