CHAPITRE II
Napoléon était à Fîle d'Elbe. Aurait -il eu la pensée de la quitter, si le traité de Fontainebleau eût été exécuté, et si l'on n'eût projeté de l'enlever? Non. Si le gouvernement finançais eût senti les besoins de la nation, et marché franchement avec elle, Napoléon eût -il tenté de rentrer en France? Non.
L'île d'Elbe lui avait été cédée en toute souveraineté, et l'on s'occupait de l'en dépouiller. Dès le mois d'août 18149 on disait tout haut que c'était une faute de l'avoir traité si doucement ; qu'au lieu de. lui donner une principauté en Europe, il aurait fallu lui faire une prison dans^ quelque île isolée, telle, par exemple, que Sainte-Hélène ou Sainte-Lucie.
Ces regrets pénétrèrent jusqu'au congrès de Vienne; et si l'on en croit les bruits qui coururent alors et les rapports qui furent faits depuis , il y fut réellement question de transporter Napoléon sur un rocher au milieu des mers : on disait même d'où était venue la proposition , et qui l'avait faite.
Lïv, m, CHAP* II. 3i3
Il parait que Napoléon eut connaissance du sort qui lui était réservé, ou du moins qu'on lui présenta comme certaine la résolution de Fenlever . Il dut chercher à sortir de cette position , à quelque prix que ce fût. Il n'avait rien à attendre d'aucune des puissances signataires du traité de Fontainebleau , puisqu'il est démontrjé que ce traité était violé dans ses principales dispositions , et que pas une des puissances n'en réclamait l'exécution au nom du monarque déchu '.
Napoléon, n'ayant aucun moyen de se faire entendre dans le cabinet des rois, ne pouvait
« Sîre , Les ministres de votre majesté estiment qu'il est nëces*saire d'arrêter la disposition des meubles «t immeubles qui ont appartenu ^ la famille de Bonaparte , et de les conserver par l'apposition d'un séquestre , jusqu'à ce que votre majesté en ait autrement ordonné : ils supplient le roi de les autoriser à cette mesure.
Signé, le chancelier de France, Ùambrày; le. ministre de l'intérieur, l'abbé de Montesquioc; Feraand; Louis j le comte Beugnot , ministre secrétaire d'état ; le maréchal duc DE Dalmatie ; Blacas d'Aulps ; François de Jaucourt. Approuvé ; luovis,
Paris 9 18 décembre i8i4* Pour copie conforme y le ministre secrétaire d'état de la maison du roi , signé Blacas d'Aulps.
Pour copie conforme | signé ovc de Gaete.
( Moniteur » x 5 avril 1 8 1 5. )
3l4 NAPOLIÉOW ET l'eTJHOPE.
prendre qu'un parti , celui de sortir de son île , et de chercher sa sûreté sur le contii^ent. Il jeta ses regards sur la France, et vit tout le parti qu'il pourrait tirer de la fausse direction qui avait été donnée aux esprits. Il résolut de remonter sur le trône. Il partit donc de Tîle d'Elbe le 26 février i8i5 , à neuf heures du soir, et descendit aux Tuileries le 20 mars , à la même heure.
Le débarquement de Napoléon, sa marche rapide, la conduite de la troupe et des chefs militaires, ont Ëdt croire que cet événement était le résultat d'une conspiration concertée de longue main. Rien n'était plus faux; Napoléon seul avait conçu son plan. Ceux qui l'accompagnaient ne le connurent qu'au moment du départ, et nul en France n'en eut avis que lorsqu'il eut posé le pied sur le territoire. Si l'armée échelonnée sur son passage alla grossir ses rangs , si les chefs volèrent à sa rencontre, si des hommes de toutes les classes coururent offrir leurs services, c'est qu'ils furent entraînés par la force des choses et par un enthousiasme populaire dont il était difficile de se défendre, c'est qu'ils étaient subjugués par des antécédents qui vinrent se rattacher à ces circonstances extraordinaires , c'est qu'il y avait beaucoup de mécontents ; mais de la préméditation 9 il n'y en eut pas*