‹ Napoléon et l'Europe, fragments historiquesChapitre 105 sur 139 · DÉPÊCHES TÉLÉGRAPHIQUES · texte numérisé non relu

DÉPÊCHES TÉLÉGRAPHIQUES

Montélimar, le 9 avril à neuf heures du matin.

Le lieutenant-général Grouchy au ministre de

la guerre*

L'échauffourée du duc d'Aiïgoulême est terminée; le drapeau tricolore est arboré dans tout le Midi-

Le duc d'Angoulême , poussé par mes troupes , dont l'avant-garde occupe Donzère, ayant sur ses derrières le général Gilly, qui avait débouché par le Saint-Esprit , et sur son flanc gauche les gardes nationales du Dauphiné, a capitulé.

Abandonné par toutes, ses troupes de ligne.

Liv. m, CHAP. II. 533

il ne lui restait que quinze cents hommes et six pièces de canon. On le conduit sous bonne escorte à Cette ^ où il sera embarqué \ Dans ce moment le général Groiichy ne pen-

I La dépêche tëlëgrapbiipie annonçant la convention conclue par le gênerai Gilly fut apportée sur-le-champ à Napoléon par le duc de Bassano, et ce ministre, malgré l'opposition de plusieurs personnages, décida son maître à répondre par la même voie du te'légraphe qu'il approuvait la capitulation. Peu de moments après une seconde dépêche annonça que le gênerai Grouchy n'avait pas cru devoir autoriser, sans l'aveu de l'empereur, l'exécution de la convention , et que le duc d'Angouléme s'était constitué prisonnier. Le duc de Bassano se hâta de transmettre les premiers ordres de Napoléon , et ne l'instruisit de l'annulation de la convention que lorsque l'obscur i té de la nuit eut rendue impossible toute communication télégraphique. Napoléon eut connaissance de la généreuse hardiesse de son ministre, et loin de lui ep savoir mauvais

gré, lui dicta la lettre suivante ' :

Paris, Il avril i8i5,

« M. le comte Grouchy, l'ordonnance du roi , en date du 6 mars , et la déclaration signée le i3 à Vienne , par sçs ministi^es , pourraient m'autoriser à traiter le duc d'Angoulên^e comme cette ordonnance et cette déclaration voulaient qu'on me traitât moi et ma famille ; mais, constant dans les dispositions qui m'avaient pointé à ordonner que les membres de la famille des Bourbons puissent sorlir librement de France, ' mon intention est que vous donniez des ordres pour que le duc d'Angouléme soit conduit au port de Cette , où il sera embarqué , et que vous veilliez à sa sûreté ^t à écarter de sa personne tout mauvais traitement. Vous aurez soin seulen^ent de retirçr les fonds qui ont été enlevés des caisses publiques, * Fleury de Ghaboulon. Fletoircs et oonquite* , etc. « etc.

334 NAPOLÉON ET L'EtlHOPE.

sait point que le soir même il se déciderait à méconnaître la capitulation : il annonçait son existence et son exécution en même temps.

et de demander au duc d*AngouIéme qu'il s'oblige à la resti* tution des diamaats de la couronne , qui sont la propriété de la natioui Tous lui ferez connaître en même temps la dispo sition des lois des assemblées nationales qui ont été renouvelées y et qui s'appliquent aux membres de la famille des Bourbons qui rentreraient sur le territoire français \

n La dépêche télégraphique fut remise par le duc de Bassano à Napoléon à son lever. On conviendra qu'il y avait lieu à délibération ; mais tout se passa entre Napoléon et son ministre 9 et en une demi-heure il fut décidé que la capitulation serait exécutée. Quelques oppositions se manifestèrent dans raprès-midi, lorsque la nouvelle eut été connue. Un rapport du *** , après avoir rappelé à Napoléon Tordre de iui courir sus publié contre lui , développait les motifs de ne pas se dessaisir d'un otage aussi précieux que l'était le duc d'Ângouléme. Le soir, à son travail avec Napoléon, le duc de Bassano lui remit une seconde dépêche télégraphique f annonçant que, d'après le refus de la ratification par le général en chef, la capitulation n'existait plus. Napoléon demanda à son ministre si la première dépèche était partie ? —Oui.— Si avant que de l'expédier il avait reçu la seconde? —Oui. — Napolifon approuva la conduite de son ministre ; et s'il était besoin de dire pourquoi , à ceux qui liront ceci > ils feraient incapables de le comprendre : le caractère de Napoléon leur serait inconnu. Et le duc de Bassano erre dans l'exil I ! ! »

* UoniUur du i a avril 181 5.

* MémotHêdé Napoléon , par le comte de MoQtholon » tom. IL

tiv. III, CHAP. II. 335

Mais, arrivé au Saint-Esprit dans la journée du g amly le général Grouchy se rappela ses instructions, et demanda les ordres de Napoléon. La nouvelle dépêche partie du Saint-Esprit le dix fut transmise par le télégraphe de Lyon le onze, et arriva le même jour à Paris. Le Moniteur la publia le lendemain douze.

Paris, Il SYril.

Les rassemblements des gardes nationales du Dauphiné qui s'étaient portés sur les derrières de la petite troupe du duc d'Ângouléme n^ont pas voulu reconnaître la capituUtion, parcequ'elle n'avait point encore reçu Tapprobation du général Grouchy : ils ont arrêté le duc d*Angoulême. Le général Grouchy en a rendu compte à Fempereur par le télégraphe, et a pris ses ordres'.

Il est inexact de dire que ce sont les gardes nationales qui n'ont pas voulu reconnaître la convention. Il se peut qu'elles aient manifesté quelque opposition; mais quant à la convention, j'ai dit plus haut comment elle avait été méconnue^

> On a dît dans une biographie que le général Grouchy n'avait pas ratifié la convention, pour avoir un otage ^ échanger contre Marie-Louise. Gela ne signifie rien : ^r si Napoléon eût été vainqueur, il n'avait pas besoin d^otage; vaincUi un otage était également inutile.

La nouvelle dépêche du général Grouchy ayant été remise à !N^poléon dans la soirée du 1 1 avril , il ordonna que la convention faite avec le général Gilly fut exécutée , n'y mettant d'autre condition qu'un engagement de la part du prince de faire rendre les diamants de la couronne , condition sur laquelle il n'insista pas.

Les ordres de Napoléon datés du 1 1 avril , arrivèrent à Lyon le 12; ils furent expédiés au général Grouchy le 1 3 , et parvinrent au Saint- Esprit le i4- Le général Gorbiueau en donna connaissance à M. de Damas , et il fut convenu que le prince par, tirait le lendemain, i5, accompagoé du général Radet \

Cette 9 16 avril , à dix heures da soir.

Je suis arrivé ce soir ici à huit heures; j'ai fait embarquer M. le duc d'Angoulême, et les personnes de sa suite , sur le bâtiment suédois la Scandinana^ du port de quatre cents tonneaux, capitaine Orloff Maunsoon : ce bâtiment vient de mettre à la voile , et se dirige avec ses passagers vers Cadix.

Le lieutenant-général Radet.

' Sur ce qui s'est passe' au Saînt-Esprît, on peut voir l'ouvrage de M. Lauze de Peret sur les troubles du Gard. ( Paris, 1 8 1 Q.Imprimcrie de Poulet.) Cet ouvrage n'estpas assezcoonu.

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