LIV. III, €HAP. III
cis , soit qu'il les comprît mal , perdit un temps précieux ; d'un autre côté la division du général Drouet d'Erlon, qui se rappirochait du centre, fut prise pour un corps ennemi |par les généraux Yandamme et Girard, qui firent un mouvement en arrière, et demandèrent le secours de la réserve. Napoléon fut obligé de suspendre sa marche ' pour faire reconnaître cette colonne : une heure fut perdue, et une heure suffit pour détruire une armée , pour perdre ou conquérir une couronne. Pendant ce temps , les forces de Blucher s'étaient augmentées de dix mille hommes ; toutefois l'ennemi fut culbuté, sabi'é, et s'enfuit en désordre. Cette, bataille qui prit le nom du village de Ligny , coûta vingt-cinq mille hommes à l'armée prusso-saxonne, qui devait disparaître en entier si tous les corps français eussent été lances à temps.
Cependant le maréchal Ney, d'après les nouveaux ordres de Napoléon, se init en marche; mais il ne prit que la moitié de son corps d'armée. Il rencontra les Anglo-Hollandais; mais ce ne fut qu'à trois heures, lorsqu'il entendit le canon de Ligny, qu'il attaqua franchement. Pendant l'action, l'ennemi se renforça de plusieurs divisions ;mais le maréchal ne put avoir à temps les troupes qu'il avait inutilement laissées à trois
34^ TTAPOLlêoir KT l'eUROPE.
lieues en arrière. Il dut regretter d'autant plus vivement son erreur, qu'il est dépiontré qu'il pouvait occuper la position qui lui était indiquée , les Quatre-Bras , dès six heures du matin , qu'il eût alors défait la division belge ^ et eût ensuite tourné l'armée prussienne , ou surpris en marche le duc de Brunswick et les divisions anglaises , et qu'il les eût ainsi dispersées, ces divî* fiions étant sans artillerie, sans cavalerie, et harassées de fatigue. Malgré tout, le maréchal Wey demeura maître du champ de bataille, où l'ennemi perdit neuf mille hommes, "et le duc de Brunswick, qui fut tué en chargeant à la tête de ses hussards.
Après cette journée les Prussiens firent leur retraite en désordre sur Wavres , et les Anglo- Hollandais sur Bruxelles. Napoléon fit suivre les Prussiens par le maréchal Grouchy , avec trentequatre mille hommes ; ce maréchal avait ordre d'empêcher Blucher de se rallier et de faire sa jonction avec le général anglais; il devait en outre se tenir constamment en communication , et en mesure de se réunir à l'armée principale.
Napoléon marcha de sa personne à la suite de l'armée anglo - hollandaise , qui prit position en avant de la forêt de Soignes. La nuit approchait, l'attaque fut remise.