LIV. III, CHAP. IJI
Le maréchal Grouchy se contenta d'envoyer des reconnaissances à la suite des arrière-gardes ennemies, qui se retiraient par Liège et Wavres; il arrêta le gros de sa troupe pour lui donner du repos. Elle avait fait deux lieuçs , elle en eût fait vingt en poursuivant Tarmée vaincue ! Le mare* chai apprit positivement que Blucher et toutes ses colonnes s'étaient ralliés sur Wavres: il était six heures. Il devait marcher à l'instant, mais il fit faire la soupe. Il remit au lendemain, et Blu-cher gagnait les devants , et réunissait soixantequinze mille hommes.
Napoléon devait croire que Grouchy était à Wavres ; il lui envoya un officier pour le prévenir que le lendemain , 1 8 juin , il livrerait bataille aux Anglo-Hollandais» L'ordre faisait connsdtre au maréchal la position de l'armée ennemie , et lui prescrivait de faire un détachement qui viendrait se joindre à la droite de la grande armée pour opérer avec elle, et de marcher lui-même aussitôt que Blucher aurait évacué Wavres.
Cette dépêche ne hit pas plus tôt expédiée , que Napoléon reçut un rapport du maréchal Grouchy, qui annonçait qu'à cinq heures du soir il était au village de Gembloux^ et qu'il ignorait ce qu'était devenu le feld^ maréchal Blucher. Ufi autre offîcierfut envoyé pour lui réitérer les pfe-
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miers ordres , et peu de temps après arriva un second rapport de Grouchy daté encore de Gembloux, à deux heures du matin ^ dans lequel il annonçait qu'il avait appris la veille à six heures du soir^ que le général prussien s'était dirigé avec toutes ses forces sur Wavres ; qu'il aurait voulu le suivre sur-le-champ, mais que ses troupes avaient déjà pris leur bivouac et fait la soupe; qu'en conséquence il ne partirait qu'au jour.,... Le 1 8 au matin , l'armée française était forte de soixante-dix mille hommes; l'armée anglo-hollandaise comptait quatre-vingt dix-mille hommes. Après avoir reconnu la position, Napoléon forma ses colonnes d'attaque , et ordonna de commencer le feu. Jamais' les Français n'avaient montré plus de courage , plus de résolution : la lutte fut longue, meurtrière; mais enfin l'ennemi céda, il était battu. Napoléon se disposait à faire faire une grande attaque du centre, pour finir la journée et compléter la victoire , lorsqu'il aperçut sur sa droite une colonne en marche. C'est Grouchy, dit-on: Sans doute ce devait être lui : mais c'était Bulow, qui n'avait point donné à Ligny, et qui portait à cent vingt mille hoAimes l'armée ennemie. Malgré cette immense disproportion Napoléon ne désespérait pas de vaincre. « Si 'Grouchy, dit-il, répare l'horrible faute qu'il a
j commise hier de s'amuser à Gernbloax,et envoie 9 son détachement avec rapidité , la victoire en »sera plus complète, car le cprps de Bulow »§era entièrement perdu. » Mais Grouchj, qui devait partir à la pointe du jour, était encoredans son camp à neuf heures. Le canon de Waterloo, qui grondait depuis le matin , ne Témeut pas : en vain les généraux qui commandaient ^vec lui se désespéraient de n'aller pas secourir leurs frères d'armes ; il demeura impassible. -
Cependant l'armée française faisait des pro-* diges: vaincre ou mourir était sa devise. £lle triomphait, l'armée ennemie était en retraite, et l'alarme avait sonné jusqu'à Bruxelles. MaisBlucher échappa à Grouchy comme avait fait Bulbw. Il fit dire au général anglais de tenir jusqu'à la dernièr^e extrémité, qu'il arrivait à son secours. Celui-ci n'avait plus d'espérance , et la coopération de Blucher ne le rassurait pas ; « mais perdu pour » perdu, dit-il , autant vaut-il tenter uae dernière » chance , et le danger est d'ailleurs plus grand de 9 partir que de demeurer. » Blucherfit sa jonction. L'armée ennemie était alors de cent cinquante mille hommes , et le combat se soutenait , mais il était nuit: les Français furent assaillis dans l'obscurité; des transfuges guidaient les coups des Anglais et des Prussiens. De fausses nouvelle fu-
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rent semées sur le$ derrières / de Vannée fraii-> çaise , et le cri de saui^e qui peut se fit entendre sur tous les points; alors, seulement alors, il ÊiUut céder ^ et la victoire si long* temps fixée près des aigles françaises, pour la première fois changea de bannières.
Si l'on ne peut lire sans éprouver un vif sentiment de douleur le récit de cette épouvan^ table journée, on ne peut non plus trop admirer la valeur de ces braves, qui luttèrent si long-temps et avec tant de succès contre des forces si supérieures. Cependant, sans le désordre causé par l'obscurité et les fausses alarmes jetées dans leurs rangs , ils n'auraient point cédé la victoire, qu'ils tenaient depuis le matin. Ils avaient souffert sans doute : on n'affronte pas impmiément la mitraille de quatre cents pièces de estnon. Mais les alliés étaient encore plus maltraités : soixante mille des leurs étaient étendus sur la place; trente-six mille Français seulement avaient péri de la mort des braves , ou déposé les Armes.
Après ces désastres, les différents corps de l'armée française, confondus ensemble, se retirèrent dans toutes les directions. Napoléon voulait rester pour les rallier; mais, cédant aux pressantes représentations de ses alentours^ il se
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rendit à Paris. Ce fut une faute qu'il paya cher. Dans cette conflagration où lutta pour la dernière fois Napoléon, nulle puissance en Europe ne prit sa défense sur le champ de bataille ou dans les conseils. C'était encore la coalition et l'esprit de 1814. Les liens de la reconnaissance étaient rompus, la voix du sang étouf£ée. Il est donc vrai, que les rois ont d'autres lois que les citoyens? C'est un devoir pour ceux-ci de se dévouer pour leurs proches, pour ceux dont ils tiennent des bienfaits : l'intérêt des rois, leur ambition,' les force d'être ingrats et à méconnaît tre leur famille.
Murât seul voulut réparer le mal qu'il avait fait à 3on frère, mais ciette détermination fut due plus à la position précaire dans laquelle il se trouvait qu'au sentiment de ses devoirs et de sa reconnaissance; L'esprit de vertige qui l'anima en 1814 le saisit en i8i5« En i8i4vilfit une faute immense en s'armant contre la France et en paralysant des forces qui menaçaient l'Autriche; en i8i5, il fit une faute non moins grande en marchant avec trop (îe précipitation. Il succomba et affranchit encore l'Autriche du soin de garder ritalie.
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