‹ Napoléon et l'Europe, fragments historiquesChapitre 111 sur 139 · LIV. III, CEÇAP. IV · texte numérisé non relu

LIV. III, CEÇAP. IV

Nulle loi n'imposait à Napoléon l'obligation d'obéir aux^injonctions de la chambre '; il pou^ vait même la dissoudre; il pouvait rallier l'armée et continuer la guerre ; un vaste champ s'ouvrait encore devant lui : mais il céda4

DlÉGLÀRATIOn* AIT PEUPLE FRANÇAIS.

« En commençant la guerre pour soutenir l'indépendance nationale , je comptais sur la réu* nion de tous les *ef forts , de toutes les volontés , et le concours de toutes les autorités nationales. J'étais fondé à en espérer le succès, et j*avais bravé toutes les déclaifations des puissances con-tre moi.

» Les circonstances me paraissent changées. Je m'offre en sacrifice à la haine des ennemis de la France. Puissent-ils être sincères dans leurs déclarations , et n'en avoir voulu réellement qu'à ma personne! Ma vie politique est terminée, et je

' Le gouvemenient des cent jours était lëgal ou illégal. S'il était légal , la chambre n'ayait pas le droit de détruire la con* stitution. S'il était illégal , la chambre n'avait pas de pouvoirs.

Prétendre que la députation ait le droit de changer la constitution et de détruire le pouvoir exécutif, c'est lui accorder le pouvoir souverain. Alors toute assemblée aurait pu changer le gouvernement , quant au fQnd , quant & la forme* '

350 ITÀPOLJgOir ET t'XVROPE.

proclame mon fils , sous le titre de Napoléon II , empereur des Français.

iLes ministres formeront provisoirement le conseil de gouyernement L'intérêt que je porte à mon fils m'engage à inviter les chambres à organiser sans délai la régence par une loi.

«Unissez^ vous tous pour le salut public , et pour rester une nation indépendante \ »

Napoléon abdiquait en faveur de son G^s ; mais la chambre des députés, qui fit complimenter le monarque déchu sur son noble sacrifice , ne se hâta pas de remplir ses vœux : elle garda le silence sur cette partie de Tabdicatipu qui appelait un nouveau souverain , et sembla la méconnaître, d'après les propositions qui furent faites à la tribune de transformer la chambre en assemblée constituante, et de déclarer le trône vacant jusqu'à rémission du vœu du peuple *.

Les députés réunis aux pairs nommèrent un gouvernement provisoire, et demandèrent la paix au nom de la France. Dix jours se sont écoulés en pourparlers inutiles.' Alors les chambres ont rendu une loi concernant les droits de la nation française , où il est dit que le fils de

* BuBêHn dês lois, n. 3^ , 22 juin i8x5.

> Séance da aa îoia iBiS.

NapcdéoD est appelé à Tempire par les constitua

tions de l'état '.

- Cependant l'arœée française était sous Paris »

9 Yoxcî l'arrétë des chambres , en date du a juillet iSiS, extrait du BuSetin des lois, n** 4^.

Loi coneemant ks droits de 1m nation française.

Les chambres ont arrêté ce ^i suit :

Français,

Les puissances étrangères ont proclamé à la face de TEurope qu^elles ne s'étaient armées que contre jVapoIe'on ;' qu'elles voulaient respecter notre indépendance , et le droit qu'a toute nation de se choisir un gouvernement conforme à ses mœurs et à ses intérêts,

r^apoléon n'est plus le chef de l'état; lui-même a renoncé au trône, son abdication a été acceptée par vos représentants» U s'est éloigné de nous; son fils est appelé à l'empire par les cpnstitutions de l'état. Les souverains coalisés le savent; la guerre doit donc être finie , si les promesses deB rois ne sont pas vaines.

Cependant» tandis que des plénipotentiaires ont été envoyés vers les puissances alliées pour traiter de U paix au nom de la France, les généraux de deux de ces puissances se sont refusés à toute suspension d'armes; leurs troupes ont précipité leur marché i la faveur d'un moment de trouble et d'hésitation : elles sont aux portes de jla capitale ^ sans que xiuUe communicatioiî soit venue nous apprendre pourquoi la guerre continue.

Bientôt nos plénipotentiaires nous diront s'il faut renoncer

35^ KAPOLisoir ET l'eitrope.

et malgré les désafstres de Mont*Saint-Jean elle appelait Napoléon ; loi-méme voulait se mettre à sa tête , comme simple général , repousser l'en-

à la paix; en attendant, la résistance est aussi nécessaire que légitime ; et si l'humanité demande compte du sang inutilement versé, elle n'accusera point les braves qui ne se battent que pour repousser de leurs foyers le fléau de ia guerre , le meurtre et le pillage, pour défendre avec leur vie la cause de la liberté et de cette indépendance dontle droit imprescriptible leur a été garanti par les manifestes mêmes de leurs ennemis.

Au milieu de ces graves circonstances vos représentants ne pouvaient oublier qu'ils ne furent point envoyés pour stipuler les intérêts d'un parti quelconque , mais ceux de la nation tout entière.

Tout acte de faiblesse ne servirait, en les déshonorant, qu'à' compromettre le repos de la France pendant un long avenir. Tandis que le gouvernement organise tous les moyens d'obtenir une solide paix, que pouvaient-ils faire de plus utile à la nation que de recueillir et de fixer les régies fondamentales d'un gouvernement monarchique et représentatif, destiné à garantir aux citoyens la libre jouissance des droits sacrés qu'ils ont achetés par tant et de si grands sacrifices, et de ralher pour toujours, sous les couleurs nationales , ce grand nombre de Français qui n'ont d'autre intérêt et ne forment d'autre vœu que de jouir d'un repos honorable el d'une sage indépendance.

Maintenant la chambre croit de son devoir et de sa dignité de déclarer qu'elle ne saurait jamais avouer pour chef légitime de l'état celui qui , en montant sur le trône , refuserait de reconnaître les droits de là nation et de les consacrer par uû pacte solennel. Cette charte constitutionnelle est rédigée;

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nemi et partir. La chambre ne le permit pas '.

Cent mille Français en bataille n'attendaient

que le signal. Au lieu de leur chef on leur en-

et si la force des armes parvenait à nous imposer momentanément un maître ; si lejs destinées d'une grande nation de- ' yaient encore être livrées au caprice et à l'arbitraire d'un petit nombre de privilégiés , alors, cédant à la force , la représentation nationale protestera, à la face du monde entier, des. droits de la nation {rançaise* opprimée. .-^

Elle en appellera à l'énergie de la génération actuelle et des générations futures, pour revendiquer à la fois l'indépendance nationale et les droits de la liberté civile.

Elle en appelle dés aujourd'hui à la jiiustice et à la raison de tous les peuples civilisés.

La présente résolution^ prise par la chambre des représentants, et adoptée par la chambre des pairs , sera promulguée

comme loi de l'état. «

* La commission de gouverneinent mande et ordonne que la présente résoli^tjoii , insérée au Bulletin des lois , soit adressée aux cours , aux tribunaux et. aux autorités adminislratives, pour qu'ils l'inscrivent dans leurs registres; et le ministre de la justice est chargé d'en surveiller la publication.

■ Napoléon , dont la présence blessai^ la vue de quelques hommes ombrageux , dut quitter Paris. Il se rendit à la Malmaison; c'est de là que, comme simple citoyen , il offrit de servir la France pour la dernière fois. C'est le général Becker, chargé de le garder, qui avait porté sa démande au gouvernement provisoire. Le gouvernement provisoire mit des formes dans son refus; mais le géhéral Flahaut, qui fut pour lai même cause envoyé au ministre de la guerre , ne fut pas II.' ■' ' , . a3

354 NAPOLÉON ET LEUROPE.

voya un orateur, suivi d'un nombreux cortège* C'est l'erapereur , dit-on^ et ce nom passa de bouche en bouche sur toute la ligne; les faisceaux sont rompus , les tambours battent , les drapeaux se déploient, le courage renaît^ la joie se peint dans les regards de ces vieux guerriers. Etifin, disent-îls, nous allons combattre, nous allons

nous venger Mais cet espoir fut bientôt déçu:

aux acclamations de l'armée, le groupe brillant îrépondit par des cdnipliments. Il parla d'union , de la patrie, de la France. La France! répètent ces vétérans de notre gloire , qui l'aime plus que nous? La France ! nous sacrifions tout pour elle..* Mais l'empereur où est-il?.... ouest l'enipereuf?...

11 n y a plus d empereur Ce fut un coup de

foudre; et ces hommes si terribles ne sont plus que des enfants timides , les larmes coulent de

leurs yetii, les armes leur échappent Mais

le courage, l'amour de la gloire ne s'éteignent pas dans le cœur du» soldat français ; il fait trêve à sa douleur: la patrie a parlé^ l'ennemi est devant lui, il Vessâislt seà artnes; il demande à grands

aussi heureux : a Votre Bonaparte , dit Davoust , ne veut » donc pas partir ?.... S'il espère que nous le reprendrons, « ijl se Uowpe } nous n^en ^eoulons plus. Dites-lui de ma part » qu'il faut, q^'il s'ei^ aille , et que s'il ne part pas à l'instant i )( je le l^rai arrêter, que je l'arrêterai moi-même* »

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