LJV. III, CHAP. IV
Bellérophon de ine recevoir, ainsi que ma. suite, n'a voulu.! que tendre une einbûche,.it a forfait à l'honneur et flétri son pavillon. Si cet acte se Canspmmait, .ce serait en vain que les Anglais voudraient parler désormais. de leur loyauté, de leurs lois, de leur liberté. La foi britannique se trouvera perdue dans rhospitalité du Bellérophon. '\ ....^ ...
» J'en appelle àThistoire ; elle dira qu'un ennemi qui fit vingt ans la gupr|:e aux Anglais, vint librement, dans son infortune, chjBrcli^er un asile sous ses lois. Quelle preuve plus éclatante pouvait'il lui dopner de son estime et de sa confiance ? Mais comment répondit-on en Angleterre à une telle magnanimité? On feignit de tendre une main hospitalière à cet ennemi, et quand il se fut livré
de bonne foi, on l'immola!
A bord du Bellérophon à la mer. 1 '
Ces plaintes ne furent pas écoutées. L'Angleterre tenait sa ppoie, elle n'avait garde de la lâcher. Le vaisseau qui portait- le héros captif mit à la voile; il rasa les côtes de France. Alors Napoléon:» Adieu, terre des braves; adieu, chère France. Quelques traîtres de moins , et tu serais encore la plus grande nation et la maîtresse du monde. Adieu ! » .
558 NAPOLÉON ET l'eDROPE.
Autrefois les princes détrônés, ou qui portaient ombrage aux rois, subissaient la mort; on leur crevait les yeux, ou bien on leur rasait la tête pour en faire des moines. La peine de mort était la plus douce. Qui ne préférerait mourir tout de suite que de mourir tous les jours par une affreuse mutilation, ou par une séquestration plus affreuse encore?
Ces temps barbares sont loin de nous. L'on ne devait pas s'attendre, que de nos jours, un homme qui avait ceint le diadème, et que les rois avaient appelé leur frère, serait privé de sa liberté et mourrait dans l'esclavage. Mais Napoléon n'avait pas d'aïeux.
Ce fut le 16 octobre 1 8 1 5 qu'il mit le pied sur la terre d'exil , et de ce jour même a commencé sa longue agonie.
Une vieille habitation, ouverte en tous sens, donnant passage aux feux d'im ciel d'airain et aux brumes pénétrantes d'une mer agitée, tel était l'asile de Napoléon, de cet homme qui avait eu tous les palais de l'Europe! Point d'ombrage, point d'eau, rien enfin qui pût tempérer la chaleur des tropiques et de ces vents qui se chargent de feux sur les déserts sablonneux de l'Afrique. Ainsi, tantôt on étouffe dans une atmosphère embrasée, tantôt on est enveloppé par des brouillards im-