‹ Napoléon et l'Europe, fragments historiquesChapitre 114 sur 139 · LIV. III, CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIV. III, CHAP. IV

prégnés de substances salines, qui s'attachent aux membres et les paralysent.

Napoléon avait besoin d'exercice, 4'un exercice violent n^eme; telle était sa constitution, que le mouvement lui était d'une nécessité aussi absolue que l'air. Mais ici les flots et leur fureur, des rochers et des précipices; là, des baïonnettes, dés sentinelles et des geôliers C'était

donc, pour ainsi dire, en tournant sur lui-même, que Napoléon devait se mouvoir. Mais toujours

le bruit des chaînes Il aima mieux accroître

ses peines du corps que les peines de son âme : il ne sortit plus.

S^ table était réglée par un bill et ses repas comptés. Il fut obligé, pour satisfaire aux prepaiers besoins de la vie , de vendre jusqu'à l'assiette dans laquelle il mangeait, jusqu'au linge qui le couvrait.

Lorsqu'il succombait sous le poids de ts^nt de souffrances, il ne put recevoir les soins qu'exigeait son état. On lui désignait le médecin , comme on eût fait d'un tailleur pour réparer son manteau; aussi préféra-t-il laisser le champ libre à l'invasion du mal que de se livrer à des mains inhabiles....'. Quand il put çnfin recevoir les secours qu'on trouve dans un désert, il n'jétait plus temps : la mort avait saisi sa proie !

Il fut privé des consolations de sa famille ; ses yeux mourants cherchèrent en vain sa femme et vson fils, l'immensité dés mers les séparait. Rien ne put donc adoucir l'horreur de ses derniers moments; toutefois il fut grand jusqu*au bout. Nul signé de faiblesse rie démentit le héros : rien ne put détacher ses pensées de son pays ; il expira en faisant des vœux pour la France'.

La dépouillé . mortelle de Napoléon resta à Sainte-Hélène en vertu des ordres qui avaient été donnés d'avance, et que ne voulut pas révoquer le congrès d'Aix-la-Chapelle, malgré ce vœu , « Je désire d'être enterré sur les bords de la Seine, au milieu des Français que j'ai tant aijnés. V Ainsi son exil ne 'devait pas finir 'même alors que de lui il ne restait plus qu'une ombre! Le ministère bVitanniqùé ne voulait pas se relâcher deisa sévérité, et semblait s'acharner eric6i*e siir des restes inanimés. Mais pourquoi les autres puissances ont-elles partagé 'ces ressenti- , ments? Napoléon mort n'était plus à craindre; et s'il demandait une couronne, c'était une courqnne funèbre. Qu'avait à redouter la Seine en le recevant sur ses bords ? Que des fleurs fussent jetées sur sa tombe, que les larmes de quelques

* NapoUon est mort te 5 mai 1821.

'*^ ^ iiv.^rii; icHAP/iv. * 56ï

guerriers mutilés coulassent sur la terre du repos ! Mais yiidéfaut'daJa îSeinef ee pouvait-on choisir le Tibre, le Bhin, le Danube, l'Elbe, la Moskowa même ? Ne pouvait - on joindre ses cendres aux cendres des héros tombés à Marengo,à Austerlitz, à Jéna? Craignait -on qu'une vapeur s'élevant do tombeau allât enivrer les peuples et les faire courir aux armes? L'ombre de Napoléon est-elle donc si redoutable qu'elle fasse trembler

l'Europe ! ; x ; . r ' i

Il ne faut pas oublier que Fexil de Napojéon et ses longues, souffrances sont* dues principalement à l'oligarchie iinglaîse; que- son geôlier, Huds6n*^L6w , ne fît qu 'exécuter ses ordres. Mais cet homme apporta dans sa servile obéissance tout le zèle que Ton pouvait attendre d'un choix fait avec tant de soin dans les trois royaumes •.

> Napoléon a dit dans son testament : « Je lègue l'opprobre » de ma mort à la maison régnante d'Angleterre..'... ! »

NA.PQLf:ON ^T l. E^J^ÇPE.

rrp.rr^

Page 1