CHAPITRE V
Napoléon devait faire des favites : il eo a lait* U voulut arrêter le mouvenapnjt qui l'fivait ^iré 4p la foule pour )e mettre a^i premier rang. Il ne s'est pas aperçu qu'il tentait l'iinpossible, et que s'il avait la force de rétrograder quelques pas, il devait être entraîné par le torrent, qui le débordait de toutes parts. Napoléon avait été produit p^r la liberté : il voulut l'enchaîner. L4 liberté était née de la chute de l'aristoçratiç , et 11 reconstitua l'aristocratie ; 1^ démocratie s'était levée pour renverser les rois , et il n'eut pas plus tôt la force en main qu'il se fit roi. La démocratie voulait établir des républiques , et Napoléon cré^ des mp^^rchiesj en softe qye le résultat de la révolution française qui devait être Pafiranchissement des peuples , a été de constituer quatre royaumes de plus en Europe'.
» G*estun fait que j'ënonce. Napoléon ëlant un homme de la révolution , dut se trouver isolé du moment qu'il combattit les principes de la révolution. S'il pouvait rétablir la ipo-
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Cependant la faute de Napoléon n'est pas d'ai* Toir rqlevé la monarchie, c'est-à-dire le gouver^ nement héréditaire , sans lequel il n'y a point de tranquillité possible, mais d'avoir détruit la démocratie, en ce sens qu'il a divisé le peuple en deux classes. •
L'idée qu'il avait de réconcilier l'ancien régime avec le nouveau, en créant une noblesse, était fausse. Il se peut que les deux noblesses aient fini par se considérer comme d'une même nature, que des alliances n'en aient fait qu'un seul tout; mais que faisait la noblesse au peuple? Est-ce que dans l'ancienne France il n'y avait que des Tiobles? Est-ce que dans la France nouvelle les peuples n'étaient rien, la noblesse tout? N'y avait-il que la noblesse qui fût royaliste? N'y avait^l que les nobles qui fussent républicains? N'y avait-il que les nobles qui fussent bonapartistes? Qu'importait donc à la masse de la nation la fusion de ces deux noblesses. Chaque citoyen n'aurait pas moins conservé ses opinions, ses voeux , son amour ou sa haine pour le gouvernement.
Il est vrai que Napoléon ne considérait que
narcliîe , ce ne pouvait être qu^me moDarcbie démocratique , c'est-à-dire Phërédi té dans un gouvtrnement de'mocratique*
364 NAPOLÉON ET i;.tEUJ\OPE.
les.services des individus, riet. non la souche aui les avait produits; dès, lors fia nobjiestse pouvait être briguée par .tout le ïnojide.^qt rarène ét^it vaste : ihais cette politique r^'était bonoë que pçfur les commencements, i/ , : -:
Une monarchie qui commeiïce peut sç ^çisser de noblesse; /mais une aQt.ienne monarchie ne saurait là ' détruire* ; non ipas, : comme, l'a dit Napoléon,' parceque cette; îincienne< monarchie, étant fondée. sur la naissance , doit, respecter les préjugés de' naissâucè , car,* le trône; étant héréditaire dans la famille de:Niapolépii,'il aurait aussi dû respecter ces préjugés-de :n^s^nce; mais parceque la noblesse pu le titre de noblesse ayant commencé avec la royauté ,' il est dans l'ordre» naturel des choses que les vieilles monarchies conservent la noblesse.; et par cela même que la royauté ;e^, héréditaire, la noblesse doit l'être. .aus$i. Je nç spîs pas 'en contradiction avec ce que j'ai dit précédemment , les principes que. j'ai posés ne doivent s'appliquer qu'à une monarchie qui s'é]è ve avec la démocratie.
' Lanoblesse qui ne fait pas un corps à part dans l'état n'est rien ; la noblesse sans privilèges n'est rien. Cettq noblesse est du peuple tout pur: telle est sa position dans un gouvernement constitu-
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tionnel,où tout est soumis àla loi, depuis le prince jusqu'au dernier citoyen.
Ce n'était qu'en dérogeant aux principes de son élévation que Napoléon pouvait créer une noblesse, ce ne serait que par iine innovation qu'une ancienne monarchie pourrait la détruire.
La noblesse ne serait dangereuse que si elle devenait encore un motif de préférence, si le noble ignorant était préféré au citoyen capable; car alors l'état pourrait être, livré à des mains inhabiles qui le compromettraient infai lliblement. • Mais si. les distinctions nobiliaires remontent àTorigmodes monarchies, les rois en sontde venus les .dispensateurs, et chaque règne a enrichi le blason de quelques nouveaux noms. Il est résulté de là une différence dans le degré de noblesse, à part celle qui provenait de la préséance des titres. Plus la noblesse était ancienne, plus elle était élevée; ainsi les familles qui n'ont de preuves de leur noblesse que les traditions historiques, 'occupent le premier écl^elon. Mais ces familles sont rares ; -^^ les anoblis étaient d'abord regardés comme des intrus jusqu'à ce que le temps eût jeté un voile sur leur origine. Alors ces nouveaux anciens avaient la main haute sur ceux qui les suivaient 9 et ces derniers se dédommageaient à
566 NA^POLioiï ET l'burope.
leur tour. On était parfaitement noble^ oh était d'antique race , lorsque Ton comptait dix, vingts trente ou quarante quartiers. Cette supputation se faisait très rigoureusement dans les chapitres d'Allemagne, où là féodalité semble être naturalisée.
Ce n'était donc pas l'éminence du service qui fixait le rang. Celui qui tenait la noblesse de ses aïeux, et qui n'avait rien fait personnellement, s'estimait plus que le plébéien qui avait conquis son titi*e en servant son prince et son pays. Cependant, de ces deux hommes, le plus utile est le plébéien ; le plébéien est donc le plus estimable. La preuve encore , c'est que le prince n'aurait aucune grâce à accorder au gentilhomme , et qu'il ne le ferait pas noble s'il ne l'était déjà. Sans doute il est glorieux d'avoir des aïeux; il est glorieux surtout de marcher sur leurs traces, et de mériter soi*même l'illustration qu'ils ont transmise. Mais celui qui sort de la foule n'est pas moins respectable pour être le premier de son nom, et sefe services lui donnent d'autant plus de droits à la munificence du prince, qu'il a eu plus d'obstacles à vaincre.
Si Napoléon voulait t^constituer la monarchie telle qu'elle était souà les' anciens rois, il avait raison de créer une noblesse héréditaire t mais ïi^