LIV. III, GHAP. VI
bonheur en France que lorsque toutes les traces de la révolution auraient disparu ; et , partant de ce principe , il fallait refaire tout ce que la révolution avait détruit , et proscrire tout ce qu'elle avait établi. ^
Autrefois les titres de noblesse étaient accompagnés de prérogatives; la masse du peuple vivait dans une espèce de soumission, et cette soumission tenait de la servilité dans les provinces, et surtout dans les campagnes où se trouvaient les fiefs ouïes grandes terres seigneuriales; la révolution fit disparaître les distinctions: la chaumière ne dut plus rien au château ; la seule différence était dans la fortune. Mais bientôt des lois dont la moralité n'est pas de mon examen détruisirent ces masses grossies de siècle en siècle au détriment des droits du sang; la chaîne passa sur ces propriétés qui embrassaient des villages et des contrées tout entières, et les divisa en portions infinies : tout le monde devint propriétaire.
En peu de temps le sol changea d'aspect. Cent charrues sillonnèrent dans tous les sens un champ qu'une seule effleurait à peine ; des enceintes immenses restées incultes pour servir d'asile à des bêtes fauves furent transformées en jardins, et cette terre nourrit des hommes.
I^ pacage appartenait à un seul : aujourd'hui
il appartient à tous ; chacun a son troupeau , et le troupeau fournit aux besoins de la famille!
L'agriculture devint donc l'unique occupation des campagnes, et le peuple s*y porta avec d'autant plus de zèle qu'il travaillait ch^z hii , et pour lui. Les villages prirent une autre physionomie : l'aiss^nce remplaça la misère, et les besoins de la vie se trouvant satisfaits , les enfants furent mieux élevés , leur santé plus robuste , et le sang épuré devint plus beau.
La richesse particulière augmenta la richesse publique : plus> la terre est divisée, mieux elle est cultivée , plus elle produit ; elle est inépuisable, plus le propriétaire retire, plus il peut payer : voilà pourquoi le trésor perçoit depuis si longtemps des sommes immenses, sans appauvrir la France. Trente ans plus tôt notre budget eût absorbé le sol.
La terre produit tout ce qui paie , et les recettes directes et indirectes proviennent de sa source. Le trésor ne s'emplit que par elle; c'est elle encore qui dote les villes , qui alimente nos fabriques , nos manufactures ; c'est elle qui donne ia vie au commerce.
L'agriculture est donc la cause première de la richesse d'une nation ; car ce n'est pas seulement au propriétaire qu'elle donne l'abondance , mais