LIV. III , GHAP. VI
encore au citoyen des villes, à l'artisan, au slmpie ouvrier, qui profitent du superflu , qui s'é^ change dans les marchés. Cette abondance n'est due qu'à la grande division des terres. Supposez un domaine de mille arpents, il donnera au commerce des grains, des fourrages; mais divisez ce domaine en cent parties, lasommedu produitsera plus considérable : et comme le nombre des consommateurs est toujours le même, soit que la terre appartienne à un seul ou à plusieurs, la maisse y gagnera nécessairement. Si l'on'ajoute qu'un grand propriétaire ne s'occupe pas de m<?* nus produits y et que les petits ne négligent rien , qu'ils tirent journellement de leurs basses-cours, de leurs jardins, de leurs vergers, des denrées de toute espèce qui refluent jusqu'à la capitale et à l'étranger, on verra combien la petite propriété et la division des terres seront utiles au bien-être des citoyens et à la prospérité de Tétat.
Si l'on voulait appauvrir le peuple et détruire la source de la richesse nationale, il faudrait réunir les portions détachées du sol dans une même main; il faudrait reconstituer ces domaines gigantesques, dont le produit se consommait dans une partie de chasse.
Loin de se plaindre du morcellement des
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terres, l'on devrait plutôt craindre leur agglomération.
Deux causes produisent le morcellement : les partages, et les ventes en détail. Mais cette division ne balancera pas long-temps la tendance à la réunion qui s'est emparée des propriétaires plus ou moins riches, et qui ne laissent échapper aucune occasion de s^ arrondir. Déjà des terres assez ccmsidérables ont été formées , elles s'étendent tous les jours, parceque tous les jours l'occasion d'acheter se présente , et que les petites bourses ne luttent pas contre les grandes. Ces propriétés seront à leur tour divisées entre deux ou trois héritiers, , qui voudront aussi s'agrandir, et les petites portions se trouveront absorbées : alors on verra quelques terrains divisés à l'infini à côté dé grandes masses, jusqu'à ce que des vexations aient forcé les petits à' céder.
Nous ne manquons pas encore de propriétés qui embrassent toute l'étendue d'une commune. Si l'on veut trouver des haillons, la tristesse et le silence, c'est là qu'il faut aller: le luxe règne au château , la misère au village. Mais le tableau change si les habitants sont propriétaires ; la gaieté les suit aux champs , ils chantent à la veillée , et leur vie s'écoule doucement au milieu d'une famille dont le bonheur est assuré.