LIV. III, CHA.P. VI
tions politiques n'étaient connus que de très peu de personnes. Aujourd'hui c'est la mode, d'avoir un Rousseau; mais peu de gens le lisent, et moins encore l'entendent.
On nous dit sans cesse que ce sont les philo* sophes qui ont amené la révolution. C'est une erreur : c'est au contraire la révolution qui a ùùt la fortune des philosophes. On les a recherchés, parcequ'ils s'accordaient avec les idées actuelles , et l'on pensait avec eux. Les peuples ont leur enfance et leur maturité. Le temps a développé leurs facultés intellectuelles ; elles se perfectionnent tous les jours, sans le secours des philosophes, et malgré les^efforts de l'ignorance: la vraie cause de la révolution était dans le vide du trésor. L'argent est un des plus fermes appuis des trônes; il ne manque pas chez un peuple libre, et dont l'industrie est protégée. Voilà tout le secret d'un bon gouvernement
Supposer qa'un ouvrage puisse faire du mal , c'est-à^re propager dans la société des doctrines nouvelles, et c'est tout un maintenant, c'est faire trop d'honneur à l'auteur; car c'est lui supposer des idées que les autres n'ont pas, tandis qu'en réalité celui qui écrit ne fait que rapporter ce que tout le monde sait. On ne le lit assuréïnent pas pour s'instruire, mais pour penser avec lui.
de même que lui , et pour trouver dans un seul cadre et tout d'un coup ce qui ne se présente à l'esprit que successivement et dans certaines occasions. Un ouvrage du genre que je le suppose ne produirait d'effet que dans les mains du peuple , encore ne lui apprendrait-il pas tout ce que l'on pourrait s'imaginer. Mais le peuple n'en est pas encore là, de lire des ouvrages abstraits et de longue haleine : cela ne l'empêche pas d'avoir son opinion.
Là marche adoptée par les gouvernements fait présupposer qu'il y a deux intérêts contradictoires , celui des gouvernements et celui des peuples ; aussi dès qu'un ouvrage est incriminé, l'opinion le défend même sans le connaître.
Il vaudrait mieux répondre à des phrases par des phrases, et opposer un livre à un livre; car c'est lin mauvais moyen de mettre un homme dans les fers pour prouver qu'il a tort.
Je ne saurais nombrer les ouvrages qui ont été prohibés, et les auteurs qui ont été punis depuis quelques années; et je voudrais qu'on me dise quels sont les ouvrages que l'on n'a pas eus à sa discrétion, et quel mal ils ont fait.
Nous n'avons pas d'auteur moderne qui professe des idées plus libérales , et je dirai même