LIV. III, GHAP. VI
'Les feuilles quotidiennes sont des sentinelles toujours prêtes à crier gui vwe contre l'ennemi , sous quelque bannière qu'il marche.
En défendant les libertés publiques, elles dé^ fendent le gouvernement, parceque le gouver^ nement perdrait Tamour du peuple en touchant à ses libertés. Elles défendent le gouvernement lorsqu'elles défendent le pacte social , parceque le pacte social est le gage de la paix et le soutien du trône. Elles défendent le gouvernement quand elles invoquent les lois, parceque méconnaître les lois c'est faire de l'arbitraire , et que l'arbitraire produit la haine. Elles défendent le gouver»nement quand elles défendent les opprimés, parceque l'oppression est de l'injustice, et que l'injustice aliène les coeurs. Elles défendent le gouvernement quand elles signalent ses fautes, parceque les fautes dénotent l'incapacité , et que l'incapacité détruit la confiance. Elles défendent le gouvernement quatid elles s'opposent à l'esLé* cation de projets subversifs de l'ordre établi, à des projçts qui n'ont pas en vue l'intépét de tous, parceque les innovations sont dangereuses et fes exceptions immorales. Elles défendent le gouver*nemeiM: alors même qu'elles le combattent, par- /ceque la lumière jaillit du choc, et que le gouvernement n'est jamais trop éclairé.
Les flatteurs applaudissent toujours; ils ne voient l'écueil que lorsqu'il est impossible de l'éviter. Les vrais amis ne flattent pas. Sans la liberté de la presse, sans l'opposition, le gouvernement marche au hasard : c'est un vaisseau lancé sans pilote.
C'est au moyen de la presse que les peuples font connaître leurs vœux , leurs besoins : si ce
moyen manque, il n'en reste qu'un seul Nous
avons vu ce qui s'est passé en France ; nous avons vu ce qui s'est passé en Espagne, àNaples;nous
voyons ce qui se passe en Russie Ce doit être
ici un grand sujet de méditation pour les hommes d'état.
Quoi qu'en disent les partisans de l'obscurantisme, on ne conspire *pas par écrit; celui qui se plaint tout haut n'en veut point au pouvoir. Il n'y a de dangereux que les hommes qui n'ontpour guide que le fanatisme, et qui aiguisent, leurs poignards dans l'ombre. Ces hommes-là ne veulent pas que l'on pense ni qu'on écrive : la lumière les tue.
La presse ne peut donner lieu qu'à des écarts, et les lois sont là pour les réprimer.
C'est à l'époque où je suis , 1 8 1 5 et 1 8 1 6 , que l'on parla pour la première fois du rétablissement de l'autorité ecclésiastique; c'est aussi Tépoque