LIV. m, CHAP. VJ
sentatif en faisant revivre la constitution des Cortès. La réforme s'était opérée militairement , parcequ'il n'y avait pas d'autres moyens dans un pays où toutes les libertés publiques étaient enchaînées. Cependant les prêtres, mus par leurs intérêts personnels et par des excitations du dehors, poussèrent le 'bas peuple à la révolte, et bientôt la guerre civile fut allumée, le sang coula.
Le congrès de Vérone décida que la France rétablirait l'ordre en Espagne : une armée y pénétra, et marcha jusqu'à Cadix. Ferdinand VII fut ramené à Madrid , et le régime absolu reprit la place du régime constitutionnel.
* Ce triomphe- des vieilles doctrines exalta en France toutes les têtes aristocratiques: rien ne devait plus arrêter la i econstruction de l'édifice monarchique sur son ancienne base; la révolution avait été vaincue aux colonnes d'Hercule.... Il y avait dans ce langage folie et erreur: folie, parceque l'ancien régime ne saurait renaître en France, et qu'une poignée d'hommes disparaît trait devant tout un peuple ; erreur, parcequ'il y eut révolution matérielle, et révolution intellectuelle. La première fut vaincue à Notre-Dame , le 2 décembre i8o4; la seconde est invincible , elle est immortelle.
Cependant le mode de renouvellement de la chambre élective fut changé : la charte porte expressément que la chambre des députés est renouvelée par cinquième, I9 nouvelle loi établit la septennalité.
La chambre septennale vota d'abord la loi d'indemnité, dont elle devait en partie recueillir les bienfaits; et cette loi, qui pouvait être générale , ' c'est-à-dire s'appliquer à tous ceux dont la fortune avait souffert dans la crise révolutionnaire, ne s'étendit qu'aux biens-fonds , et ne soulagea que l'émigration , la noblesse.
Une loi plus extraordinaire vint étonner la France, c'est la loi du sacrilège.
Cette loi parut extraordinaire,*non seulement pàrcequ'elle était en contradiction avec le pacte social, mais encore parceque jamais, à aucune époque, le respect pour la l'eligion, pouj* ses cérémonies , pour ses images et ses ministres, n'avait été à un plus haut point en France ; jamais la morale religieuse n'avait été plus épurée.
Elle étonna, parceque nous n'étions plus au temps des sacrilèges et des blasphèmes, parcequ'on n'apercevrait pas d'actions à réprimer,
des crimes à punir , et qu'on ne fait pas une loi sans nécessité ; car ce sont les besoins qui doivent la provoquer. Ici la loi a précédé le besoin :
Lxv. m, GHAP. VI. 3g7
elle a présupposé des crimes; elle a fait ce que réprouvent la morale et la raison.
Aujourd'hui il n'y a que des voleurs : la loi n'aurait dû statuer que sur le vol, et ce vol serait plus rare, il serait inconnu, si les ministres des autels avaient conservé dans leurs temples la simplicité et la modestie primitives.
Tous les rois depuis saint Louis ont sévi contre les jureurs, les blasphémateurs, les sacrilèges , les sorciers , les impies , etc. , etc. Saint Louis y mit tant de zèle , que le pape fut obligé de l'engager à se modérer. Les peines infligées aux coupables étaient de payer une amende , d'être exposés au carcan, d'avoir les lèvres et la langue coupées , d'être pendus ou brûlés.
Ces lois rigoureuses avaient-elles été nécessitées? Voyons les cas où elles furent appliquées.
Un juif de la rue des Billettes profana une sainte hostie qui lui avait été remise par une femme. Il fut condamné à être brûlé en 1 290.
Un protestant, cocher de la duchesse de Guise, fut condamné au dernier supplice, en 1 648, pour avoir mangé des hosties consacrées qui étaient dans le saint ciboire de l'église de Saint-Jean en Grève.
En i5o3, un jeune homme fut condamné à avoir le poing coupé , et à être brûlé vif, pour
3gS ' VAi«OL^oir et l'europe.
avoir , dans l'église de la Sainte-Chapelle à Paris « arraché des mains d'un prêtre l'hostie qu'il venait de consacrer en célébrant la messe.
En i586, un nommé Dufour fut condamné à la même peine pour avoir arraché des mains d'un cordelier l'hostie qu'il avait consacrée en disant la messe.
Un nommé Dufut eut le poing coupé et la tête tranchée pour insulte faite à la Divinité, en portant plusieurs * coups d'épée contre un crucifix.
Le parlement de Bordeaux condamna au fouet, en 1435, un ivrogne qui, d'un coup d'épée, avait emporté la tête d'un Christ : son ivresse empêcha qu'on ne le condamnât à mort.
Par un arrêt de décembre 1 548 , le parlement de Paris condamna le nommé Rochette à être pendu, ensuite brûlé, pour avoir mis en pièces un crucifix et quelques images des saints , dans l'église de Saint-Julien de Pommiers en Forez.
En 1 660 , le parlement de Bordeaux condamna au dernier supplice plusieurs protestants de la ville d'Aymet, pour s'être rendus coupables de profanations en dérision de la messe et des cérémonies de l'église.
En 1714? ï^ parlement de Paris condamna un prêtre à faire amende honorable, et à être