LIV. II, GHAP. VI
Mais il faut être bien circonspect dans ses jugements sur les opérations militaires d'un homme tel que Napoléon. Nul doute que si après les affaires de Russie il eût ordonné la retraite jusque sur les bords du Rhin , ce fleuve n'eût jamais été franchi par l'ennemi. Mais la confédération lui eût justement reproché de la laisser sans dé* fense après s'être servi d'elle. C'eût été cependant la traiter selon ses vœux. Ainsi , tandis que Napoléon tjTop généreux pour abandonner ses alliés se dévouait pour leur défense, ils n'attendaient qu'un moment favorable pour sortir de ses rangs.
D'après les intentions de l'empereur , le théâtre de la guerre devait être sur l'Ëlbe *et l'Oder. Il pouvait donc avoir besoin de places fortes pour appuyer ses mouvements* Si ces places se sont trouvées en dehors de ses opérations, c'est que la trahison est venue lui ravir le fruit de ses victoires.
Napoléon s'étant sacrifié pour des alliés infi* dèles , son armée ne se trouva plus assez forte pour garder les barrières de la France ; les ennemis y pénétrèrent. Mais au lieu de lauriers , ils devaient y trouver des tombeaux.
Les Français étaient encore maîtres de l'Italie, d'où ik pouvaient menacer l'Autriche, qui eût été
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forcée de laisser dans ses propres états la plus grande partie de ses troupes. Mais l'armée d'Italie fut paralysée par la plus inconcevable des défections. Murât , dont la bravoure et la capacité politique sont trop connues pour que j'en parle, Murât, beau-frère de Napoléon , Murât que l'empereur avait couronné, prit les arn^es contre sa mère-patrie, contre son frère et son ancien compagnon d'armes ! Ainsi les combinaisons de l'empereur se trouvaient toujours détruites.
Rassurée contre la crainte d'une guerre sur son propre territoire , l'Autriche put jeter une grande armée sur la France, qui se trouva envahie sur tous les points par toutes les puissances européennes. I Cependant Napoléon ne désespéra pas du salut de la patrie; aidé des jeunes Français et du patriotisme des habitants des départements envahis , il marcha à l'ennemi et le vainquît àChampaubert, Montmirail, Château-Thierry , Vauchamps, Montereau; mais tandis que l'armée luttait avec tant de couragç et se couvrait d'une gloire immortelle, quelques chefs rendaient ses succès inutiles.
Le maréchal Augereau , qui commandait le corps d'armée qui devait agir sur le Rhône, dissémina ses troupes dans toutes les directions, au lieu de les réunir et de marcher à leur tête dans le pays de Vaudet en Argovie, comme les ordres très im-