‹ Napoléon et l'Europe, fragments historiquesChapitre 34 sur 139 · II · texte numérisé non relu

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^8 vAPOhiojif BT l'surops.

4. Toutes le» fois que l'Angleterre attentera aux droits du commerce, soit par la déclaration en état de blocua des côtes de Tune ou de lautre des parties contractantes , soit par toute autre disposition contraire au droit maritime consacré par le traité d'U<trecht , tous les ports et les côites des puissances se* ront également interdits aux bâtiments des nations neutres qui laisseraient violer l'indépendance de leur paTillon.

Note adressée par le ministre des relations extérieures à]U»le comte de Romanzow , chancelier de Russie \

Paru, le a5 avril 1813.

MoHSnUR LX COMTX,

S. M. l'empereur de Russie avait reconnu à Tilsitt que la génération présente ne serait rendue au bonheur qu'autant que toutes les nations, jouissant de la

. « Il eat néoeaiairo de faire ipi aoe obaarvatîcm. D'aprèi le» notes diplomatiques ^ M* le prince Kourakin se plaint sans cesse de ne pas recevoir de réponse ; on poavait croire qae la cour de France ne voulait pas entrer en explication.

Le priooe Kourakin débuta par demander l'évaenation des états prussiens y de toutes les places fortes de la Prusse et de tous les pajs situés au-delà de l'Elbe, avant que d'entrer dam aucune taspUc^tUm,

Cette demande parut si extraordinaire » que Ton crut que le prince Kourakin avait , ou mal compris se^ nstmellmis 9 on les exeédell.

plénitude de leurs droits , pourraient se livrer en toute liberté à leur industrie; qu'autant que l'indépendance ele leur pavillon était un droit de chacune délies,^ et un devoir réciproque des unes envers les autres; qu^elles n'étaient pas moins solidaires de l'inviolabilité de leur pavillon, que de celle de leur territoire ;.que ai une puissance ne peut, sans cesser d'être neutre, laisser enlever sur son territoire, par une des puissances belligérantes , les propriétés de l'autre; elle cesse également d'être neutre en laissant enlever sous son pavillon, par une des puissances belligérantes,

On lai offrit d'entamer la discassion par l'indemnité à accorder poar le daché d'Oldenbonrg , pnit de l'entendre sur les licencet dont pooTaît avoir besoin le commerce maritime» etc., etc. M. Kov^ rakin ne voulut pas répondre avant que aa proposition eût été préa« lablement admise.

. Dans ces conjonctures , le ministre de France s'adressa directement an chancelier de Russie, pour savoir si réellement le prince Koorakin agissait d'après les ordres de sa cour. Voiià pourquoi les notes do prinoe restaient sans réponses : car on ne pouvait accepter ses propositions sans savoir si elles étaient réellement un ultimatum; on ne pouvait les rejeter dans la crainte d'amener une rupture.

Lorsque Napoléon fit demander à Alexandre le but d'un rassemblement de troupes sur les frontières de la Pologne « Alexandre dit que ses troupes n'avaient pas quitté leur position, et qu'il était très étonné qu'on lui Ht de semblables questions , que sa fidélité à l'ai* Ifance ne devait pas être soupçonnée. Mais quatre - vingt mille hommes étaient déjà réunis. Alexandre partit. L'ambassadear d* France n'obtint pas la permisMon d'aller à son quartier générât Napoléon n'avait plus d'espoir de conserver l'état de paix. Cependant il ne quitta Paris que lorsque déjà Alexandre était depula huit {oiira à Wilna %n milieu de ton armée.

100 NAPOLiON ET l'eUROPE.

les propriétés que l'autre y a placées ; que toutes les puissances ont en conséquence le droit d'exiger que les nations qui prétendent à la neutralité fassent respecter leur pavillon, de la même manière qu'elles doivent faire respecter leur territoire ; que tant que l'Angleterre, persistant dans son système de guerre, ne reconnaît l'indépendance d'aucun pavillon sur les mers, aucune puissance qui a des côtes ne peut être neutre envers l'Angleterre.

Avec cette pénétration et cette élévation de senti-^ ments qui le distinguent, l'empereur Alexandre comprit ainsi' qu'il ne pourrait y avoir de prospérité pour les états du continent que dans le rétablissement de leurs droits par la paix maritime. Ce grand intérêt de là paix maritime domina dans le traité deTilsitt; tout le reste en fut la conséquence immédiate.

L'empereur Alexandre offrit sa médiatipp au gouvernement anglais, et s'engagea, si ce gouvernement ne consentait à conclure la paix en reconnaissant que les pavillons de toutes les puissances doivent jouir d'une égale et parfaite indépendance sur les mers, à faire cause commune avec la France, à sommer, de concert avec elle, les trois cours de Copenhague, de Stockholm et de Lisbonne, de fermer leiurs ports aux Anglais, de déclarer la guerre à l'Angleterre, et à insister avec force auprès des puissances , pour qu'elles adoptent les mêmes principes.

L'empereur Napoléon accepta la médiation xle la Russie ; mais l'Angleterre ne répondit que par une '

PIÈCES SUR l'affaire DE RUSSIE. 101

violation du droit des gens jusqu'alors sans exemple daps l'histoire. Elle vint en pleine paix, et sans déclaration préalable de guerre ,, attaquer le Danemarck, surprendre sa capitale , brûler ses arsenaux, et s*emparer de sa flatte qui était désarmée et en sécurité dans ses ports. La Russie , se conformant aux stipulations et aux principes du traité de Tilsitt, déclara la guerre à l'Angleterre , proclama de nouveau les principes de la neutralité armée, et s'engagea à ne déroger jamais à ce système. Ce fut alors que le cabinet britannique jeta le masque, en publiant, au mois de novembre 1 807, ces arrêts du conseil par lesquels l'Angleterre levait un octroi de 4 à 5oo,ooo,ooo sur le continent , et elle soumettait tous les pavillons aux tarifs et aux dispositions de sa législation. Ainsi d'un côté elle se mettait en état de guerre contre toute l'Europe; de Tautre elle s'assurait les moyens d'en perpétuer indéfiniment la durée, en fondant ses finances sur les tributs qu'elle prétendait imposer à tous les peuples.

Déjà en 1806, et pendant que la France était en guerre contre la Prusse et la Russie , elle avait proclamé un blocus qui mettait en interdit toutes les côtes d'un empire. Lorsque S. M. fut entrée à Berlin, elle répondit à cette prétention monstrueuse par le décret du blocus des îles Britanniques; mais, pour repousser les arrêts du conseil de 1807, il fallait des mesures plus directes , plus précises. Et S. M. par le décret de Milan , du 1 7 décembre de la même année , déclara dénationalisés tous les pavillons qui laisseraient

lO:» HAPOLÉON ET l'eUBoVe.

violer leur neutralité, en se soumettant à ces arrêts.

(t'attentât de Copenhague ayait été soudain et public^ l'Angleterre préparait en Espagne des attentats nouveaux ourdis avec méditation et daçis les ténèbres.

N'ayant pu ébranler la fermeté du roi Charles IV, elle forma un parti contre ce prince , qui ne roulait pas sacrifier à l'Angleterre les intérêts de son royaume ; » elle se servit du nom du prince des Asturies ; et le père fut chassé de son trône au nom du fils : les ennemis de la France et les partisans de l'Angleterre s'emparèrent du pouvoir.

S. M., appelée par le roi Charles IV, fit entrer ses troupes ^n Espagne, et la guerre de la Péninsule fut allumée.

Par une des stipulations de Tilsitt , la Russie devait évacuer la Valachie et la Moldavie. Cette évacuation fut différée. De nouvelles révolutions survenues à Constantinople avaient plusieurs fois ensanglanté le sérail.

Ainsi j un an s'était à peine écoulé depuis la paix de Tilsitt, les affaires de Copenhague, d'Espagne, de Constantinople, et les arrêts publiés en 1807 par le conseil britannique avaient déjà placé l'Europe dans une position tellement inattendue, que les deux souverains jugèrent convenable de se concerter et de s'entendre : l'entrevue d'Erfîirth eut lieu.

Unis d'intention et animés de l'esprit de Tilsitt, ils se mirent d'accord sur ce qu'exigeaient d'eux de si grand» changements» L'empereur oonsentil à fiûre éva*

Places SVR LA ÙVnniLË, DS HtSSIE. io3

cuer la Pnuse par ses troupes , en méine temps qu'il consentait que la Russie non seulement n ëvacuAt point la Valachie et la Moldayie, mais réunît ces provinces à son empire*

Les deux souverains, pénétrés du même désir du rétablissement de la paix maritime, et alors aussi fermement attachés qu*à Tilsitt à la défense des principes pour lesquels ils s'étaient unis, résolurent de Élire en commun ime démarche solennelle auprès de TAngleterre. Vous tintes, M. le comte, en suivre les effets à Paris, et vous échangeâtes alors plusieurs notes avec le gouvernement Imtannique. Mais le ca* binet de Londres , qui entrevoyait qu'une guerre allait se rallumer sur le continent, repoussa toute négocia* tion«

La Suède s'était refusée à fermer ses ports à l'An* gleterre. La Russie, conformément aux stipulations de Tilsitt, lui avait déclaré la guerre. Il en résulta pour elle la perte de la Finlande, que la Russie réunit à son empire* En même temps les armées russes occupèrent les places fortes du Danube « et firent une guerre avantageuse contre la Turqiiie*

Cependant, M. le comte, le système de l'Angleterre triomphait : ses arrêts du conseil menaçaient d'ob* tenir les plus immenses résultats; et l'octroi qui devait fournir les moyens d'entretenir la guerre perpétuelle ^ qu'elle avait proclamée se percevait sur les mers* La Hollande et les villes anséatiques continuant de commercer avec elle, leur comiiv^ice rendait îllusoît«8

ro4 NAPOLÉON ET l'eUROPE.

les dispositions salutaires et décisives des décrets de Berlin et de Milan, qui pouvaient seuls combattre victorieusement les principes et les arrêts du conseil britannique. L'exécution de ces dispositions ne pouvait être assurée que par l'action journalière d une administration ferme, vigilante, et à Tabri de toute influence ennemie. La Hollande et les villes anséatiques durent être réunies. Mais, tandis que les sentiments les plus chers cédaient dans le cœur de Sa Majesté aux intérêts de ses peuples et à ceux du continent, de grands changements s'opéraient; la Russie abandonnait les principes pour lesquels elle s'était engagée à Tilsitt à faire cause commune avec la France, qu'elle avait proclamés dans sa déclaration de guerre à l'Angleterre, et qui avaient dicté les décrets de Berlin et de Milan. Ils furent éludés par l'ukase sur le commerce qui ouvrit les ports de la Russie à tout bâtiment anglais chargé de marchandises coloniales, propriétés anglaises, pourvu qu'il prît le masque d'un pavillon étranger. Ce coup inattendu annula le traité de Tilsitt, et ses transactions fondamentales qui avaient fini la lutte des deux plus grands empires du monde et qui avaient promis à l'Europe le grand bienfait de la paix maritime. On pressentit dès lors des bouleversements prochains et des guerres sanglantes.

La conduite de la Russie depuis cette époque fut constamment dirigée vers ces funestes résultats. La réunion du duché d'Oldenbourg, enclavé de toutes parts dans les contrées nouvellement soumises au

PIECE3 SUR LA GUERRE DE RUSSIE. to5

même régime que la France était une suite nécessaire de la réunion des Tilles auséatiques. Une indemnité fut ofFerte; cet objet était facile à régler selon les convenances réciproques , mais votre cabinet en fit une affaire d'état\ et Ton vit pour la première fois paraître une protestation d'un allié contre un allié. La réception des vaisseaux anglais dans les ports russes et les dispositions de Tukase de 1810 avaient fiût connaître que les traités n'existaient plus; la protestation montra que non seulement les liens qui avaient uni les deux puissances étaient rompus , mais que la Russie jeta publiquement le gant à la France pour une difficulté qui lui était étrangère, et qui ne pouvait se ré^ soudre que par le moyen que Sa Majesté avait offert. On ne dissimula point que le refus de cette offre décelait le projet déjà formé d une rupture ; la Russie s*7 préparait en effet. Au moment de dicter les conditions de la paix à la Turquie, elle avait rappelé tout-à-coup cinq divisions de l'armée de Moldavie , et j dès le mois de février 181 1, on apprit à Paris que l'armée du duché de Varsovie avait été obligée de repasser la Vistule pour se mettre à portée d'être secourue par la confédération , tant les armées russes sur la frontière étaient déjà nombreuses et menaçantes.

Lorsque la Russie s'était déterminée à des mesures contraires aux intérêts de la guerre active qu'elle avait à soutenir, lorsqu'elle avait donné à ses armements un développement onéreux à ses finances, et sans objet dans la situation où se trouvaient toutes les puis-

io6 ir&FOiiQBr ct l'evrcm.

êmceê .do continent; toutes les troupes françaises étaient en»deçi du Rhin, à l'exception d*un corps de 409O00 hommes rassemblés à Hambourg pour la dé^ f ense des côtes' de la mer dn Nord et pour le main« tien de la tranquillité dans les pays nouvellemeot réunis; les places réservées en Prusse n'étaient occa^ pées que par les troupes alliées ; il n'était resté à Dantzick qu'une garnison de i^^ooo hommes, et \eê troupes du duché de Varsovie étaient sur le pied de paix; une partie même était en Espagne.

Les préparatifs de la Russie se trouvaient donc sana objet, à moins qu'elle n'eût l'espérance d'en imposer à la France par un grand appareil de forces , et de la porter à mettre fin aux discussions de l'Oldenbourg, en sacrifiant l'existence du duché de Varsovie; peutêtre aussi, ne pouvant se dissimuler qu'elle avait viol^ le traité de Tilsitt, la Russie n'avait-elle recours à la force que pour chercher à justifier des violations qui ne pouvaient pas l'être.

Cependant Sa Majesté resta impassible. Elle persista dans le désir d'un arrangement; elle pensait qu^il était toiyours temps d'en venir aux armes; elle de« manda que des pouvoirs fussent envoyés au prince Kourakin, et qu'une négociation fftt ouverte sur deê différents qui pouvaient se terminer facilement, et qui n'étaient assurément pas de nature à exiger l'effiision du sang. Ils se réduisaient aux quatre points suivants :

i* L'existence du duché de Varsovie ^ qui avait M

PIÈGES St7Il Là G1T:EftRB DE RCJSSI£« IO7

une condition de la paix de Tilsitt/et qui, dès la fin de 1809 , donna lieu à la Russie de manifester des dé* fiances auxquelles S. M. répondit par une condescen* dance portée aussi loin que lamitié la plus exigeante pouvait le désirer, et que l'honneur pouvait le pei^* mettre.

2* La réunion du duché d*01denbourg, que la guerre contre l'Angleterre avait nécessitée^ et qui était dans lesprit de Tilsitt.

3* Là législation siu* le commerce des marchandises anglaises et les bâtiments dénationalisés , qui devait être réglée par lesprit et les termes du traité de Tilsitt.

4^ Enfin les dispositions del'ukase de décembre 1810, qui, en détruisant toutes Içs relations commerciales de la France avec la Russie, et en ouvrant les ports aux pavillons simulés chargés de propriétés anglaises, étaient contraires à la lettre du traité de Tilsitt.

Tels devaient être les objets de la négociation.

Quant à ce qui regardait le duché de Varsovie, Sa Majesté s'empressait d'adopter une convention par laquelle elle s'engageait à ne favoriser aucune entreprise qui tendrait directement ou indirectement au rétablissement de la Pologne.

Quant à l'Oldenbourg, elle acceptait Tîntervention de la Russie, qui cependant n'avait aucun droit de s'immiscer dans ce qui concernait un prince de la confédéral^ion du Rhin, et eUe consentait à donner à ce prince une indemnité.

Quant au commerce des marchandises anglaises et aux bâtiments dénationalisés , Sa Majesté demandait à s'entendre pour concilier les besoins de la Russie avec les principes du système continental et l'esprit du traité de Tilsitt.

Enfin y quant à Tukase , Sa Majesté consentait à conclure un traité de commerce qui , en assurant les relations commerciales de la France garanties par le traité de Tilsitt , ménagerait tous les intérêts de la Russie.

L'empereur se flattait que des dispositions dictées par un esprit de conciliation aussi manifeste amèneraient enfiti un arrangement. Mais il fut impossible d'obtenir de la Russie qu'elle donnât des pouvoirs pour ouvrir une négociation. Elle répondit constamment aux nouvelles ouvertures qui lui étaient faites par de nouveaux armements, et l'on fut forcé de comprendre, enfin, qu'elle refusait de s'expliquer parcequ'elle n'avait à proposer que des choses qu'elle n'osait point énoncer, et qui ne pouvaient pas être accordées; que ce n'était pas des stipulations qui , en identifiant davantage le duché de Varsovie à la Saxe , en le mettant à l'abri des mouvements qui pouvaient inquiéter la Russie sur la tranquillité de ses provinces, qu'elle désirait d'obtenir, mais le duché même qu'elle voulait réunir; que ce n'était pas son commerce, mais celui des Anglais qu elle voulait favoriser, pour soustraire l'Angleterre à la catastrophe qui la menaçait ; que ce n'était pas pour les intérêts du duc d'Oldenbourg que la Russie

voulait intervenir dans TafFaire de la réunion, mais que c'était une querelle ouverte contre la France qu'elle voulait tenir en réserve pour le moment de la rupture qu'elle préparait.

L'empereur reconnut alors qu'il n'y avait pas un moment à perdre. Il eut aussi recours aux armes. Il se mit en, mesure d'opposer des armées à des armées, pour garantir un état du second ordre si souvent menacé, et qui faisait reposer toute sa confiance sur sa protection et sur sa foi.

Cependant, M. le comte, Sa Majesté saisit encore toutes les occaÂons pour manifester ses sentiments. Elle déclara publiquement, le i5 août dernier, la nécessité d'arrêter la marche si dangereuse que prenaient les affaires , et le vœu d y parvenir par des arrangements pour lesquels elle ne cessait point de demander à entrer en négociation.

A la fin du mois de novembre suivant , Sa Majesté crut pouvoir espérer que ce vœu allait être enfin partagé par votre cabinet. Vous ajpnonçàtes, M. le comte, à lambassadeur de Sa Majesté , que M. de Nesselrode était désigné pour se rendre à Paris avec des instruc* tiens. Quatre mois s'étaient écoulés lorsque Sa Majesté apprit que cette mission n'aurait pas lieu. Elle fit aussitôt appeler M. le colonel Gzernichew , et lui donna pour l'empereur Alexandre une lettre qui tendait de nouveau à ouvrir des négociations. M. de Gzernichew est arrivé le lo mars à Saint-Pétersbourg, et cette lettre est encore sans réponse.

110 MAPOLÉ'oir ET l'europe.

Gomment se dissimuler plus long-temps que la Russie élude tout rapprochement? Depuis dix-huit mois, elle a eu pour règle constante de porter la maior sur son glaive toutes les fois que des propositions d'arrangement lui ont été faites.

Se Toyant ainsi forcée de renoncer à toute espérance du côté de la Russie , Sa Majesté^ avant de commencer cette lutte qui fera couler tant de sang , a pensé qu*il était de son devoir de s'adresser au gouvernement anglais. La gène qu'éprouve l'Angleterre, les agita**^ tîons auxquelles elle est en proie, et les changements qui ont eu lieu dans son gouvernement, ont décidé S. M. Un sincère désir de la paix a dicté la démarche dont j'ai reçu Tordre de vous donner connaissance; aucun agent n'a été envoyé à Londres, et il n'y a eu. aucune autre communication entre les deux gouvernements. La lettre dont votre excellence trouvera la copie i;i-jointe, et que J'ai adressée au secrétaire d'état pour les alBfaires étrangères de S. M* britannique, a été remise en mer au conunandant de la station de Douvres.

La démarche que je fais auprès de vous, M. le comte, est une conséquence des dispositions du traité de Tilsitt, auquel sa majesté a la volonté de se conformer jusqu'au dernier moment. Si les ouvertures Élites à r Angleterre ont quelque résultat, je m'em« presserai de vous en prévenir. S. M. l'empereur Alexandre y prendra part, ou en conséquence du traité du Tilsitt, ou comme allié de l'Angleterre ,

y PIÈGES ftUA LA. GUERaE DE EUSSIE. 111

â déjà ses relations avec l'Angleterre sont formées.

U in*est formellement prescrit, M. la comte, d*ex^ primer, en terminant cette dépêche, le vœu déjà ma«* nifesté par S. AL à M. le colonel Gzemichew, de voir des négociations qu'elle n a cessé de provoquer de** puis dix-huit mois, prévenir enfin des événements dont l'humanité aurait tant à gémir.

Quelle que soit la situation des choses lorsque cette lettre parviendra à votre excellence, la paix dépendra encore des résolutions de votre cabinet.

J'ai l'honneur, etc.

Le duc DB Bassano.

Lettre adressée par U ministre des reUuiotis extérieureSf à lord Castlereagh , secrétaire d^ état pour Us affaires étrangères de Sf M» Britannique.

Pari^, le 17 avril 1813.

' MOHSIBUR ,

S. BL l'empereur et roi, toujours animé des mêmes sentiments de modération et de paix, a voulu fiiire de nouveau une démarche authentique et solennelle pour mettre un terme aux malheurs de la guerre. La gran* deur et la force des circonstances dans lesquelles le monde se trouve aujourd'hui placé déterminent S. M. Elle m'autorise, monsieur, à vous entretenir de seè itioas, et de ses vues«

112 NAPOL^ÉON ET l'eUROPE.

Beaucoup de changements ont eu lieu en Europe depuis dix ans; ils ont été la suite nécessaire de la. guerre qui s'était allumée entre la France et TAngle— terre ; beaucoup de changements arriveront encore , et ils résulteront de la même cause. Le caractère particulier que la guerre a pris peut ajouter à l'étendue et à la durée de ces résultats. D^ principes exclusifs et arbitraires ne peuvent se combattre que par une opposition sans mesure et sans terme, et le système de la préservation et de la résistance doit avoir le même caractère d'universalité, de persévérance et de vigueur.

La paix d'Amiens, si elle avait été maintenue, aurait prévenu bien des bouleversements. Je renouvelle le vœu que l'expérience du passé ne soit pas perdue poupj'avenir.

S. M. s'est souvent arrêtée devant la perspective des triomphes les plus certains, et en a détourné ses regards pour invoquer la paix. En i8o5,tôut assurée qu'elle était des avantages de sa position , et quelque confiance qu'elle di\t à des présages que la fortune devait sitôt réaliser , elle fit au gouvernement de S. M. britannique des propositions qui furent éludées, sur le motif que la Russie devait être consultée. En 1808, de nouvelles propositions furent faites de concert avec la Russie. L'Angleterre allégua la nécessité d'une intervention iqui ne pouvait être que le résultat de la négociation elle-même. En 1810, S. M. ne pouvant se dissimuler plus long-temps que les édits du

PIÈCES SUR LA GUERRE DE RUSSIE. I l3

conseil britannique de 18079 rendaient la conduite de la guerre incompatible avec Tindëpendance de la Hok lande, autorisa des ouvertures indirectes qui tendaient également à la paix; elles n'eurent aucun effet, et de nouTcUes provinces durent être réunies à lempire.

Le moment pi^é$ent rassemble ^ la fois toutes les circonstances dès diverses époques où sa majesté montra les si^ntiments pacifiques qu elle m'ordonne de manifester encore aujourd'hui.

Les calamités qui désolent la péninsule et \ei vastes contrées de l'Amérique espagnole doivent exciter Imtérét de toutes les nations et les animer d'une égale sollicitude pour les voir cesser.

Je m'exprimerai , monsieur , d'une manière que votre ejLcellence trouvera conforme à la franchise de la démarclie que je suis chargé de faire, et rien n'en montrera m^eux la grandeur et la loyauté que les te^rmes précis du langage qu'il m'est permis de t^nir. Dans quelles vues ^t pour quels raotils m'envelopperais-je *de formes qui ne conviennent qu'à la faiblesse, qui seule, a intérêt de tromper.^ >

Les affaires de la péninsule et ^es Deux-Siciles sont les différent qui paraissent les plus difEciles à conci-* lier 'y je suis autorisé à vous proposer d'^n établir l'arrangement sur les< bases suivantes :

L'intégrité de l'Espagne serait garantie, la France renoncerait à toute extension du côté des Pyrénées, la dynastie j^ctueUe ser^t déclarée indépendante et II. 8 .

Il4 NÀPOLJÉOir ST l'&uao»ie.

l'Espagne régie par une constitution nationale des Gortès;

L'indépendance et l'intégrité du Portugal seraient également garanties, et la maison de Bragance rô«* gnerait;

Le royaume de Naples resterait au roi de Naples. Le rorfoume de Sicile àeraif garanti à k maison actuelle de Sicile.

Par suite de ce* stipulation^ 9 VEapagne^ le Portugal et la Sicile seraient évacués par les tftoupes françaises et anglaisés de tevre 0t de mer.

Quant aux autres objets de discussion , ils peuvent être négociés sur cette base, (Jue ehit^ue puissance gardera ce que l'autre ne peut pa$ lui ôter par la guerre.

Telles sont, monsieur, les bases de eoncitiafiôn et de rapprochement offertes à S. A. R. le grince régent.

8. M. lempereur et roi né calcule dans cette dé<^ marche ni les avantages ni les pertes ^e la- guerre, si elle est longtemps prolongée /peut présager à son empire , elle se détettoine par la seule con&idération des intérêts de Thumanité et du repos des peuplés ; èi si cette quatrième tentative doit être sahs succès, comme celles qui l'ont précédées , la France aura du moins la consolation -de p^ser que le ^ang qui pour^ rait couler encore, retombet'a tout entier sur TAngleterre.

J'ai Ilionneur, ete.

Xe duc ns Ba^saho.

PIECES S0R hà. 6UERRB DB EUtSIE. Il5

Notes du prince Kourakin au ministre des relations

extérieures.

Paris , le 18 (3o) avril 161a.

MoKSlBUR ta DUC,

Depuis rentrétieii que j'ai eu mardi dernier avec votre excellence, et dâni lequel elle m'a fait espérer que les comitiunications que je lui aï faites verbale* tuent, d'après le contenu de mes dernières instrue* tiens, seraient admises comme base de l'arrangement dont nous avons à notts occuper, je n'ai pu la trouver éhea eue , et obtenir de sa part de nouvelles confë* Tences pour la discussion de cet objet et la rédaction du projet de oette convention.

Il m'est impossible, monsieur le duc, de différer davantage de rendre compte à l'empereur, mon maître, de Fetécution de^ ordres qu'il ma donnés. Je m'en étais acquitté verbalement envers 8. M. l'ettipcreur et TOi', dans l'audience particulière que sa majesté m*a accordée lundi; je m'en suis acquitté aussi et de la même manière envers votre excellence,, dans mes entretiens avec elle, de veridredi, de lundi et de mardi. Je mé flattais qtic l'envoi d'un projet de -convention, fondé sur les bases que fui eu ordre de proposer, et qui, à ce que j'espérais , devaient être agréables à sa majesté

impériale et royale , tùe tnettrait à métàe de prouver à

Il6 IXAVOhÉOJX ET 1 EtTROPK.

S. M. Vempereur , mon maître, que j*aTais rempli ses intentions et avais en le bonheur de le faire avec succès. Privé depuis deux jours de la faculté de voir votre excellence, de poursuivre et de terminer avec elle le travail si important et si pressant pour les circonstances dont nous avons à nous occuper, pour lequel il n'y a pas un seul jour à perdre, et voyant s'évanouir la certitude dont je m'étais flatté, que cet ouvrage serait aqhevé sans délai et pourrait conduire au . but qu'il devait avoir » de prévenir encore les conséquences malheureuses de l'extrême rapprochement où les arjpiées de S. AL l'empereur et roi sont parvenues de celles de S. M. l'empereur, mon maître, il me reste à .pourvoir à ma responsabilité envers ma cour , en m'acqpittant officiellement des communications que j'ai reçu ordre de faire à ;Votre excellence, et qui, jusqu'à présent, ne lui ont été données de ma part que de yive voii^. Il m'est ordonné de déclarer à votre excellence que la conservation de la Prusse et son indépendance de tout lien politique dirigé contre la Russie est indispensable aux intérêts de sa majesté impériale. Pour arriver à un véritable état de paix avec la France j il, &ut nécessairement, qu'il y ait entre elle et la Russie un pays neutre qui ne soit, occupé par les troupes d'auci^ie des deux puissances; que, comme toute la politique de S. M. l'empereur, n>on maître, ne tend qu'à établir des rapports solides et stables avec la France, et çpie ceux-ci ,ne ^auraient subsister tant que des armées étrangères continueraient à^ séjourner dans june telle

PliCES $l]R LA GUEBRE DE RUSSIE. II7

proximité des frontières de la Russie, la première base de toute négociation ne peut être que rengagement formel de l'entière évacuation des états prussiens et de toutes les places fortes de la I^nisse, quels qu'aient été Tépoque et le fondement de leur occupation par les troupes françaises ou alliées, d une diminution de la garnison de Dantzick, de levacuation de la Poméranie suédoise, et dun arrangement arec le roi de Suède , propre à satisfaire réciproquement les deux couronnes de France et de Suède.

' Je dois déclarer que quand les demandes ci-dessus énoncées seront accordées de la part de la France comme base de larrangement à conclure, il me sera permis de promettre que cet arrangement pourra contenir aussi de la part de S. M. Tempereur, mon maître, les engagements suivants.

' Sans dévier aux principes adoptés par l'empereur de toutes les Russies pour le comn^erce de ses états et pour Fadmission des neutres dans les ports de sa domination , principes auxquels sa majesté ne saurait jamais renoncer, elle s'oblige, par un effet de son attachement pour l'alliance formée à Tilsitt, à n'adopter aucun changement aux mesures prohibitives établies en Russie, et sévèrement observées jtisqu à présent contre le commerce direct avec T Angleterre; sa majesté est prête, de plus, à convenir avec S. M. l'empereur des Français et roi d'Italie d'un système de licences à introduire en Russie à l'exemple de la France, bien

entendu qu'il ne pourra être admis qu'après qu'il

ri8 KAPOLEoir et l'europc.

aura été reconnu ne pouvoir augmenter par ses effets le préjudice qu'éprouve àé]k le commerce de la Russie.

S. BL l'empereur de toutes les Russies s'engagera mim par cette convention à traiter, par un arrangement particulier, de certaines modifications que l|i France peut dësirer pour l'avantage de son commerce dans le taiîf des douanes de Russie de |8io.

Enfin sa majesté consentu*a aussi à s'engager de oon« diure un traité d'échange du duché d'Oldenbourg contre un équivalent convenable, qui sera proposé par S. M. l'empereur et roi , et dans lequel sa majesté impériale déclarera retenir la protestation qu'elle a été dans le cas de donner pour mettre en réserve les droits de sa maison sur le duché d'Oldenbourg.

Telles sont, M.* le duc, les bases qu'il m'a été or* 'donné de présenter ici, et dont l'admission , dans eeî qui regarde l'évacuation des états prussiens et de la Poméranie suédoise, la réduction de la garnison de Dantzick sur le pied où elle était le' i^ janvier 1811, et la promesse d'une négociation avec ;la Suède, peut seule rendre possible encore un arrangement entre nos deux cours. C'est avec un vif regret que, malgré l'intervalle qui s'est écoulé depuis quejeles ai communiquées verbalement à votre excellence, je me vois encore dans une incertitude complète sur les effets qu'auront mes démarches, malgré les augures favorables que je m'étais plu à tirer de l'entretien que sa majesté impériale et royale a bien.voulu m accorder lundi , et des assurances que votrtt excellence 7 a syoutéea de son côté. Je ne

puis ne pas renouveler à votre excellence cequej'ai déjà pris la liberté de porter inoi<4néine à la connais^ sauee de & M. l'empereur et ce que j'ai eu l'honneur de vous dire aussi à vous-même , M. le duc ; que si , 4 mon grand regret , la nouvelle me parvenait qvnè M. le comte de Lauriston eût quitté Pétersbourg, il serait de mon devoir de demander sur4e-chainp que fnes.passe*ports me fussent délivrés et de quitter aussi Paris.

Que votre excellence ^reçoive , etc.

Le prince Alsxandrb Kourakin.

Nfitê du prinfiP Kwrakin au minUtte d€$ r$latim9

MUri^ure^,

P^ris, le aS aTril (7 mai) 181 9*

MoirSIEUR LB SUC,

Il s'est écoulé près de quinze jours depuis que je me suis acquitté des communications que mes der« nières instructions, apportées par le baron Serdobin, m*ont enjoîAt de faire à votre excellence, et que je me sois empressé de mettre sous ses yeux deux heures après leur réception. J'ai eu l'honneur de porter aussi moi-même à la connaissance de sa majesté impériale et rojale,dans faudience qu'elle m'a accordée lundi 97idu même mois 9 les propositions de S, M. l'empereur, mon

\20 NkVOhÉOTK ET L'EUROPE.

auguste maître , qui en faisaient Tobjet. Les espéirances qiie j*eus à fonder sur tout ce que sa majesté voulut bien me^dire , dans cette audience, de son désir extrême de pr(^venir, par les voies de la conciliation, la rupture qui menace TEurope d'une nouvelle guerre, me firent concevoir Fattente flatteuse de voir ma démarche réussir au gré de S. M. Tempereur mon maître, dont ' les souhaits n'ont jamais été autres que ceux de la conservation de la paix et de son alliance avec la France, et de voir les propositions essentiellement équitables et modérées dont je venais d*être l'organe devenir la base d'un arrangement amical. Je pouvais d'autant plus me livrer à cette espérance que vousmême, M. le duc, n'avez cessé, dans les premiers entretiens qui suivirent mes communications, de l'encourager par la justice que vous avez rendue à leur esprit conciliant, pacifique et principalement dirigé à satisfaire S. M. l'empereur Napoléon sur toutes les demandes qu'il a formées jusqu'à présent auprès de la Russie. S. M. l'empereur et roi, dans l'audience du 27 avril , en m'engageant à discuter immédiatement avec votre excellence ces propositions dont j'étais chargé, m'avait autorisé à prévoir la possibilité de rendre compte à l'empeneur, mon maître, dans un délai peu considérable, de l'accueil fait à ses offres* Jamais circonstances plus urgentes n'ont autorisé plus justement un désir et des instances pour recevoir une prompte solution; cependant, M. le duc, je suis encore toujours à r.attendre. Mes demandes pressante»

PIÈCES SUR LA GUERRE DE RUSSIE. lâl

et réitérées, mes démarches journalières auprès de votre excellence , n'obtiennent d'autre résultat de sa part que le refus de s'expliquer encore sur nos propo« sitiôns, fondé sur le dé&ut d'ordres à cet effet de sa majesté impériale et royale.

Il est impossible, M. le duc , de se dissimuler les fiinestes efifets'que vont inévitablement entraîner ces délais. La proximité chaque jour plus grande des armées de samiajesté impériale et royale et de ses alliés des frontières de l'empire de Russie peut amener, d'un instant à l'autre, des événements après lesquels tout espoir de conserver la paix sera perdu, et qui peut-être même en ce moment ont déjà détruit cette possibilité. Le seul moyen qui peut épargner à l'Europe les malheurs qui vont s'appesantir sur elle était dans l'acceptation des offres conciliantes que Teinpereur , mon maître , m'a chargé de présenter. Non seulement nulle réponse delà part de votre excellence ne m'a fait connaître qu'elles fassent acceptées , mais jusqu'à présent elle n'a cessé de se refuser aux explications que je lui ai demandées et lui demande encore^ sur la manière dont ces offres sont envisagées, et «sur ce qui, dans l'ensemble de nos propositions, a pu ne pas convenir à l'empereur. : kxk milieu des circonstances critiques où se trouvent les deux empires, la prolongation de semblables délais aux explications propres à produire un rapprochement ne saurait être interprétée autrement que comme une détermination déjà prise de ne point entrer dans ces explications y et par conséquent, que comme le

choix de la guerre. Il ne m'est point permis de muler à Totre excellence que c'est ainsi que j'envisfi^ gérai les nouveaux retards qui seront mis à me donner une réponse catégorique sur les communications dont je me suis acquitté par ordre de S. fi. rempereur^ mon mattre. Je dois donc vous prévenir, J/L le duc, que si, dans la conférence qu'elle a fixée avec moi pour demain matin, j'avais encore le r egret de la trouver sans instructions de sa majesté impériale et royale pour m'an* noncer quelles êont acceptée sanê modification, car votre excellence sait qu*il ne nCeêt penniê d'en ad^ mettre aveune^ je me verrai, par le départ de & AL l'empereur et roi, annoncé pour après-'dematn, et qui ne me permettrait plus d'espérer la réponse que je té* clame, dans la nécessité d'envisager le manque de cette réponse comme le choix de la guerre , et de considérer alors ma présence à Paris comme tout<«à*fait superflue^ et qu'avec un profond regret de n'avoir pu contribuer au maintien de cette paix et de cette alliance, à l'éta* blissement desquelles le plus grand bonheur de ma vie est d avoir participé , il y a cinq ans , je serai forcé de demander à votre excellence mes passe-ports pour quît» ter la France. Je la prie d'avance bien instamment d'obtenir les ordres de sa majesté impériale et royale poui^l^ouvoii: alors me les remettre sans délai. Recevez , M. le duc , etc.

Le prince Alexandre Kourakiic*

ri

PIÈGES Sirit tk GVERRE DE RUSSIE. 1^3

Note du minUire des relation» extérteures au prince Kourakin , ambassadeur de Russie.

Paris , le 9 mai 181 a.

MoifSIEUR Ii*AMBÀSSADETIR,

y ta i^çu le« not^a que tous ni*av€% fait rhonoeur de iii*(idr«4f er le» 3o avril et 7 mai : avant d'être dan» le G9f d j répondre , j^ dois demander à votre excellence fi elle a de» pleine-pouvoir» pour arrêter, conclure et ftigner un arrangement »ur les différent» qui se sont élevas entre le» deux puissances» et de la prier ^ dans ee cas, et conformément à l'usage de ton» les cabi* net», de m'en donner préalablement communication.

J'ai Thonneùr , etc.

Le duc DE Ba»»aeo.

Paris, le 37 «Tril (9 mai) 181 a.

Monsieur le puç,

Je viens de recevoir la lettre de votre excellence, en date d*aujourd*hui. Elle me permettra de lui témoi* gner ma grande surprise des questions qu'elle m*y fait, et que je ^oyais avoir entièrement prévenues par la bancbise avec laquelle je lui ai communiqué sans ré*

1^4 NAPOLEON BT l'eUROPE.

serve toutes les instructions que j*ai reçues en dernier lieu de S. M. L, mon auguste maître. Votre excellence connaît les propositions conciliantes qui en sont l'objet ^ et qui indiquent, dune manière très positive, le désir instant de mon auguste maître de maintenir la paix et son alliance avec S. M. l'empereur Napoléon. Je suis toujours prêt à m'entendre avec elle sur la forme à leur donner , par la rédaction d'une conven* tion que je signerai avec elle sub spe rati , quoique sans pouvoirs particuliers et spéciaux pour signer cette convention , le caractère dont j'ai l'honneur d'être revêtu auprès de S. M. I. et R. me suffisant pour cet effet; et je puis promettre à votre excellence, d'après la connaissance parfaite que j'ai des intentions de l'empereur mon maître 9 et d'après l'annonce qui m'est faite d'un envoi de pleins-pouvoirs spéciaux, au cas où les bases proposées par moi seraient a(5ceptées par S, M, l'empereur et roi, que l'arrangement que je signerai sera ratifié par S. M. I. fobserve à votre excellence que quand même j'aurais , pour cet objet , dès à présent les pleins-pouvoirs spéciaux, d'après les usages généralement admis , la ratification des deux souve-^ rains serait encore nécessaire avant que l'acte pût avoir sa pleine et entière validité. J'ai vivement à regretter, au milieu de circonstances si urgentes, où chaque instant peut amener le commencement des hostiUtés » que le silence qui a été gardé vis-à-vis de moi par le ministre de S. M. I. et R. pendant le long espace de quû/ize jours , sur la manière ^ont S, M. a envisagé les

PIÈGES SUR LA GUERAJE DE HVSSIE: Va5

bases que j*ai été chargé de lui présenter pour ces ar« rangements), ait retardé \ si considérablement la poss^ bilité de le conclure.

J avoue à votre excellence mon étonnement de ce qu*elle a cru. devoir attendre l'explication que je viens de lui donner, ou plutôt de lui confirmer (puisque j*ai déjà eu l'honneur de lui détailler très clairement, dans mes entretiens précédents, tout ce qui fait le sujet de k. questiàn d'aujourd'hui), avant que d« répondre à mes notes du So avril et du 7 mai. Votre excellence ne Eût pas mention de celle du 6 mai ' , sur laqudle je ne suis pfks moins fondé à espérer de sa part une réponse que je récliâne également. Je la prie* instamm^it de refaire parves^ir les trois. réponses le plus tôt qu'il lui sera possible. £Ues doivent contenir ^des édaircisse- ^lents qui me sont indispensablement nécessaires, par les devoirs très positifs que m'impose le poste que j'occ^p^.

Recevez^ ^G.

Le prince S. ALUXAirmiB Kovrakin. '

1 La note du 6 mai est relative à une affaire partionliëro et étrangère ans disénssions.

tettf^ de M. te prince Kourakln au miniitre dei

rotations exUrieureê. "

fàri8,lea9Avri1 (ii mai) iSis.

MONâlISVtl Lfi 1>TJC ,

:. Je me pro^sau de me rendre ce instin etute votre èzceUéiicey pour lui.irappekt que je navals pu eit de répQnd^ à mt lettre d'hier, cj^uand j al reçu celle ^*éÛié m a fait Thoraieur de m'ëcr^e hier au soir^ <faelqauêB ' heures' anraiit son dq)a^t , que y d'après ce <fu'eUe a biefi Tdiilîi me dire ^ je ne supposais deroir avoir lieti qu^ dans deài ou trois joors. Quoiqu*eUe Veuille bieû m'y " annoïioêrles passe^ports que j'ai désirés^je ti'y ai trouvés ape cehii pôurie gisntilhomme de la chambre^ Kolo^ grivoff , sur lequel même il n'est point marquié qu^ c'est en courrier qu'il se rend à Péterab^aurg. Je prie votre excellemèe. d'avoir Ja .Bonté d^ m'envoyer les trois autres qu'elle m'avait promis pour les personnes attachées à ma chapelle et à ma maison , et qui doivent partir par des voiturîers viennois , déjà engages pour cet effet, et envers lesquels, ne pouvant les mettre en route au terme convenu, je suis entrainé dans la perte du prix arrêté avec eux pour ce transport, d'ici jusquà Brody,

s^ Votre excellence n'a point jugé à propos.de répondre aux trois offices que je lui ai adressés les

PIÈGES SUR LÀ GVSRRX DE mUBSIE. Isy

5o avril, et 6 et 7 maî^surlésol^etsleaphuiiMtjettrs de nie0 relations avec elle, nuilgré Tustge ëtaUi de répondre à toute commumcHion d office, ptësentëe par Utt ambassadeur d une manière aussi authentique et dans des ^s aussi urgents que ceux^^ci. JSiUt ne tn'ëerit pas non plus, ainsi quelle me lavait promié , pour m'annoncer les motifs qui lui feraient envisager etiûore 06mme possible un -arrangement entre les deux puissances, et qui devait me déterminer à prolonger mon séjour à Paris et à ne point. réclamer mes passepôrié* Ce silenoe de Sâ part me replace dans la môme situation où je me trouvais lorsque je les lui demandai pour la pretiière fois. N'obtenant point d'elle l'expUesition offioielle ^t par écrit qu'elle me promettait^ des raisons qui devaient m'engager à différer mon» départ , explication que je comptais mettre en original sous lès yeux de S. M. l'empereur, mon auguste maître,. prâl^ lui faire cônnaître^d'amant mieux l'espérance où Vous étie2 , M. le duc, de la grande possibilité toujours existante d^un arrangement , je me vois forcé à. renouveler ma demande la plus pressante pour obtenir oes passer potts, fondée sur la conviction malheureusement trop Certaine où je '^uis que 'ma présence itii ne saurait phis être d'aucune utilité. Je prie* votre e&ceUenoe 4e vouloir bien pottèi< éei$*e demande formelle de ma part à la connaissance de sa majesté impériale etroyaledans son premier travail avec elfo. J'<)se me iiatter que sa majesté connaît, et ^e rappellera trop bien les dispositions personnelles qui m'ont fait remplir avec tant de

lâS NA.POLEON St'l'eUROPE.

zèle le devoir de travailler au maintien de Tuiiion et de la paix entre les deux empires y pour ne pas .être persuadée qpe la demande que je fais de quitter mon poste n'est fondée que sur la plus entière et pénible eertîtude où je suis que toute espérance d'y seiYJa^ désormais d'intermédiaire à un rapprochement m'est interdite.

Quoique j'aie personnellement bien des obligations à votre excellence , je regarderai oomme la plus grande preuve d'amitié qu'elle m'ait donnée , tout ce qu'eUe voudra bien faire pour me mettre à même de quitter le plus tôt que possible un séjour qu'elle conviendra lie pouvoir plus avoir rien que de très pénible pour moi 9 depuis que le départ de sa majesté impériale et roycile et celui de votre excellence m'^te la satisiac- ^ tion de m'y croire encore propre à produire quelque bien«

Je quitte Paris pour ne plus y, retourner jusqu'à ce que votre excellence m'ait fait parvenir mes passeports. Je vais me rendre à ma campagne, a Sèvres; «'est là que j'attendrai la réponse de votre excellence pouo:* pouvoir partir aussitôt, ayant déjà &it tous mes arrangements et renvoyé toute la partje de ma maison qui ne m'est plus nécessaire, et. ne gardant plus que le petit nombre de domestiques^ qui aurpnt à m'^ccompagBer dans mon voyage.

Je vous réitère , .etc .,;; : ..-^ • , v- n -

Le prince Alexandre Kouraun.

Réponse de M. le comte Romanzow à la note du mi' nistre d^es relations extérieures, du 2S avril.

Wlliia,le7 (16 mai) 181a.

Monsieur le duc ^

M. le comte de Narbonne m*a remis la dépêche que votre excellence lui a confiée. Je n'ai pas tardé un instant à la mettre sous les yeux de l'empereur. Sa majesté, toujours fidèle à la ligne de conduite qu'elle s est inyaria![)lement tracée, toujours persévérante dans son système purement de défense , toujours enfin plus modérée à mesure que le développement de ses forces la met davantage à même de repousser les prétentions que l'on pourrait élever contre les intérêts de son empire et la dignité de la couronne , se borne à ne s'attacher qu'au vœu par lequel vous voulez bien , M. le duc, terminer l'intéressante communication de votre cour. Aimant à prouver constamment combien elle a à cœur d'éviter tout ce qui pourrait apporter dan$ ses relations avec la France un caractère d'animosité et d aigreur nuisiole à leur conservation , elle m*ordonne de ne point réfuter encore les griefs que vous ave? allégués et de ne pas relever des assertions qui reposent pour la plupart sur des faits souvent entièrement dénaturés , ou sur des suppositions entièrement gratuites. Les dépêches adressées au prince de Kourakin

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