‹ Napoléon et l'Europe, fragments historiquesChapitre 58 sur 139 · LIV. II, GHAP« VIII · texte numérisé non relu

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oomplissement d'une œuvre aussi salutaire que celle qui devait s'achever à Prague. £h bien ! pour le savoir, il ne s'agit qiie de jeter les yeux sur les pièces diplomatiques, et quelque disposé que l'on soit à abonder dans le sens de messieurs les plénipotentiaires alliés, la faute ne sera certainement pas imputée à la France.

Tout ce que l'on pourrait reprocher aux plénipotentiaires français , le voici : l'Autriche n'était point arbitre , dès lors elle ne pouvait trancher la difficulté; l'Autriche était médiatrice, et les fonctions du médiateur se bornaient à des bons offices propres à rapprocher les parties; mais les parties devaient se mettre d'accord ellesmêmes , ^t leurs explications devaient se faire par écrit. Les plénipotentiaires étaient donc les maîtres d'accepter ou de rejeter les propositions respectives. Il n'y avait aucun danger dans l'échange des notes diplomatiques; on ne courait pas risque de compromettre les intérêts de sa cour, on ne risquait que de ne pouvoir s'entendre; alors les plénipotentiaires français auraient pu sans inconvénient adopter la forme du congrès de Teschen. Mais en refusant d'accepter ce mode exclusif de négociations, les plénipotentiaires français ont fait toutes les concessions désirables; les plénipotentiaires alliés n^en ont

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fait aucune. Leur résolution était prise d'avance ; ils ne voulaient pas la paix ; et si les ministres de France eussent consenti aux seules formes de Teschen, le congrès n'aurait produit que des notes insignifiantes.

. Si les plénipotentiaires alliés avaient été animés d'un désir bien fervent de faire la paix., ils eussent accepté la proposition des plénipotentiaires français, d'agir par la voie des notes écrites et par la voie des conférence?. Ce double mode conciliait tout, et n'apportait d'ailleurs aucun changement aux dispositions des plénipotentiaires alliés; car ils auraient pu rendre vaines les conférences, en se bornant à répéter leurs propositions écrites. Tout rentrait donc pour eux dans le seul mode suivi à Teschen. Cette légère concession, ils n'ont pas voulu la faire, ils se sont tenus sèchement à leurs premières propositions, et n'ont rien fait pour résoudre cette difficulté préliminaire. Leurs notes ne contiennent que des récriminations contre une supposition faite maladroitement peut-être, mais qui ne devait pas empêcher de marcher au grand but de la paix.

Au surplus , des intérêts si majeurs ne se traitent pas à la course , il faut au moins le temps de se reconnaître et de préparer ses moyens d'at-

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taque comme ses moyens de défense. Les plénipotentiaires français ont du chercher à obtenir les formes les plus convenables à la dignité de leur cour, et les plus favorables à leurs desseins. Mais rien n'annonce que fatigués de la lutte ils ne se fussent pas rendus. On n'avait pas fixé de délai fatal, on n'avait pas dit que, si le lo août l'accord n'était pais lait, le congres serait rompu. Les plénipotentiaires alliés n'ont pas prévenu les plénipotentiaires français de ce point de leurs instructions ; ce n'est que le i o août même qu'ils ont dit être au dernier jour des négociations. Était-ce parceque l'armistice expirait le lo août? Mais on n'avait pas annoncé que le congrès serait dissous le jour de l'expiration de l'armistice; mais les hostilités ne pouvaient recommencer que six jours après leur dénonciation. On avait donc jusqu'au 17. Les négociations continuent souvent tandis que les armées combattent , et ici on les a rompues , lorsque les armées avaient encore six jours d'inaction. Ce ne sont pas les plénipotentiaires français qui ont déserté le congrès, ce ne sont pas les plénipotentiaires français qui ont refusé de traiter de la paix , on ne peut donc accuser la France d'avoir voulu continuer la guerre.

La France voulait la paix , les alliés ne la voulaient pas.

202 irAPOL^ûir BT l'Europe.

Les alliés avaient besoin de l'armistice pour réparer leurs pertes, ils avaient besoin du congrès pour s'entendre avec l'Autriche, qui n'était encore d'accord avec eux que de principes '; ils se sont entendus , puisque l'Autriche a déclaré la guerre à la France le jour même de la rupture du congrès.

Les alliés ne délibéraient pas sur la paix au congrès de Prague, mais sur leurs affaires particulières ; ils traitaient avec l'Autriche , et ébranlaient la fidélité des troupes de la confédération du Rhin, qui marchaient sous les drapeaux fran-* çais. Les alliés récapitulaient leurs forces, et celles qui resteraient à Napoléon , après les dé* fections déjà consommées, et celles qu'ils attendaient. Ils savaient que l'armée française serait réduite à moins de cent mille combattants , et qu'ils auraient de leur côté les deux cent mille hommes de la Russie, les deux cent mille Autrichiens que l'on venait de lever, cent cinquante mille Prussiens et cent cinquante mille Bavarois, Saxons , Suédois , etc. , etc.

Yoilà ce qu'ils attendaient et non une paix dont ils ne voulaient pas , tant qu'ils conservaient l'espoir de vaincre une poignée d'hommes échap*

' Expressions de la déclaration de guerre de rAulriche*

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pés à la fureur des éléments et aux trahisons. Mais les alliés auraient voulu la paix sMls avaient été battus ; pu si, vainqueurs» ils eussent pu dicter des conditions humiliantes à l'homme qui leur avait tant de fois rendu leurs états conquis par ses armes.

Puisque c'était la France qui demandait la palx^ c'était aux puissances alliées à dire comment elles voulaient la faire ; cependant ce n'est que trois jours avant celui qu'elles avaient fixé pour, rompre les négociations, qu'elles firent connaître leurs vœux , et Napoléon était à Dresde!.... M. de Metternich avait été chargé de demander « La » dislocation du duché de Varsovie, qui serait » partagé entre la Russie, l'Autriche et la Prusse; » l'indépendance des villes de Hambourg, Lubeck, » et la reconstruction de la Prusse avec une fron- 9 tière sur l'Elbe ; la cession à rAutriche de toutes

• les provinces illyriennes, y compris Trieste;

• l'indépendance de la Hollande et de l'Espagne ; »mais, pour ces deux derniers objets, on ne pa* V raissait pas éloigné de remettre à s'entendre à la » paix générale. »

L'empereur Napoléon consentit à la disloca-* tion du duché de Varsovie; mais il demanda que Dantzick restât ville libre. Il demanda une in* demnité pour le roti le Saxe; il consentit à la ces*

siçn des provinces illyriennes à l'Autriche, avec le port âe Fiumé, mais non compris Trieste;enfin il demanda que la confédération s'étendît jusqu'à roder, et que l'intégrité du territoire danois fut garantie.

La différence entre les prétentions de l'Autriche et les offres de Napoléon n'était pas grande, et ce n'était que le premier mot de Napoléon; l'on pouvait donc croire à la paix : mais le congrès était rompu depuis dix minutes, on ne voulut plus négocier ! et les plénipotentiaires étaient encore en présence! et il ne leur fallait que quelques heures pour avoir de nouvelles autorisations de leurs cours !

Cependant quoique le congrès fût rompu, on avait encore l'espoir de s'entendre avec l'Autriche. M. le duc de Vicence eut ordre de renouer la négociation. Il vit M. de Metternich. Celui-ci persista à demander Trieste, puis l'indépendance de la confédération germanique et de la Suisse. Toutefois il déclara que les propositions de la France seraient communiquées à l'empereur Alexandre, qui était incessamment attendu à Brandeiss; mais Napoléon voulut d'un seul coup aplanir tous les obstacles^ il consentit à tout. La paix est donc faite? Eh! non! Les souverains, qui pouvaient se réunir dans un jour, sont encore

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éloignés de quelques lieues; et, malgré que tout soit accordé, ils prolongent leur séparation pour avoir un prétexte de recommencer la guerre. La guerre n'avait rien d'inquiétant pour eux, ils savaient que quelîe que soit la position dans laquelle se trouverait Napoléon , il serait toujours disposé à traiter de la paix. Us ne risquaient donc rien personnellement, ils ne couraient que la chance de perdre une centaine de mille hommes ; mais qu'est-ce que des hommes comparés à l'espoir de franchir le Rhin , et d'aller s'asseoir aux foyers parisiens ?

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