LIV. II, CHAP. VIII. â
& dicter la paix à la France en moins de temps qu'il n'en faut pour conclure la capitulation d'une place assiégée ? La paix de Teschen exigea plus de quatre mois de négociations. Plus de six semaines furent employées à Sistow , avant que la discussion même sur la forme fut terminée. La négociation de la paix de Vienne en 1809, lorsque la plus grande partie de la monarchie autrichienne était entre les mains de la France , a duré deux mois.
1 Dans ces diverses transactions, les intérêts et le nombre des parties étaient circonscrits ; et lorsqu'il s'agissait à Prague , de poser dans un congrès les bases de la pacification générale, de concilier les intérêts de la France , de l'Autriche, de la Russie, de la Prusse, du Danemarck, de la Saxe et de tant d'autres puissances; lorsqu'aux complications qui naissent de la multiplicité et de la diversité des intérêts se joignirent des difficultés résultant des prétentions ouvertes et cachées au médiateur, il était dérisoire de prétendre que tout fut terminé , montre en main , en quinze jours. Sans la funeste intervention de l'Autriche la paix entre la Russie, la France et la Prusse serait faite aujourd'hui.
t L'Autriche, ennemie de la France et couvrant son ambition du masque de médiatrice , compli*-
a08 NAPOLÉON ET L EUROPE.
quait tout et rendait toute conciliation impossible ; mais TAutriche , s'étant déclarée en état de guerre , est dans une position plus vraie et toute simple , l'Europe est aussi plus près de la paix : il y a une complication de moins.
»Le duc de Bassano a donc reçu l'ordre de proposer à l'Autriche de préparer dès aujour- ^ d'hui les moyens de parvenir à la paix ^ d'ouvrir un congrès où toutes les puissances , grandes et petites , seront appelées ; où toutes les questions seront solennellement posées. ; où l'on n'exigera point que cette œuvre , aussi difficile que salutaire, soit terminée , ni dans une semaine ni dans un mois; où l'on procédera, avec la lenteur inséparable de toute opération de cette nature , avec la gravité qui appartient à un si grand but et à de si grands intérêts. Les négociations pourront être longues, elles doivent l'être. Est-ce en peu de jours que les traités d'Utrecht , de Nimègue , de Riswick, d'Aix-la-Chapelle , ont été conclus ?
»Dans la plupart des discussions mémorables^ la question de la paix fut toujours indépendante de celle de la guerre ; on négociait sans savoir si l'on se battrait ou non ; et puisque les alliés fondent tant d'espérance sur les chances du combat, rien n'empêche de négocier aujourd'hui, comme alors,en se battant. -
Liv. Il, GHAp. \iu: aog
» Le duc de Bassano propose de neutraliser un point sur la frontière pour le lieu des conférences; de réunir les plénipotentiaires de la France , de TÂutriôbe , de la Russie , dé la Prusse , de la Saxe ; de convoquer tous ceux des puissances belligérantes, et de commencer dans cette auguste assemblée l'œuvre de la paix si vivement désirée par toute l'Europe. Les peuples éprouveront une GOQsolation véritable en voyant les souverains s'occuper à mettre un terme aux calamités de la guerre , et confier à des hommes éclairés et sincères le soin de concilier les intérêts , de compenser les sacrifices , et de rendre la paix avantageuse et honorable  toutes les nations.... »
M. de Metternich répondit : « Ce n'est pas après •que la guerre a éclaté entre l'Autriche et la » France, que le cabinet autrichien croit devoir •relever les inculpations gratuites que renferme » la note de M. le duc de Bassano. Forte de l'o-* ipinion générale, l'Autriche attend avec calme le •jugement de l'Europe et celui de la postérité.
» La proposition de S. M. l'empereur
•des Français offrant encore à l'empereur une
•lueur d'espoir de parvenir à la pacification gé-
•nérale, sa majesté impériale a cru pouvoir la
•saisir. En conséquence elle a ordonné à M. de
•Metternich de porter à la connaissance des ca* II. i4
âlO ITAPOLEON £T L EUROPE.
i binets russe et prussien la demande de l'ouver- » ture d'un congrès qui , pendant la guerre même , » s'occuperait des moyens d'arriver à une pacifi* » cation génér<ile. LL. MM. l'empereur Âle^iandre i et le roi de Prusse ,' animés des mêmes senti- » ments que leur auguste allié , ont autorisé M. de 9 Metternich à déclarer à M. le duc de Bassano • que ne pouvant point décider sur un objet d'un » intérêt tout-à-fait commun , sans en avoir préa- » lablement conféré avec les autres alliés, les trois » cours vont porter incessamment à leur connais- » sance la proposition de la France. »
Cette dernière note est du 2 1 août.
Jusqu'ici les alliés n'avaient voulu appeler aucune autre puissance à délibérer sur la paix. Aujourd'hui qu'ils n'ont pas d'autre cause de rejeter la proposition qui leur est faite, ils demandent à consulter les autres alliés. C'est un moyen captieux d'avoir du temps pendant lequel ils obtiendrpnt la défection des Saxons , des Wurtembergeois, des Bavarois, et de toutes les troupes de la confédération du Rhin ; déjà Ton avait menacé de priver de leur couronne les princes qui ne prendraient pas part à la coalition ; déjà le prince royal de Suède avait répandu des pro* clamations dans lesquelles il excitait à la désertion les soldats de l'armée française, li'évène*