‹ Napoléon et l'Europe, fragments historiquesChapitre 71 sur 139 · LIV. II, GHAP. VIII. â3g · texte numérisé non relu

LIV. II, GHAP. VIII. â3g

léon, abandonnant les premières instructions qui avaient pour objet les limites naturelles , donnait un plein pouvoir , une carte blancbe qui ne pou* vait avoir en vue que les anciennes fîx>ntières. M. le duc de Yicence n'a pas saisi cette différence; il n'a pas vu qu'on lui disait de faire la paix, même en acceptant l'ancienne France , ou plutôt il est resté frappé de ces mots de la première lettre de Napoléon : Il n^ est pas un cœur français qui ne sentit V opprobre d'une telle paix au bout de sur mois. Mais ces mots s'étaient échappés afec les premières résolutions ; il n'en était plus question dans les dernières, et M. le duc de Yicence savait bien qu'en politique et en diplomatie , il est des transactions, et que tout ce qui se dît n'est pas d'un $ens rigoureux.

La séan(ce fut reprise le 7 février au soir. M. le duc de Yicence pouvait faire la paix ou mettre les cours alliées dans l'impossibilité de la refuser en acceptant leurs conditions , ou lesx;onvaincre de mauvaise foi à la face du monde ; mais M. le duc de Yicence aima mieux discuter.

« La France a pris, dit son excellence, l'engagement de faire pour la paix les plus grands sacrifices. Quelque éloignée que la demande faite dans la séance d'aujourd'hui , au nom des puissances alliées , soit des bases proposées par elles à Franc-

â4o NAPOLEON ET l'eUROPE.

fort , et fondées sur ce que les alliés eux-mêmes ont appelé les limites naturelles de la France , quelque éloignée qu'elle soit des déclarations que toutes les cours n'ont cessé de faire à la face de l'Europe, quelque éloignée que soit même leur proposition d'un état de possession analogue au rang que la France a toujours occupé dans le système politique ^ bases que les plénipotentiaires des puissances alliées rappellent encore dans leur proposition de ce jour ; enfin quoique le résultat de cette proposition soit d'appliquer à la France seule un principe que les puissances alliées ne parlent point d'adopter pour elles-mêmes y et dont cependant l'application ne peut être juste si elle n'est point réciproque et impartiale, le plénipotentiaire français n'hésiterait pas à s'expliquer sans retard , de la manière la plus positive, sur cette demande, si chaque sacrifice qui peut être fait, et le degré dans lequel il peut l'être, ne dépendaient pas nécessairement de l'espèce et du nombre de ceux qui seront depiandés, comme la somme des sacrifices dépend aussi nécessairement de celle des compensations.

» Toutes les questions d'une telle négociation sont tellement liées et subordonnées les unes aux autres , qu'on ne peut prendre de parti sur aucune , avant de les connaître toutes. Il ne peut

Page 1