‹ Napoléon et l'Europe, fragments historiquesChapitre 79 sur 139 · LIV. II, C^AP. VIII · texte numérisé non relu

LIV. II, C^AP. VIII

donc accepter la paix à cette condition , et s'il ne le voulait pas de prime abord, il pouvait présenter un contre-projet tenant le milieu entre les bases de Francfort et celles de Châtillon , et entrer en discussion sur ces propositions, comme l'avait offert le ministre autrichien. Mais M. le duc de Vicence ne voulut rien faire du tout.

« Pendant plus de quinze jours, si les alliés «l'eussent voulu , la paix aurait été conclue et » signée à Châtillon , sans que le plénipotentiaire j» français eût été dans le cas de prendre de nou- » veau les ordres de Napoléon , qui n'aurait pas » été assez fort alors contre la situation des cho- » ses , et contre l'opinion pour refuser de ratifier

;»un traité signé ' » On n'entend sans

doute pas ici une paix basée sur les propositions de Francfort, que Napoléon avait acceptées ; il ne peut être [question que des propositions de Châtillon. Or pour savoir si les alliés voulaient réellement cette paix, il eût fallu quelle plénipotentiaire français offrît de la signer, puisqu'elle hiî était proposée.

Les plénipotentiaires se réunirent le i o mars. M. le duc de Vicence est encore obligé de se

> Mëmoîres ëcrhs à Sainte-Iféléne par le comte de Mon-« tholon. Tom. ii.

plaindre du retard que ses courriers éprouvent de la part des Russes et même des officiers généraux de cette nation, qui s'emparent" des dépêches et ne les rendent qja'après les avoir gardées plusieurs jours. Ensuite M. le duc de Vicence demande l'insertion au protocole de ses observations sur le projet des alliés : « il rappelle que, d'après là déclaration de Francfort, les souverains alliés avaient demandé que la France se renfermât dans ses limites naturelles, formées par les Pyrénées, les Alpes, et le Rhin; que l'empereur y avait acquiescé , que la proposition même du 7 février reconnaissait ce principe, que la France devait conserver la même puissance relative qu'elle avait avant les guerres que cette paix devait finir,

• Que rien ne peut justifier la demande faite par les alliés dans la séance du 1 7 février, de faire rentrer la France dans ses anciennes limites; qu'on ne pouvait se prévaloir de l'offre faite au prince de Metternich, qui était subordonnée à la condition absolue d'un armistice immédiat'

• Que toutes les puissances du continent et l'Angleterre avaient acquis un agrandissement considérable de territoire depuis vingt ans. La France en rentrant dans ses anciennes limites ne conserverait pas sa puissance relative, elle n'au-

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rait pas même le degré de puissance absolue qu'elle avait avant les conquêtes des autres puissances.

» Que pour évaluer la puissance relative des états , ce n^était pas assez de comparer leur force absolue ; qu'il fallait encore faire entrer dans le calcul l'emploi que leur situation géographique les contraignait ou leur permettait d'en faire; que la France pouvant être attaquée par terre et par mer, sa puissance relative devait être considérée sous deux aspects distincts.

» Que lés acquisitions que la France a faites endeçà des Alpes et du Rhin , et consacrées par les traités de Luneville et d'Amiens, ne suffisent pas même pour rétablir entre elle et les grandes puissances de l'Europe l'équilibre que les changements survenus dans l'état de possession de ces puissances ont rompu.

»Que les puissances gardent un silence que rien n'a pu rompre sur les droits, consacrés par les traités , des princes de la dynastie française , jnossesseurs de couronnes ou de souverainetés étrangères ; que cependant en renonçant aux droits de ces princes, la France se trouverait avoir perdu de son ancienne puissance relative maritime et continentale. Que la restitution de ses colonies, qui ne ferait alors que la replacer

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dans son ancien état de grandeur absolue, ne serait point et ne saurait être une compensation de ses pertes; mais qu'il ne fallait pas compter sur Saint-Domingue , et qu'à Tégard de la Guadeloupe , la Guyane et l'île de France , au lieu de restitution, les alliés n'offrent que des bons offices pour cette restitution.

«Qu'après tant de sacrifices, il ne restait plus qu'à demander à la France son déshonneur ; que le projet des alliés tendait à lui ôter le droit d'intervenir en faveur d'anciens alliés malheureux ; qu'on n'avait pas répondu à la demande faite , si le roi de Saxe serait remis en possession de ses états.

» Que l'on ne veut pas que la France sache à qui , sous quel titres , et dans quelle proportion , appartiendra ce qu'elle aura cédé : on veut qu'elle ignore quels doivent être ses plus proches voisins.

» Que ce n'était point à de telles propositions qu'avait du préparer le langage des souverains alliés, et celui du prince régent d'Angleterre, lorsqu'il disait au parlement britannique , qu'aucune disposition de sa part à demander à la France aucun sacrifice incompatible avec son intérêt corhme nation, ou avec son honneur, ne ferait un obstacle à la paix. »

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