LIV. lU, CHAP, I
ments pour suivre une même marche; leur but aussi était différent, chacun voulant ce qui servait mieux ses intérêts*
Les nobles, les émigrés, qui se disaient lés vrais royalistes, formèrent dans leur classe trois catégories bien distinctes, et leurs opinions , quoique les mêmes au fond , avaient pourtant des nuances différentes.
On distinguait dans les nobles ceux qui étaient restés en France d'avec ceux qui avaient émigré. Dans ces derniers , l'on distinguait les émigrés qui n'étaient rentrés qu'avec les princes d'avec les émigrés qui avaient profité de l'amnistie pour revenir dans leur patrie; et ceui-ci étaient encore divisés en deux séries, ceux qui avaient pris du service sous le régime impérial, et ceux qui n'en avaient pas sollicité ou qui n'avaientpuen obtenir. Les hommes qui avaient abandonné la France prétendirent avoir suivi la ligne droite; fc'est-àdire que pour ces Français, la patrie éfaît hors de France , que l'on n'avait pu servir son pays qu'en le quittant et en faisant la guerre à ceux qui le défendaient. Cette ligne droite avait été suivie plus ou moins rigoureusement, selon qu'on
I était resté plus ou moins de temps en émigration.
I D'après ces idées, presque tous les Français
avaient dévié de la ligne droite t autrement , il
3o8 NAPOLÉON ET l'eUROPE.
avaient manqué à leurs devoirs. Les moins coupables étaient ceux qui n'avaient rempli aucunes fonctions. Quant au3^ employés des divers gouvernements, surtout du gouvernement impérial, ils étaient frappés d'une espèce de réprobation.
Malgré les déclarations du roi, malgré la charte, on sema des craintes jusque dans les campagnes les plus reculées, sur la validité des actes des pouvoirs précédents. On inquiéta les possesseurs de biens nationaux , et l'on fit craindre au peuple le rétablissement des dîmes et des droits féodaux '.
Cette charte , dont le préambuleavaitblessé certains esprits, mais que cependant les Français regardaient comme ime ancre de salut, restait pour ainsi dire dans l'oubli. Le gouvernement, je veux dire le ministère, sans aucune connaissance de la France nouvelle , marchait comme s'il ne se fut rien passé depuis trente ans , et comme s'il eût ignoré qu'il y avait eu une révolution.
Il se conduisait comme au temps des états-
I « On a parlé dans ces derniers temps du rétablissement de la dîme et des droits féodaux. Cette fable, inventée par Tennemi commun, n'a pas besoin d'être réfutée. » (Proclamation du roi y du q8 juin i8i5. )
« Si les acquéreurs de domaines nationaux ont conçu des inquiétudes , la charte aurait dû suffire pour les rassurer. » (Même proclamation. )