‹ Napoléon et l'Europe; TilsitChapitre 132 sur 185 · Aff. Étr. Corr. d'Autriche, vol. 38i, f · texte numérisé non relu

Aff. Étr. Corr. d'Autriche, vol. 38i, f

qu'elle présente aujourd'hui; jamais le gouvernement autrichien n'avait donné une impulsion comme celle qu'il a communiquée à la noblesse et à toutes les classes de citoyens. Le Morianuir des Hongrois, sous Marie-Thérèse, n'a sûrement pas produit proportionnément autant de combattants, ni pluspromptement armés et exercés que le nombre d'hommes que vient de fournir l'appel des commissaires du gouvernement et l'inscription pour la milice... sans compter la milice bourgeoise, on arrive à un total de 66a. 2 19 hommes. ... La noblesse prend à Vienne le titre de parti patriote. . Il n'y a pas jusqu'aux enfants qu'on ne voie dans les villes et les villages, organisés en groupes et faisant l'exercice avec des fusils de bois ou des bâtons; ces pasquinades sont non seulement tolérées, mais protégées. Les bons esprits — sans doute Andréossy lui-même — gémissent du bruit et de l'appareil des dispositions militaires... Depuis une huitaine de jours, ajoute-t-il un peu plus tard, la cocarde française de mes gens est regardée avec une sorte d'affectation... L'Autriche est prête ; on a donné des vivandières aux bataillons de milices. On rapporte un mot de M. de Stadion : — L'Autriche en est au point où elle peut dire : Noli me tangere M. »

Napoléon se retrouvait, du fait de l'Autriche, dans la même position qu'en août i8o5, lorsqu'il faisait front contre l'Angleterre au camp de Boulogne. Il s'en plaignit à la Russie 2 ; il demanda à Alexandre d'intervenir auprès du gouvernement de Vienne, au besoin par la menace, pour faire cesser ces armements provocants.

Alexandre affecta de ne pas croire aux intentions belliqueuses de l'Autriche; il déclara à Caulaincourt qu'il ne convenait pas d'y attacher de l'importance. Sa confiance en Napoléon perdue, il ménageait l'Autriche, c'est-à-dire l'avenir.

1. AIT. Étr., Corr. d'Autriche, vol. ,38i, fos 817, 345, 3<j4, 436. ■1. A. Vandal, I, 36o.

i/europe au moment de baylen 343

C'est Napoléon maintenant qui allait avoir besoin de l'entrevue.

Avant de quitter Bayonne, Joseph mis sur la route de Madrid, Napoléon reportait son imagination, avec une sorte de joie triomphale, sur les chemins de l'Orient; il envoyait à son bibliothécaire Barbier les instructions suivantes : Rédiger des mémoires sur les campagnes qui ont eu lieu sur l'Euphrate et contre les Parthes, à partir de celle de Crassus jusqu'au xui siècle, en y comprenant celles d'Antoine, de Trajan, de Julien, etc. ; tracer sur des cartes d'une dimension convenable, le chemin qu'a suivi chaque armée, avec les noms anciens et nouveaux des pays et des principales villes, des observations géographiques du territoire, et des relations historiques de chaque expédition, en les tirant des auteurs originaux1. En sa pensée, il agitait ensemble les entreprises d'Alexandre le Grand et des empereurs romains.

Baylen le lira de ce rêve.

L'effet moral en fut sur l'Europe plus profond que celui de Pultusk ou d'Eylau. La victoire des guérillas espagnoles révélait des forces nouvelles, sur lesquelles les ennemis de la France fondèrent des espérances immédiates et la certitude que la domination napoléonienne avait des bases fragiles, que dès lors elle ne durerait pas bien longtemps : car chacun croit fort aisément ce qu'il craint ou ce qu'il désire.

Le 1 1 août, le baron de Stein présentait au roi de Prusse un « exposé de la situation de l'Europe ». Il y conseillait le maintien d'une entente secrète avec l'Angleterre et l'Autriche, et, en attendant l'occasion de la délivrance, la préparation lente et méthodique d'un soulèvement national, comme jadis en Vendée et présentement en Espagne2. C'est le lien entre Baylen et Leipzig, avec des transitions entre les deux. Car il y

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