‹ Napoléon et l'Europe; TilsitChapitre 133 sur 185 · À. Lefebvre, Histoire des cabinets de V Europe, IV · texte numérisé non relu

À. Lefebvre, Histoire des cabinets de V Europe, IV

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eut dès lors dans toute l'Europe une grande agitation des esprits, un profond tumulte des passions nationales : bien autre chose que la conspiration des salons.

Dans le même temps, Constantinople fut ensanglantée par une nouvelle Révolution. Le pacha de Routchouck, Mustapha le Bairactar, prétendit rétablir Sélim III que Mustapha IV avait renversé l'année d'a>ant. Il entra à Constantinople à la tête de ses troupes, et, arrivé devant le sérail du Grand Seigneur, il exigea qu'on lui amenât l'ancien sultan prisonnier. Mustapha IV lit étrangler Sélim et livra par dérision son cadavre au pacha rebelle. Celui-ci se vengea, enleva le sérail, enferma le sultan Mustapha, prononça sa déchéance et fit proclamer à sa place Mahmoud II son frère (28 juillet i8o8J).

Ces révolutions répétées — et celle-ci n'était pas la dernière — semblaient annoncer la ruine prochaine de l'empire ottoman. Alexandre Ier revint à son grand dessein oriental. Il eut l'idée de se jeter sur Constantinople ; Caulaincourt eut peine à le retenir, à lui faire sentir, avec une pointe de menace, qu'il ne pouvait rien faire avant de s'être entendu avec la France. L'empereur de Russie frémissait d'impatience : « Ces Turcs, disait-il, sont des barbares sans organisation, sans gouvernement; on ne sait réellement à quoi cela ressemble. C'est plus que jamais le cas de donner aux projets de Tilsit, à l'affranchissement réel de ce pays, la couleur libérale qui appartient à ce grand événement. Notre siècle, encore plus que la politique, repouse ces barbares en Asie. C'est une noble et louable action que celle qui affranchira ces contrées ; ce n'est pas de l'ambition. L'humanité veut que ces barbares ne soient plus en Europe dans ce siècle de lumière, et de civilisation. »

Et il avait peur en effet de ne rien pouvoir achever sans

1. Cf. Ed. Driault, La politique orientale de Napoléon, 352 et s.

la France, et il reprenait quelque confiance, pour un moment, dans l'alliance de Napoléon. Sa pensée flottait dans l'indécision, parmi de nerveuses velléités de décision. Il écrivait à l'Empereur : « Votre Majesté doit connaître déjà les événements de Constantinople. Le sultan Sélim a péri, Mustapha est enfermé et Mahmoud, aussi faible de corps que d'esprit, n'est qu'un fantôme de souverain. Les différents partis s'entredéchirent plus que jamais ; enfin il me semble que toutes ces circonstances ajoutent de nouvelles facilités pour l'exécution du grand plan et dégagent Votre Majesté de ses derniers liens avec la Porte \ » Il était prêt à partir pour Erfurt, avec un dernier reste de crédulité dans le mirage d'un partage turc : dernier écho de l'air de Tilsit.

Si pourtant Alexandre avait franchi le Danube et marché résolument sur Constantinople ! Et si l'Autriche avec ses six ou sept cent mille hommes, était tombée sur l'Allemagne appelant la Prusse aux armes et soutenue par les Anglais ! En quelle situation Napoléon se fût-il trouvé au lendemain de Baylen ? Pour en finir avec l'Espagne, il lui fallait un peu de temps, quelques mois au moins, contenir et retenir pendant ce temps l'Autriche et la Russie, l'ennemie et l'alliée, garder l'Europe en repos. Il y fut obligé à des prodiges de finesse. Heureusement pour lui, il n'y avait pas encore de coalition ; elle n'était qu'à l'état nébuleux du devenir.

Le 16 août, Champagny écrivait à Caulaincourt au sujet de l'affaire de Baylen : « Ce malheureux événement change notre situation avec l'Espagne, mais il ne peut changer les

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