A. Vandal, I
vues de l'Empereur. Sa Majesté y trouve de nouvelles raisons de soumettre ce pays qui court le double risque de devenir une province anglaise, comme le Portugal l'était autrefois, et d'être en proie à une horrible anarchie qui déjà a renouvelé et presque surpassé tout ce qu'il y a eu d horrible dans la Révolution française. Déjà les insurgés disent qu'ils ne veulent plus de rois. Le mouvement est venu de la dernière classe du peuple, et d'un peuple naturellement féroce. Il ne peut être que sanglant et destructeur. L'intérêt de l'humanité, l'intérêt de l'Europe coalisée contre les Anglais, l'intérêt de l'Espagne exige qu'une main puissante arrête ce fléau dévastateur qui menace cette belle contrée de tous les maux que peuvent produire le désordre intérieur et 1 asservissement à un joug étranger, et qui, en donnant à l'Angleterre une partie si considérable du nouveau continent, la rendrait de plus en plus la maîtresse du commerce du monde. » Le ministre ajoutait cette recommandation : « ^ ous ferez bien sentir quelle extrême déférence pour l'empereur de Russie a pu porter l'empereur Napoléon à évacuer les Etats prussiens sans réclamer l'évacuation de la Moldavie et de la Valachie \
11 y avait là une première concession de Napoléon ; elle était, on le verra, plus apparente que réelle. D'ailleurs, pour soumettre 1 Espagne, où aurait-il pu prendre des troupes sinon en Prusse ? Et ainsi le premier résultat de Raylen fut la libération du territoire prussien : encore cette mesure futelle bien loin d'être complète.
\ite, avant que le tsar ne pût connaître la capitulation de Baylen, il lui expédia un courrier, pour lui annoncer la résolution qu'il avait prise d'évacuer la Prusse et répéter sa grande joie de l'entrevue prochaine. Il voulait donner à ce bon mouvement le mérite de la spontanéité.
Le moyen était enfantin. Alexandre n'en fut pas dupe bien
i. Air. Étr., Corr. de Russie, vol. 147, f° 16a.
longtemps; il dit pourtant à Caulaincourt sa satisfaction, son dévouement à l'alliance ; il fixa la date de l'entrevue au 27 septembre. En attendant, l'ambassadeur fut comblé de prévenances, comme Tolstoï à Paris l : elles étaient placées à intérêts. L'empereur de Russie expliquait tous les services qu'il avait rendus à son allié, sa déclaration de guerre à l' Angleterre, ruineuse pour son empire, l'immédiate reconnaissance qu'il aAait faite de Joseph comme roi d'Espagne, en somme la facilité qu'il avait donnée à l'empereur Napoléon d'assurer sa domination sur toute l'Europe occidentale. Caulaincourt faisait observer que la Russie aussi y gagnait, et que, par exemple, la conquête de la Finlande améliorait singulièrement la frontière de la Russie, dans la région même de Saint-Pétersbourg. Cette conversation, du ton le plus amical, n'était qu'une mise au point des intérêts respectifs et des services réciproques avant le voyage d'Erfurt. un bilan ; car dès lors on faisait des affaires, plus que du sentiment.
La Prusse était déjà en plein travail de régénération". Stein l'avait inauguré dans toutes les branches de l'administration et notamment dans l'armée ; toutes les forces de l'Etat se tendaient vers le relèvement. Le Tagendbiind, récemment fondé dans le vague dessein de préparer la restauration intellectuelle et morale du pays, prenait presque aussi lût les caractères d'une association patriotique, et Stein y travaillait de son mieux.
Mais pour une œuvre pareille il fallait du temps, il fallait des années ; il fallait être dégagé définitivement de l'occupation française. On comprend que la Prusse eût hâte de voir partir les dernières troupes de la Grande Armée. De bonne heure le prince Guillaume, frère du roi, avait été envoyé à Paris pour obtenir l'évacuation. Longtemps ses instances