NAPOLEON ET LA RUSSIE CONTRE L AUTRICHE 4O
le plus dangereux, un ennemi passionné de la France, le colonel Tchernytcheff.
Politique à la fois détestable et maladroite, fruit naturel et amer de la défiance désormais invinciblement établie entre Alexandre et Napoléon : le tsar annonce qu'il agira quand il est résolu à ne pas agir; il se dit l'allié delà France et il lest aussi de l'Autriche, ennemie de la France ; il est tout prêt sans doute à changer de camp selon la victoire.
En tout cas, il se refuse aux devoirs de l'alliance, aux solennels engagements des traités; iJ laisse à Napoléon tout le poids de la guerre, tous les périls, donc tous les profits éventuels.
Du moins, par cette négociation si laborieuse et si peu efficace, suite de la convention d'Erfurt, Napoléon avait immobilisé la Russie ; en fait, il la gardait dans son camp. Il ne lui en sut naturellement aucun gré. Il fit écrire en chiffres à Caulaincourt dès ses premiers succès, « de ne rien signer sur l'état futur delà maison d'Autriche et de ne plus s'en entretenir, mais d'écouter et de m'instruire, regardant les circonstances comme changées » .
Cependant la guerre était commencée, l'Autriche y entra avec un enthousiasme universel. Au concert de Pâques, à la cour, dit un témoin oculaire, toute l'assistance répéta mille fois les cris « Œsterreich ûber ailes ! » Les femmes se plaignaient d'avoir les mains fatiguées à force d'applaudir ; celles de la plus haute société recrutaient des volontaires pour la milice : la nouvelle impératrice distribuait les drapeaux aux régiments.
Le 6 avril, le gouvernement de Vienne lança un appel à la « nation allemande ». Le 12 avril, l'Inn fut franchi, comme en 1800. Le commandement autrichien pensait avoir facilement raison des contingents de la Confédération. D'autre part, l'archiduc Ferdinand envahissait le territoire du grandduché de Varsovie.
/,o8 LA CINQUIÈME COALITION
L'enjeu de la lutte, c'était la ruine de l'Empire napoléonien sous les coups de l'Autriche et de l'Angleterre — si celleci se décidait à agir — , parmi les espoirs secrets de la Prusse et de la Russie : « l'éternelle coalition » toujours latente, toujours honteuse tant que la victoire restait incertaine. Sinon, si Napoléon était encore vainqueur, c'était l'Autriche réduite à l'impuissance ; c'était devant lui le chemin de l'Orient, sans la Russie, donc contre elle.