ECKMUHL
Aux premiers coups la victoire se montra encore fidèle à Napoléon. En cinq jours, du 19 au 23 avril, il dispersa l'armée de l'archiduc Charles ; à Eckmûhl notamment, il faillit lui infliger le même sort qu'à Mack ; l'archiduc eut grand'peine à se dégager par les ponts de Ratisrbonne pour gagner la Bohême. Il crut même qu'il convenait de faire aussitôt une démarche pacifique auprès du vainqueur, et il adressa à Napoléon, avec l'autorisation de l'empereur François, la jolie lettre que voici :
« Sire, Votre Majesté m'a annoncé son arrivée par un tonnerre d'artillerie, sans me laisser le temps de la complimenter. A peine informé de votre présence, j'ai pu la pressentir par les pertes que vous m'avez causées. Vous m'avez pris beaucoup de monde, Sire ; mes troupes ont fait aussi quelques milliers de prisonniers là où vous ne dirigiez pas les opérations. Je propose à Votre Majesté de les échanger homme pour homme, grade pour grade, et si cette offre vous est agréable, veuillez me faire savoir vos intentions sur la place destinée pour rechange.
« Je me sens flatté, Sire, de combattre avec le plus grand capitaine du siècle. Je serais plus heureux si le destin m'avait choisi pour procurer à ma patrie le bienfait d'une paix durable. Quels que puissent être les événements de la guerre
4lO LE TRAITÉ DE VIENNE, 1809
ou l'approche de la paix, je prie Voire Majesté de croire que mon désir me conduit toujours au-devant de vous, et que je me tiens également honoré de me présenter à Votre Majesté, soit l'épée, soit le rameau d'olivier à la main l. »
Napoléon ne répondit pas à ces avances, d'ailleurs indirectes. Il estima qu'en agissant ainsi le gouvernement autrichien avait surtout le souci de l'arrêter sur le chemin de Vienne. Il ne se laissa pas retarder ; le 11 mai, il était de nouveau maître de Vienne ; il s'installait au palais de Schœnbriinn : il y devait rester cinq mois.
Il n'avait pas, comme en i8o5, une armée russe à aller vaincre en Moravie. Mais il avait laissé quelques difficultés par derrière. Il avait le souci de l'armement anglais dont tout le monde parlait : quand et où allait-il tomber ? S'il apparaissait sur les côtes de la Baltique, il pouvait avoir de redoutables répercussions dans toute l'Allemagne. Et qu'allait-il se passer en Espagne ? Lannes avait enlevé Saragosse en février ; Sébastiani et Victor avaient intallé Joseph à Madrid et chassé les bandes espagnoles de la région voisine, de la Manche et de FEstramadure. Mais Soult était aux prises avec Wellesley dans la région de Porto.
Les « prêtres » agitaient L'Italie ; les agents de l'Empereur à Rome lui affirmaient la connivence du pape avec l'Autriche, prétendaient qu'à la première occasion des troupes anglaises seraient débarquées à Civita-Vecchia, et que si par malheur de mauvaises nouvelles arrivaient de l'armée, toute l'Italie se soulèverait comme en 1799 pour chasser les Français.
Napoléon prit les devants. Le 17 mai, de son camp impérial de Vienne, il lança le décret qu'il préparait depuis plusieurs mois. — « Les Etats du Pape sont réunis à l'Empire français. — La ville de Rome, si célèbre par les grands souvenirs dont elle est remplie et premier siège de la chrétienté,