A. Sorel. VII, 3;a et s
Ce fut une des raisons de la recrudescence de 1 insurrection tyrolienne. De plus, l'archiduc Jean, malgré l'armistice de Znaïm, avait donné l'ordre aux troupes autrichiennes du Tyrol de ne pas se retirer : « Comme il peut se faire, avait-il écrit, qu'un parlementaire ennemi vous apporte l'ordre d'évacuer le Tyrol, en vertu d'une suspension d'armes, je vous préviens que vous ne devriez obtempérer à cette injonction que si elle était signée de moi. » D'autre part, Napoléon, après Wagram, put renvoyer le maréchal Lefebvre dans la montagne avec des troupes nouvelles, surtout bavaroises, environ 5o.ooo hommes. Les Autrichiens, officiellement prévenus de l'armistice, n'osèrent s'opposer à la marche de l'armée française ; ils étaient, du reste, beaucoup moins nombreux ; ils se retirèrent vers le Sud par le Brenner : le maréchal Lefebvre rentra à Innsbrùck le 3o juillet, donnant dix jours aux Tyroliens pour se soumettre et déposer les armes1.
Ils refusèrent. Andréas Hofer jeta à travers le pays des proclamations vibrantes, appelant tous ses compatriotes à une lutte désespérée « contre l'ennemi du ciel et de la terre, pour Dieu et pour l'Empereur ». En un moment, tout le Tyrol fut debout contre l'envahisseur ; de toutes les vallées, au Sud, au Nord, vers Trente, vers Salzbourg, des bandes de montagnards descendaient exaspérés, résolus à chasser l'étranger ou à mourir pour leur foi et pour leur patrie. Lefebvre ne put tenir dans Innsbriick ; toutes communications pouvaient lui être coupées ; il quitta la ville dès le 5 août, et se retira lentement, parmi de continuels et sanglants combats, dans la direction de Salzbourg. De l'autre côté, une division italienne, arrivée de Vérone, fut rejetée sur Roveredo. Tout le Tyrol fut encore une fois délivré, et le retentissement en fut formidable ; une autre Espagne au cœur de l'Europe !
i. A. Lefebvre, Histoire des cabinets de l'Europe, IV, 284-290.
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L'armistice de Znaïm ne désarma pas mieux le duc de Brunswick-Œls. Le gouvernement autrichien rappela les quelques troupes qui l'avaient rejoint en Saxe. Malgré cela le duc espéra soulever l'Allemagne, tendre la main aux Anglais vers les côtes. Il partit de Dresde le 21 juillet, par Freyberg et Leipzig, enleva Halberstadt, reconquit la capitale de ses ancêtres, Brunswick, y put coucher une nuit ; mais il avait peu de monde avec lui. Des troupes westphaliennes se concentrèrent, lui donnèrent la chasse ; il leur échappa, se sauva à travers le Hanovre, appelant les populations aux armes ; sa condition de fuyard lui laissait peu de crédit : il arriva dans l'Oldenbourg, au bord de la mer du ?Nord; il eut la chance qu il y eût là quelques bateaux anglais ; il put s'y réfugier le j août avec sa petite troupe.
Les Allemands ne l'avaient pas suivi ; mais ils admirèrent son courage, l'extraordinaire équipée qui l'avait conduit impunément de la Silésie à la mer, maître un moment de la Saxe, parmi les fonctionnaires et les troupes du puissant Empereur. Il fut un des héros populaires de l'Allemagne, elle compta sur lui pour les luttes prochaines de l'indépendance.
Il est curieux que la Prusse, après Wagram, ait été plus disposée à la lutte qu'avant la bataille ; peut-être y fut-elle portée par une sorte de désespoir en présence d'un événement qui reculait le moment de sa vengeance ; et aussi, elle n'avait plus rien à craindre de l'Autriche, et elle sentait au contraire qu'elle avait quelque intérêt à ce que sa rivale ne fût pas entièrement écrasée. Il y eut donc dans le mois de juillet une assez grande agitation dans le pays prussien ; on parla même en certains milieux d'une prise d'armes. M. de Saint-Marsan en informa l'Empereur. Champagny lui répondit : « Monsieur, j'ai mis sous les yeux de l'Empereur vos dernières lettres. ■ Sa Majesté juge d'après des rapports particuliers que le ministère prussien joint à sa mauvaise volonté habituelle une complète ignorance. Il s'imagine dans son délire que
l'armée française qui est ici n'est que de -o.ooo hommes. Faites-lui connaître qu'elle est au moins de 3oo.ooo hommes, que depuis l'armistice elle se fortifie tous les jours, qu'elle reçoit journellement de France des renforts en hommes et en artillerie. — Qu'il sache aussi que lorsque l'expédition anglaise de l'Escaut aura échoué comme nous l'espérons, l'Empereur aura à sa disposition l'armée de 80.000 hommes que cette circonstance lui aura donné occasion de former, et qu'il sera plus fort que jamais. Intimider ce ministère, c'est lui rendre un véritable service, puisque ce n'est que de cette manière qu'on peut le retenir près de ces limites de circonspection et de prudence qu'il n'a déjà que trop franchies1. »
11 est remarquable que Napoléon à ce moment se soit cru obligé d en imposer à la Prusse. Il paraît que ces procédés d'intimidation eurent du succès et que dès lors « la stagnation » fut « complète à Berlin ». C'est du moins M. de Saint- Marsan qui l'affirme quelques jours après. Il faut ajouter que le ministère prussien envoya M. de Knesebeck à Vienne pour y déclarer que la Prusse était disposée à entrer en campagne si l'Autriche lui garantissait sa reconstitution territoriale en puissance de premier rang'2, et que cette mission échoua une fois de plus, la conciliation des intérêts de l'Autriche et de la Prusse étant toujours extrêmement difficile, même dans les pires malheurs de l'une ou de l'autre. Et la Prusse se retourna de nouveau vers la Russie; Frédéric-Guillaume écrivit au tsar Alexandre, le il\ juillet, une lettre personnelle qu'il lui fit porter par le major Schœler ; il y disait les conséquences graves que pouvait avoir la dernière défaite de l'Autriche et il ajoutait : « Que l'état des choses serait différent, si vous jugiez de l'intérêt de votre empire, Sire, de renoncer à votre système politique actuel en vous déclarant
1. AIT. Etr., Corr. de Prusse, \ol. 244> f' 469 : lettre datée du 23 août.