A. Sorel. VII, 371, 38a
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contre la France ! » Il avait même pensé faire à la Russie les offres les plus alléchantes en lui proposant des agrandissements territoriaux considérables, et même « le duché de Varsovie déjà tout préparé à cette réunion ». Mais il effaça cette phrase, et cette réflexion est significative ; il y avait aussi des conflits d'intérêts entre la Prusse et la Russie.
La nouvelle de la bataille de Wagram fut reçue à Saint- \ Pétersbourg comme celle d'une défaite : on craignit aussitôt que la ruine de l'Autriche, suivant celle de la Prusse, ne portât d'un coup l'influence française aux frontières et sur les voies de la Russie. Et Ton ne se trompait pas. Des bruits se répandirent sur les intentions du vainqueur, qu'il allait renverser les Hohenzollern comme il l'avait voulu à Tilsit, établir son frère Jérôme à Rerlin, et reconstituer la Pologne dans ses anciennes limites jusqu'à la Baltique. De telles imaginations — qui n'étaient pas sans quelque fondement — n'étaient pas pour faciliter le règlement de la question de Galicie1.
Justement il s'y produisit alors un nouvel incident très regrettable. Poniatowski avec Y armée varsovienne dégageait toute la rive gauche de la Vistule des dernières troupes autrichiennes qui s'y trouvaient. Il les poussa sur Cracovie, arriva devant la ville le 14 juillet et se prépara à l'enlever de vive force. Les Autrichiens étaient très inférieurs en nombre; ils avaient hâte surtout de rejoindre l'archiduc Charles par la Moravie. Ils abandonnèrent Varsovie, obtenant des Polonais qu'ils n'y entreraient que le lendemain. Mais Galitsyne avait remonté précipitamment la rive droite du fleuve, et en se retirant les Autrichiens lui livrèrent la ville. Le lendemain, Poniatowsky en trouva les portes occupées par les Russes ; il se fâcha, cette fois, entra à la tête de sa cavalerie, malgré les protestations des généraux russes ; on faillit en venir aux mains, les sabres sortirent des fourreaux. Les uns et les autres
i. AtT. Élr., Corr. de Russie, vol. 149, f° 3.
eurent peur des conséquences : Cracovie fut partagée entre les Russes et les Polonais, en attendant les prochains traités l.
Cependant, toutes ces nouvelles augmentaient la fermentation à Saint-Pétersbourg; l'opinion publique, très irritable à l'endroit de l'alliance française, faisait une pression menaçante sur les décisions du gouvernement. Alexandre annonça lui-même la bataille de Wagram à Caulaincourt et lui en fit des compliments ; il ne pouvait pas faire autrement ; il lui annonça en même temps la prise de Cracovie par les Russes et les prétentions avancées sur cette ville par Poniatowski. Il en montra quelque mécontentement : combien il eût désiré la fin de ces misérables querelles ! Combien il eût été heureux, sans elles, d'aller prendre lui-même le commandement de l'armée de Galicie ! Il ne croyait pas à la paix, et il se réjouissait presque du prochain renouvellement des hostilités : « Si cette guerre n'est pas bientôt terminée, l'Empereur Napoléon verra comme l'armée russe le secondera, lorsqu'on se sera expliqué et qu'il nous aura ôlé les justes sujets d'inquiétude que nous avons". » Il insistait sur la nécessité où il était de tranquilliser ses sujets ; il voulait lui-même « être tranquillisé ». L'alliance n'était décidément plus que conditionnelle, et les traités de Tilsit et d'Erfurt des chiffons de papier.
Dès lors c'était donc de nouveaux arrangements à prendre. Alexandre et Napoléon échangèrent des notes comme s'ils avaient été dans des camps opposés.
Roumiantzoffvit Caulaincourt et lui déclara, sans ambages, que la Russie était résolue à s'opposer au rétablissement de la Pologne. « Pour l'empêcher, je vous le dis et je vous le répète, nous sacrifierions jusqu'à notre dernier homme; nous vendrions nos chemises... Nous devions nous attendre à une marche plus franche de votre part... Doit-on agiter nos pro-