‹ Napoléon et l'Europe; TilsitChapitre 166 sur 185 · Albert Vandal, II, m · texte numérisé non relu

Albert Vandal, II, m

1. AfT. Etr., Corr. de Russie, vo). 149, f° 61 : lettre de Caulaincourt, du 28 juillet 1809.

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vinces, faire des appels à nos sujets, leur demander, au nom d'une pairie qui n'existe plus, de l'argent, des moyens de toute espèce, pendant que nous combattons pour votre cause? Faut-il, pendant que nous marchons pour vous joindre, que notre armée s'arrête à chaque pas dans la crainte de mouvements intérieurs ? » Et le ministre russe remit officiellement à l'ambassadeur une note où, relevant les- agissements de l'armée prétendue polonaise en Galicie, ses proclamations aux habitants, les armoiries de l'ancien royaume restaurées, l'espérance avouée d'une restauration de la Pologne, prêchée comme une croisade, il déclarait que l'empereur Alexandre avait le désir de rendre à l'empereur Napoléon les plus grands services, mais qu'il fallait d'abord qu'il fût débarrassé de ce qui pouvait y mettre entrave ; il exprimait donc la volonté d'entrer aussitôt en négociation sur le sort de la Galicie \

De telles dispositions n'étaient certes pas d'un allié ; elles étaient de nature à exciter la Prusse et à décider l'Autriche à recommencer les hostilités. La Russie prenait position contre la France.

Cependant Aapoléon traversa toutes ces difficultés avec une extraordinaire fermeté de pensée ; il s'imposa à ses adversaires, déclarés ou non, avec une maîtrise qui acheva la victoire de A A agram et lui fit rendre plus qu'elle ne promettait. Car son génie fut peut-être plus remarquable encore dans l'art des négociations que dans celui des batailles.

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Les négociations furent lentes parce que l'Autriche n'était pas réduite aux dernières extrémités, la bataille de Wagram

i. Note du i3/25 juillet 1809 : AIT. Étr., Corr. de Russie, vol. 149, f - ii, 82.

n'ayant pas eu le caractère décisif de celle d'Austerlitz. Il fallut trois mois à Napoléon pour triompher de ses adversaires, qui n'étaient pas tous dans le camp ennemi. Il pouvait patienter ; ses armées ne lui coûtaient rien, vivant sur le pays, et l'Autriche, de son côté, observait spirituellement Champagny, y gagnait une augmentation de population.

En fait, l'Autriche n'était pas disposée à traiter ; elle avait intérêt à attendre le résultat de l'affaire de Walcheren. La cour s'était retirée au château de Dolis, près de Presbourg ; dans l'entourage impérial il y avait une grande agitation patriotique, la volonté arrêtée de n'accepter qu'une paix honorable. Ce fut le sens d'une proclamation adressée par François II à ses sujets le 16 août :

« Je désire une paix honorable, une paix dont les stipulations pourraient garantir la possibilité et la probabilité de sa durée. La bravoure de mes armées, leur courage inébranlable, la chaleur de leur patriotisme, leur désir hautement exprimé de ne pas déposer les armes avant d'avoir obtenu une paix honorable, tout me défend d'accepter, après des sacrifices si grands et si nobles, après l'effusion de tant de sang, des conditions qui ébranleraient ou menaceraient les fondements de la monarchie et qui nous déshonoreraient. L'esprit sublime qui anime l'armée lui est un sûr garant, ainsi qu'à moi. que dans le cas où l'ennemi continuerait à nous méconnaître, nous obtiendrons enfin et indubitablement le prix de la constance1. »

Les dispositions de la Russie constituaient une inconnue indispensable à la solution du problème de la paix, et c'est pourquoi les négociations ne devaient être décidément actives qu'après le i5 septembre, lorsqu'on eut des nouvelles précises de Saint-Pétersbourg. Il n'y eut jusque-là que des conversa-

1. Aff. Étr., Corr. d'Autriche, vol. 384, f" ai3. — M. Henri Welschinger a publié les Protocoles d'AUenbourg, dans la Revue de la Révolution.

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lions en apparence décousues qui ne furent que plus lard et difficilement rédigées en procès- verbaux, sur l'ordre de Napoléon.

Une première note fut adressée par Champagny au gouvernement autrichien le 22 juillet : — Après un préambule assez long pour rejeter sur l'Autriche la responsabilité de la guerre, il indiquait, comme condition préliminaire, la réduction de son état militaire qui avait été depuis trois ans comme une continuelle provocation à l'égard de la France : il fallait donc qu'elle supprimât la landwehr, qu'elle ramenât l'armée active à la moitié de ses effectifs, qu'elle expulsât de son service tous les Français émigrés, « ces hommes s'étant de tout temps montrés les plus enclins à semer la division entre les deux États ». — « Quant aux autres conditions, concluait Champagny, soit qu'on veuille adopter la base de Yutl possidetis, soit qu'on préfère un système de compensations, l'Empereur en agira avec la même modération qu'à la paix de Presbourg1. » — Ce qui n'était pas entièrement rassurant.

Sous ces apparences vagues et larges, il y avait les bases solides et rigoureuses des négociations. Napoléon ne s'en départit pas un moment, ne cessa d'y ramener les Autrichiens, malgré leurs efforts pour en sortir, garda la direction des opérations diplomatiques, comme jadis des opérations militaires, l'initiative des propositions, réduisit dès le début et jusqu au bout ses adversaires à la défensive, qui est toujours une position pénible.

\Ielternich, en l'absence de Stadion, répondit le 26 juillet en exprimant le désir d'une paix qui portât en elle des gages de durée et la nécessité, par conséquent, pour l'Autriche, d'un système défensif proportionné à l'étendue de son empire.

1. AlY. Étr., Corr. d'Autriche, vol. 38;, f° 1 85. — Corr. de Napoléon, XIX, ùSojSj. — A. Lei'cbvre, Hist. des cabinets de l'Europe, IV, 3 14.

Il affirma l'intention daller vite, et proposa le 3 août pour l'ouverture d'une négociation directe.

Le 3 août, Champagny envoya une seconde note, dont nous avons la minute sous les yeux, toute surchargée des corrections de l'Empereur ; on y retrouve d'ailleurs le ton de son impénétrable logique :

« Les termes dans lesquels est conçue cette note (la note autrichienne du 26 juillet) ne répondent pas à celle que le soussigné avait eu l'honneur d'adresser au ministère de S. M. l'empereur d'Autriche. Quelle idée peut-on avoir de ce que le cabinet autrichien appelle un système défensif? L'institution de la landwehr n'a-t-elle pas été présentée comme appartenant exclusivement à ce système ? » Et Champagny développait cette argumentation avec une grande rigueur : tous les armements de l'Autriche ont été donnés pour défensifs ; la guerre a été commencée par l'affirmation de ce système défensif; il a empêché la France de développer ses armements maritimes, il lui a fait perdre ses possessions d'outre-mer, il lui a imposé des frais immenses pour 1 appel de deux conscriptions. En vérité, il y a eu deux campagnes autrichiennes, une d'armements, qui fut très onéreuse à la France, et une deuxième de guerre commencée le 10 avril; s'il y a encore un système d'armements dits défensifs, ce sera comme une troisième campagne qui enlèvera à la France le fruit de la deuxième. Il ne suffit donc pas d'avancer de vagues protestations pacifiques ; il faut des mesures précises assurant la durée de la paix ; il faut réduire l'état militaire de l'Autriche à des proportions établies. Elle n'a pas besoin d'une armée nombreuse; elle n'a pas de voisins à craindre : « Et d'ailleurs la France lui offrira sa garantie contre toute puissance et même contre la Russie, et à son tour la Russie lui garantira contre la France même l'intégrité de ses possessions au moment de la paix. » — Car l'Empereur ne veut pas la destruction de la monarchie autrichienne ; il l'a prouvé dans

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la paix de Presbourg et dans ses premières propositions de la négociation présente; il l'aura prouvé « en la reconstituant deux fois et en abandonnant volontairement (chose inouïe dans l'histoire !) des avantages auxquels jamais un conquérant jaloux d'étendre sa domination n'a renoncé ».

« Ainsi donc, si l'Autriche persiste à avoir un état militaire supérieur à celui qu'on propose, il est évident qu'elle veut encore tendre tous ses moyens, épuiser dans deux ou trois ans toutes les ressources du présent et celles de l'avenir, non pour conserver ce que la paix lui aura rendu, mais pour ressaisir ce qu'elle a perdu depuis quinze ans, détruire et la Confédération du Rhin et le royaume d'Italie. » Alors les protestations actuelles d'amitié ne seraient pas sincères ; mieux vaudrait continuer la guerre.

La diminution des armements assurera donc la stabilité de la paix. « L'Empereur sourit à cette espérance, et la confiance qu'elle lui inspire le porte à se présenter à la négociation qui va s'ouvrir sans passion, sans prévention, animé seulement du désir de finir les maux de cette bonne et estimable nation autrichienne et de celui d'épargner le sang de ses sujets... Sa Majesté a rempli la première condition de cette réconciliation en laissant dans l'oubli tant d'insultes personnelles et ces proclamations inflammatoires et révolutionnaires qui ont alarmé l'Europe, lui ont fait craindre de voir rétrograder son état de civilisation et qui semblaient présager la ruine de l'ordre social pour la conservation duquel l'Autriche a déclaré avoir pris les armes en 1793. »

Champagny annonçait donc, en conclusion, son consentement à se rendre à Altenbourg pour l'ouverture des négociations ; mais il réitérait la déclaration que ses instructions étaient impératives et n'admettaient aucune modification sur les bases de sa note du 22 juillet.

Les conférences furent donc ouvertes à Altenbourg, près de Presbourg, le 17 août. Nous les connaissons par les procès-

verbaux qui en ont été dressés et par les lettres de Champagny à l'Empereur, souvent très piquantes et colorées1. Il eut en face de lui Metternich et le comte de Jugent, chef de Tétatmajor de l'archiduc Jean. La petite ville était encore en fête. Grouchy, qui y commandait, venait d'y célébrer « très gentiment » le i5 août : il y avait eu un banquet de 4oo soldats, puis un bal où l'on avait vu « tout ce qu'Altenbourg avait pu fournir de femmes mises un peu proprement ». — « Les femmes, écrit Champagny, s'attendent que je les ferai aussi danser ; je ne tromperai pas leur attente. » Cela n'était-il pas d'un bon augure?

Le 18 août commencèrent les affaires sérieuses.

La conversation s'engagea naturellement sur la question de l'état militaire : « C'est un grand sacrifice, dit Metternich ; il peut compromettre l'honneur de la monarchie ; il la laisse sans défense exposée aux invasions de ses voisins. C'est une capitulation ; l'empereur d'Autriche n'est pas dans le cas d'en souscrire une. Mais il est dans ses vues de diminuer son état militaire; il n'aspire qu'au moment de le faire avec sûreté. Quelle est celle que lui donnera la France ? — Aucune, Monsieur le comte, répondit Champagny, que celle qui résulte de notre conduite passée : nous avons eu quatre guerres contre vous ; en avons-nous commencé une ? Vous nous avez toujours attaqués ; nous seuls avons le droit de demander une garantie ; nous ne pouvons diminuer notre état militaire, nous en avons besoin contre les Anglais. C'est même parce que nous sommes plus forts que nous ne pouvons vous donner une garantie. » En fait, il y avait dans les paroles mêmes de M. de Metternich un consentement de principe à la réduction de l'état militaire de l'Autriche : Champagny s'en contenta pour le moment.

Puis on passa à Yuti possidetis : Metternich et Nugent se

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