‹ Napoléon et l'Europe; TilsitChapitre 167 sur 185 · AIT. Étr., Corr. d'Autriche, vol. 384, fos 2I4 et s · texte numérisé non relu

AIT. Étr., Corr. d'Autriche, vol. 384, fos 2I4 et s

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récrièrent, déclarant qu'ils ne pouvaient partir d'une telle base.

« L'empereur Napoléon, dit Champagny, veut une paix solide ; sans cela il ferait la guerre ; mais il ne veut pas perdre par la paix les avantages que la guerre lui a procurés ; il veut une paix solide et avantageuse. Sa position justifie cette prétention. — Mais, observa M. de Metternich, pourquoi suivre une marche différente de celle de Presbourg ? — Parce que la paix de Presbourg ne nous a point garantis de la guerre actuelle. — La paix de Presbourg, reprit Metternich, n'a pas prévenu la guerre actuelle parce que cette paix, ni celle de Campo-Formio, ni celle de Lunéville, n'ont établi ces rapports d'amitié, qui, bien plus que toutes les stipulations possibles, assurent la durée de la paix. Etablissons ces rapports entre nous. Lorsque vous avez fait la paix de Tilsit avec la Russie, vous n'avez pas établi la base de Yuti possidetis, pas même à l'égard de la Prusse, à laquelle pourtant il ne restait plus de territoire ni d'armée. Vous avez trouvé de votre politique d'agrandir la Russie : eh bien ! nous pouvons vous servir comme la Russie, et peut-être plus constamment que la Russie, car notre cabinet n'a pas une politique aussi changeante... Faites- nous entrer dans votre système, et vous serez sûrs de nous. Ne nous laissez plus dans la situation d'une personne qui, placée dans une chambre avec deux autres, les voit chuchoter ; car c'est là la véritable cause de la guerre actuelle. Voilà sur quelle base, utile pour vous, honorable pour nous, nous avons compté faire la paix.

« — Vous parlez d'alliance, Monsieur de Metternich, reprit Champagny ; mais, avant de songer à un traité d'alliance, il faut faire un traité de paix. — Je n'ai pas prononcé le mot d'alliance. — Eh bien ! Vous voulez que nous vous fassions entrer dans notre système? Mais n'y avez-vous pas déjà été? N'avez-vous pas déjà fermé vos ports aux Anglais ? N'avezvous pas rappelé votre ministre de Londres et chassé le mi-

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nistre anglais qui était à Vienne ?. . . Et c'est précisément dans ce moment que vous avez projeté de nous attaquer. "Vous étiez supposés en guerre avec les Anglais lorsque vous vous êtes ligués avec eux contre nous. Ce qui est arrivé une fois n'arrivera-t-il pas encore ? Est-ce donc là une garantie ? >ous n'aurons fait que réchauffer un serpent dans notre sein. »

Les positions adverses se précisaient : Champagny demandait la réduction de l'état militaire autrichien et Yuti possidetis ; Metternich consentait à la réduction militaire moyennant l'intégrité territoriale de l'Autriche en offrant de la faire entrer dans le système français.

Après ces premiers sondages dont Champagny n'avait pas lieu d'être mécontent, les représentants de l'Autriche lui demandèrent de préciser ce qu'il entendait par Yuti possidetis et les compensations qu'il y avait admises en sa première note. Il leur proposa d'abord un exemple, en établissant bien qu'il ne s'agissait que d'un exemple et non d'une proposition formelle. « Puisque, dit-il, vous voulez que j'entre dans quelques détails à cet égard, je vous offrirai de vous rendre la partie de la Moravie et de la Hongrie que nous possédons, et vous nous donnerez une nouvelle frontière en Bohême pour la Saxe, et la Croatie qui peut être à notre bienséance. »

Là-dessus, Metternich et Nugent poussèrent une grande exclamation : « La frontière de la Bohême ne peut pas être entamée ; c'est une frontière naturelle : consentiriez-vous à céder le Rhin ! — Oui, si vous étiez à Paris. — Mais l'empereur d'Autriche peut-il céder ce qui fait la défense de son pays? Dans les autres paix, il vous a abandonné des provinces presque étrangères à sa monarchie ; mais aujourd'hui il ne pourrait vous faire la moindre cession sans vous mettre dans le cœur de ses Etats. — N'y sommes-nous pas ? — Est-ce que jamais la France céderait les Pays-Bas? — Oui, si elle avait éprouvé de grands désastres. La France a subsisté sans avoir ni la Flandre, ni la Lorraine, ni l'Alsace ; elle subsis-

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tarait également sans ces provinces ; et il y aurait toujours un empire d'Autriche quand la frontière de la Saxe serait à moitié chemin de Dresde à Prague, et que les provinces limitrophes de l'Allemagne et de l'Italie auraient changé de domination1. »

Il y avait en ces formules une argumentation bien dangereuse pour l'avenir, et que Metternich put reprendre en sens inverse cinq ans plus tard.

Enfin, dans les derniers jours du mois d'août, Champagny consentit à déclarer en termes précis les exigences qu'il fondait sur Yuti possidetis. Il y en avait long; il mit quinze jours à les dire toutes, les distillant goutte à goutte, d'une séance à lautre, pour en faciliter la digestion.

Le 29 août, il demanda pour la Bavière Salzbourg et la Haute-Autriche jusqu'à l'Enns. — « L'Autriche jusqu'à l'Enns? s'écria Metternich. Mais si l'Empereur faisait cette cession, il ne voudrait pas habiter Vienne. — Vienne, répondit Champagny, est toujours bonne à posséder, même lorsqu'on ne lhabite pas. » Et Metternich, revenant toujours à dire : « Mais vous n avez jamais procédé de cette manière, » et à citer Presbourg, « je lui rappelai, écrit Champagny à l'Empereur, l'entrevue de Votre Majesté avec l'empereur d'Autriche et la générosité dont Elle avait cru devoir user dans cette circonstance et dont elle avait été assez mal payée pour n'être pas tentée d'y revenir. » Champagny ajouta qu'il avait d'autres demandes à faire pour les frontières de l'Italie.

Ce fut pour le lendemain 3o août. Il demanda en effet la Carinthie, la Carniole et les pays situés au sud d'une ligne qui, de la Carniole, suivrait le cours de la Save jusqu'à la Bosnie : — « C'est la Croatie, dit Nugent. — Non, répondit Champagny, ce n'en est que le sud ; Agram n'est pas compris dans cette ligne. »

1. Aff. Étr., Corr. d Autriche, vol. 384. ('* iiâ-^ji. — A. Vandal, II. i3i-i33.

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Les plénipotentiaires autrichiens demandèrent si c'était là le total des exigences françaises, désirant le connaître exactement avant d'entrer en discussion ; Champagny déclara qu'il devait en référer à l'Empereur. Il y fallut quelques jours.

Le 7 septembre, il annonça les intentions de son souverain : « La ville de Dresde se trouvant placée sur les frontières de la Bohême, il paraît convenable et utile, pour que chaque Etat ait la garantie de son indépendance, que l'Autriche cède à la Saxe les cercles de Leutmeritz, de Saatz et d'Ellenbogen en Bohême, sauf la forteresse de Theresienstadt qui, étant située sur la frontière, resterait à l'Autriche. »

« Si les bases premières et celles-ci sont acceptées, l'Empereur restituera Vienne, les cercles de Znaïm et Brùnn, toute la Basse-Autriche et la Styrie qui sont les plus belles et les plus importantes portions de la monarchie, dont la population monte à près de 1.800.000 âmes.

Quant à la Galicie, c'est-à-dire aux pays occupés par l'armée russe et par les troupes saxonnes, le plénipotentiaire français déclara que ces pays, n'étant pas occupés par l'armée française, devaient être l'objet d'une discussion particulière, se compenser entre eux et former un uti possidetis à part. Sauf sur ce dernier point, les propositions de la France étaient désormais claires et complètes1.

Mais les propositions de l'Autriche étaient bien loin de s'y accorder. Metternich offrait Salzbourg et une partie de la Galicie, moyennant la restitution du Tyrol et du Vorarlberg par la Bavière, l'empereur François « préférant se séparer de pays qui lui avaient témoigné très peu d'affection au sacrifice de ses anciens sujets qui lui montraient tant de dévouement ». Si l'on ne voulait pas rendre le Tyrol à l'Autriche, on pouvait le donner à la Suisse, ou en faire une principauté

1. AIT. Étr., Corr. d'Autriche, vol. 384, f03 a5i et s. — Corr. de Napoléon, XIX, 3gi, 4°4> 4*8-

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