Cf. Ed. Driault, Napoléon cl l'Europe, II
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malade pendant quelques jours, des suites d'un accident de voiture. Roumiantzoff était absent pour achever la négociation avec la Suède, qui aboutit à ce moment au traité de Frederikshamn (17 septembre 1809) laissant à la Russie la Finlande et les îles d'Aland. Roumiantzoff à cette occasion fut nommé chancelier, juste récompense de ce succès diplomatique qui, après l'acquisition de la Moldo-Valachie, jetait sur son ministère une gloire nouvelle; il en fut mis en appétit, et plus libre pour traiter l'affaire de Galicie1.
A ce moment l'empereur Alexandre put recevoir Caulaincourt et commencer de lui faire connaître ses idées. Il parla de donner la Galicie à un archiduc, qui ne fût pas sous l'influence française ; mais ce n'était que pour entrer en matière ; et presque aussitôt il déclara : « Si l'on veut faire un partage entre moi et le grand-duché, il faudra qu'il ait la petite portion et moi la grande ; car je ne puis ni ne veux consentir à rien de ce qui peut donner l'espérance ou même faire naître l'idée de la possibilité du rétablissement de la Pologne. » Comme Caulaincourt cherchait à savoir ce que le tsar entendait par la « grande portion », Alexandre se déroba et passa la parole à son chancelier.
Roumiantzoff se plaignit d'abord de la conduite de la France, qui depuis fort longtemps avait préparé en secret l'insurrection des Galiciens : « Tout ce qui s'est fait généralement dans le grand-duché depuis Tilsit a été dans la pensée du rétablissement de la Pologne, tout, jusqu'au langage qu'on a fait tenir au roi de Saxe ; et il a fallu tout le calme de l'empereur Alexandre, toute la circonspection, et, j'ose le dire, toute la sagesse que je porte dans les affaires, surtout dans celles qui ont rapport à l'alliance, pour qu'on n'en soit pas venu à des explications désagréables. » Le fait est qu'on en était presque venu là dans la note du 26 juillet.
1. AIT. Étr., Corr. de Russie, vol. 149, fÛS 119, i3a, 167, i83.
Quelques jours après, ce fut de nouveau le tour de l'Empereur : « Je vous l'ai toujours dit : il est entièrement contraire à mes intérêts que la puissance du grand-duché s'accroisse ; peu ou beaucoup, cela nourrit toujours les idées du rétablissement de la Pologne et y est même un acheminement. Fondons la paix sur des bases inébranlables, et ne semons pas, pour l'avenir même le plus éloigné, des brandons de discorde ; resserrons l'alliance contre 1 Angleterre, en écartant tout ce qui peut nous désunir, par conséquent en ne faisant rien qui puisse mener au rétablissement de la Pologne. C'est à cela que tient la paix maritime aussi bien que celle du continent. »
Caulaincourt vit bien que la Russie voulait la Galicie pour elle-même. Il fit remarquer que « la moindre acquisition qu'elle ferait mettrait un poids immense en sa faveur dans la balance de l'Europe, tandis que la France n'acquerrait rien en Galicie et que ce que pourrait obtenir le grandduché n'en ferait jamais un Etat qui pût donner de l'ombrage à la Russie, véritable colosse à côté d'un nain. J'ajoutai encore, écrit-il, qu il y avait une telle disproportion dans les moyens que si, sur une cession de Soo.ooo âmes, la Russie en acquérait ioo.ooo, cela serait bien plus pour elle que les 400-000 restants pour le grand-duché. S. M. me répondit toujours que la France ne pouvait mettre les intérêts du grand-duché en balance avec ceux de la Russie, que si le grand-duché acquérait un peu en Galicie, la Russie devait acquérir beaucoup et que ce beaucoup géographique ne compenserait jamais le désavantage politique et intérieur que lui causerait dès à présent un accroissement quelconque du grand-duché ni les conséquences qui pouvaient en résulter pour l'avenir J. »
On n'avançait pas, on ne se rapprochait pas, on ne devait
i. Alf. Etr., Corr. de Russie, vol. 149, fjC ij8, 220, a33.
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pas se rapprocher davantage. Cependant il y avait dans ces conversations quelques résultats appréciables, dont il était possible de tirer imparti, dont il fallut se contenter.
Caulaincourt fut amené par la tournure de ces entretiens parfois presque vifs à défendre la conduite de la France en des termes énergiques. Il observa que si les généraux russes avaient fait leur devoir, s'ils avaient agi comme le comportait l'alliance, l'empereur Napoléon n'aurait pas eu besoin de faire appel au concours des Galiciens et de les soulever contre l'Autriche, l'ennemi commun. Il annonça, d'après les nouvelles qu'il avait des conférences d'Altenbourg, que l'Autriche ne voulait rien céder qu'en Galicie, elle voulait bien céder toute la Galicie, à laquelle elle ne tenait plus en aucune manière : si donc la Galicie passait à la Russie, quel avantage la France aurait-elle des victoires qu'elle avait remportées seule? Etait il juste que la Russie eût tout le bénéfice du sang versé à Essling et de la gloire de Wagram ? Les Russes ne pouvaient rien répondre à cela, n'ayant rien fait en vérité pour autoriser un gain quelconque, et ne sachant pas le détail de la négociation franco-autrichienne. Caulaincourt acheva son argumentation : un partage, quel qu'il fût, de la Galicie entre la Russie et le grand-duché sera par lui même une garantie contre le rétablissement de la Pologne; en en acceptant quelque chose, si peu que ce soit, la Russie sera partie directement intéressée dans la question de Pologne, qui ne pourra plus être traitée sans elle.
Le raisonnement porta, quoiqu'il ne fût pas absolument convaincant. L'empereur Alexandre admit formellement que le grand-duché eût une part de la Galicie pourvu que ce ne fut que la petite part et que le reste fût pour la Russie. Caulaincourt fit connaître à l'empereur Napoléon ce résultat capital que d'ailleurs il avait fait prévoir depuis le premier jour de cette négociation. Il était facile aussi de voir qu'il n'aurait pas davantage, qu'il n'obtiendrait pas de la Russie
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qu'elle se contentât d'un cinquième du lot galicien. Mais il était avantageux aussi que la Russie n'agît point d'autre manière, et qu'elle se laissât aller tout au long d'une négociation interminable, pendant que les conférences d'Altenbourg allaient pouvoir prendre une allure décisive. Combien la Russie eût été plus habile à se faire représenter à côté de Champagny ! Mais elle ne voulait pas paraître dans k camp de Napoléon contre l'Autriche. Elle n'était plus qu'une alliée honteuse ; il n'eût pas été juste qu'elle fût récompensée de sa duplicité.
Pendant que Napoléon se préparait à user des renseignements qu'il avait et du temps que la Russie lui laissait, Roumiantzoff se réjouissait d'avoir gagné à si peu de frais toute une province nouvelle. Il accentua sa pensée et la formula en termes définitifs :
— Il admettait le partage de la Galicie entre la Russie et le grand-duché de Varsovie ; mais il fallait que la Russie eût la plus grande part. Par exemple on pouvait donner 200 ou 3oo.ooo âmes au grand-duché ; il fallait bien le récompenser un peu du rôle qu'il avait joué dans la guerre. Si on lui donnait davantage, il fallait en tout cas que la Russie eût les deux tiers du butin : on était loin du cinquième que Napoléon lui avait réservé. Il y a dans ces chiffres la mesure exacte du dissentiment qui séparait les deux puissances « alliées ».
— Il fallait effacer tout souvenir de l'ancienne Pologne, et le partage ainsi réparti y contribuerait puissamment, finir les illusions des Polonais, les « dégriser1» . Il fallait que l'empereur Napoléon prît l'engagement de ne pas rétablir la Pologne ; ou du moins il fallait s'interdire tout rétablissement de la Pologne autrement qu'en faveur de la Russie.
Par là on revenait en quelque manière au plan Czarto-
1. Aflf. Étr., Corr. de Russie, vol. 149, f° 273. — À. Lefebvre, Histoire des cabinets de V Europe, IV, 327-33 1. — A. Sorel, VII, 160.
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ryski, et même à la grande politique de Catherine II : lorsqu'elle avait établi Stanislas Poniatowski sur le trône de Varsovie, elle s'était réservé le protectorat, la domination de toute la Pologne : un grand pas vers l'unité des Slaves dans l'empire russe ; mais elle avait du partager avec la Prusse et avec l'Autriche.
Voici que la Prusse avait perdu sa part, que l'Autriche allait perdre la sienne ; la Russie au contraire allait s'agrandir, envelopper le grand-duché de Varsovie, par la Galicie, sur toute sa frontière méridionale, le pénétrer de son influence, le presser de tout son poids formidable, le préparer à tomber de lui-même entre ses mains.
Moldo-V alachie, Finlande, Galicie, en moins d'un an, la puissance russe gagnait rapidement vers l'ouest, comme au temps de la Grande Catherine. Alexandre et Roumiantzoff étaient assez contents de la tournure que prenaient les choses et de leur propre habileté. C'est peut-être pourquoi ils s'endormirent dans les illusions.
La Russie dès lors immobilisée dans l'espérance, Napoléon en savait assez pour pousser l'Autriche à la paix, à la paix qu'il voulait. Il continua d'exploiter le fantôme de l'alliance russe, car il savait tirer parti de tout.
Le ier septembre, le colonel Tchernytcheff arriva à Vienne, porteur de lettres de l'empereur Alexandre à Napoléon et à l'empereur d'Autriche *. Napoléon le retint auprès de lui longuement, à sa table, pour qu'on le remarquât, pour qu'on en conclût à la cordialité des rapports franco-russes. Lorsque Tchernytchef passa à Altenbourg pour se rendre au château de Dotis, Champagny le garda auprès de lui pour qu'il ne vît pas Metternich, le retint à déjeuner, le fit accompagner jusqu'aux avant-postes ennemis.
i. Cf. Corr. de Napoléon, XIX, 4I0-4n> notes. — À. Yandal, II, i38.
46j LE TRAITÉ DE VIENNE, itfoy
Napoléon avait offert au tsar de se faire représenter aux négociations d'Altenbourg. Alexandre préféra n'y pas paraître. « Je regrette infiniment, écrivait-il à François IT, de me trouver à une aussi grande distance de la scène des événements ; il m'eût été bien consolant d'offrir mes bons offices et d'opérer une réunion d'amitié et d'intérêt entre l'Autriche, la France et la Russie. » Il faut dire que cette lettre était destinée à passer sous les yeux de l'empereur Napoléon. En tout cas il ne manqua pas de présenter cette abstention de la Russie comme une preuve de son absolue confiance en lui et de l'intimité de l'alliance : « Vous ferez connaître aux plénipotentiaires autrichiens, écrivait-il à Champagny, que l'empereur de Russie s'en rapporte à moi pour stipuler la paix, non seulement pour la France, mais encore pour la Russie. Vous ne devez pas manquer les occasions de les convaincre que nos relations avec la Russie sont plus intimes que jamais, et que le corps du prince de Galitsyne serait sous mes ordres comme un corps français si jamais la guerre venait à recommencer. » Cela n'était pas tout à fait certain ; il est vrai que le tsar Alexandre avait dit quelque chose dans ce genre quelques semaines auparavant, en manière d'excuse pour la conduite de ses généraux.
D'autre part, l'affaire de l'Escaut n'avait pas eu de suites. . Les Anglais, après s'être maintenus un mois dans l'île de Walcheren, se rembarquèrent dans les premiers jours de septembre, décimés par le typhus.
Les dépêches de Caulaincourt, fixant enfin Napoléon sur les dispositions de la Russie, qui l'obligeaient encore jusque-là à quelque réserve, arrivèrent à Schœnbrûnn le 1 2 septembre.
Le i5 septembre, il précisa les conditions de paix qu'il prétendait imposer à l'Autriche, leur donnant la forme d'un ultimatum. Il écrivit lui-même à l'empereur François II.
« Monsieur mon Frère, le cœur de Votre Majesté Impé-
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riale souffre des maux qui pèsent sur cette nation, aussi recommandable par la loyauté que par la franchise de son caractère. De toutes les calamités la guerre est la première : malheur à ceux qui la provoquent ! Le sang et les larmes des infortunés qu'elle fait retombent sur eux.
« La base de Yuti possidetis est considérée par Votre Majesté comme destructive des principes de sa monarchie : cela étant, Monsieur mon Frère, j'y renonce, et je suis prêt à faire la paix avec Votre Majesté, moyennant une cession sur la frontière de l'Inn et sur celle de l'Italie équivalente à 1.600.000 âmes, et la cession de moins de la moitié de la Galicie au roi de Saxe et à l'empereur de Russie. Il n'échappera point à Votre Majesté que, dans ce sacrifice de trois millions et quelques cent mille âmes que je lui propose, je ne réserve pour moi que ce qui est nécessaire pour lier la Dalmatie avec mes autres Etats d'Italie, et me trouver à même de pouvoir veiller à ce qu'il ne se fasse rien, à la Porte, d e contraire aux intérêts de mes peuples. Dans la -faiblesse actuelle de mes moyens maritimes, résultant des quatre guerres que j'ai été obligé de soutenir contre l'Autriche, je n'ai plus d'autre moyen d'influer sur l'équilibre de la Méditerranée ' . »
En écrivant à Champagny, Napoléon établissait mathématiquement le décompte des sacrifices qu'il exigeait de l'Autriche : « Ce que vous avez demandé dans le protocole était : Salzbourg et la Haute-Autriche, 85o.ooo âmes ; la Carniole et une ligne de la Carniole à la Save, 1.400.000 âmes ; les cercles de Bohême, 400.°oo ; total, 2.630.000 âmes. Par mon ultimatum, je demande 1 .600.000 âmes ; c'est donc un million de moins. Vous savez que j'entends renoncer aux 400.000 âmes des cercles de Bohême, à 400.000 âmes du côté de rinn ; enfin, pour dernier sacrifice, au cercle de Kla-