A. Lefebvre, III
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ranie, où d'ailleurs un armistice venait de se conclure le j6 avril entre Mortier et le général suédois Essen. Mais ils porteraient leurs principaux efforts sur des points plus directement avantageux à l'Angleterre, dans la Méditerranée, sur Constantinople et sur l'Egypte, dans l'Amérique du Sud : ces armements seraient aussi un prétexte pour ne pas augmenter les subsides consentis aux « alliés ». Cet égoïsme n'était pas fait pour resserrer les liens de la coalition. Et il n'était pas particulier au gouvernement de Londres.
Il serait possible en effet de soutenir que l1 Autriche après Eylau tint la fortune de l'Europe entre ses mains : quelle eût été la situation de Napoléon, si avec ses troupes dès longtemps préparées elle fût alors tombée sur la Saxe ou sur la Bavière ? Napoléon le disait plus tard au baron de Vincent : « Vous avez fait une sottise de ne pas m'attaquer après la bataille d Eylau; jetais dans un fier embarras \ »
L'ambassadeur de Russie à Vienne. M. de Razoumowski, essaya bien de décider l'Autriche à agir, disant combien l'occasion était favorable, unique peut-être; l'Empereur lui répondit : « Battez-les encore deux fois et je me déclare2! » En vérité, ce prince était bien exigeant, et il montrait un peu trop naïvement la volonté de ne rien risquer qu à coup sûr. Le gouvernement de Vienne trouvait même le moyen de critiquer le plan militaire des Russes, qu'ils auraient dû éviter toute offensive imprudente, se retirer derrière le Niémen, attirer les Français le plus loin possible vers l'est, pour faciliter une diversion anglaise ou autrichienne à 1 arrière.
En ce sens, selon Andréossy, il eût même préféré une victoire complète de Napoléon à Eylau qui eût entraîne l'armée
i. Schilder. L'ambassade de Tolstoï à Paris, p. 78.
2. Àff Etr. Corr de Vienne, vol. 38o, f° 90. — A. Lefebvre, Hist. des cabinets de l'Europe, III, 44.
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française sur les routes de Moscou ou de Saint-Pétersbourg ; alors il eût été possible de la prendre à revers1 : mauvais prétextes à l'inaction ; égoïsme funeste aux intérêts de la « coalition ». Il est vrai qu'après Austerlitz, le tsar Alexandre avait laissé son allié 1 empereur François en têteà-tête avec Napoléon.
Cependant tout en refusant l'intervention de ses armées, l'Autriche multipliait ses armements : c était faire au moins preuve de bonne volonté. Il était question de lever une milice de 100.000 Hongrois, de confier à l'archiduc Jean une grande armée pour envahir la Bavière ; on envoyait des émissaires dans le Tyrol ; on parlait d'un point faible dans la frontière française, vers Bàle, du côté du Doubs ; on parlait d y porter un coup mortel à la puissance de Napoléon, au cœur même; tout cela restant d'ailleurs à l'état d'intentions, tout au plus.
Napoléon, senible-t-il, s'attendait à ce que l'Autriche se prononçât d autre manière, tant cela lui paraissait naturel. Talleyrand redoublait auprès d'Andréossy ses recommandations de ménager 1 Autriche et d écrire le plus souvent possible : « Cela est très important dans les circonstances actuelles » (8 mars). Et de nouveau, le iy mars : « Sa Majesté me charge de vous recommander encore de mettre, non seulement dans vos rapports officiels avec le cabinet, mais aussi dans vos rapports personnels avec M. de Stadion, tout ce qui peut inspirer ou accroître la confiance, et prouver que de notre part le désir d'unir les intérêts des doux Etats ne saurait être plus sincère. Mais en môme temps, Sa Majesté vous recommande de tenir les yeux constamment ouverts sur les mouvements et les préparatifs militaires de 1 Autriche, d'en rendre un compte assidu et d'en informer Son Altesse seigneuriale le prince Eugène et Monsieur le
i. Aff. Étr., Corr. de Vienne, vol. 38o, f° 106.
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général Marmont avec lesquels vous devez avoir pour cet effet une correspondance régulière » l.
Napoléon estimait même nécessaire de reprendre un ton sévère, comme en novembre précédent : « Monsieur le prince de Bénévent, écrivez à M. Andréossy, et répandez partout que, indépendamment de i40000 hommes qui viennent d'arriver à mes dépôts en France, je viens de lever 80.000 hommes de la conscription de 1808 ; que je viens de créer en outre dix légions de réserve, qui sont deslinées à la défense des frontières et des côtes : ce qui me mettra à même de faire marcher sur-le-champ toute l'armée de Bretagne et de Normandie en Bavière. Parlez de ces mesures à M. de Vincent, dites-lui que cette nouvelle levée nous était inulile; que les levées actuelles de l'Autriche m'y ont décidé ; que, si elle nous donne de l'inquiétude, elle va avoir 4o.ooo hommes en Bavière;... que cela aura deux résultats, défaire dépenser beaucoup d'argent à l'Autriche et à moi, et de tendre à accroître mon état militaire, tandis qu il est bien plus simple que l'Autriche reste tranquille ;... que l'Autriche serait bien folle d'attirer chez elle le théâtre de la guerre ; et que, si l'on pouvait croire en Autriche que je suis embarrassé, je ne demande pas mieux de faire passer la revue de mon arnr'e par un officier autrichien, qui verra par ses yeux combien de troupes je puis envoyer en Bavière dans un mois... Il faut aussi que M. Andréossy parle dans ce sens, mais recommandez-lui de le faire doucement et avec prudence2. »
On juge que le navire fait eau quand les rats cherchent à s'en aller. Talleyrand se tenait dans les meilleurs termes avec Vincent, « préparait son lendemain », écrit ici M. Sorel, « flairait le reflux ». Trahison déjà? Non pas encore ;