Corr. de Napoléon, XIV
I04 LA POLOGNE. EYLAL
et puis il ne faut pas employer de ces grands mots en ce qui n'est que souple adaptation aux événements, merveille d ingéniosité diplomatique.
En cette « saison trouble », en ce « printemps fiévreux », comme dit plus loin Sorel \ Napoléon fut réellement en grand danger : la Prusse rebelle à tout arrangement et quasi provocante après tant de défaites, si l'Autriche se déclarait? Elle déclancherait cette fois sans doute la coalition de l'Europe.
La contenant p;ir des menaces, mais prudemment nuancées pour ne pas la provoquer et la jeter de colère dans les bras des alliés, Napoléon joua avec elle pendant ces quelques semaines un jeu très serré, qu'il devait reprendre en i8i3 dans une crise plus décisive.
De la même manière, il l'entretint tout ce temps dans une négociation sans doute plus dilatoire que sincère.
Le 9 mars, il écrivait à Talleyrand : « Voici ce que vous répondrez à M. de Vincent Le plan de l'Empereur dans les affaires actuelles est celui-ci : restituer au Roi de Prusse son trône et ses Etats, et maintenir l'intégrité de la Porte. Quant à la Pologne, cela se trouve contenu dans la première partie de la phrase. Si ces bases de paix conviennent à 1 Autriche, nous pouvons nous entendre. La tranquillité de l'Europe ne sera stable que lorsque la France et F Autriche, ou la France et la Russie marcheront ensemble. Je l'ai proposé plusieurs fois à l'Autriche; je le lui propose encore... Vous pouvez dire à M. de Vincent que vous êtes autorisé à signer tout traité éventuel fondé sur ces bases 8. »
Le surlendemain 1 Empereur eut lui-même un entretien avec M. de Vincent sur ce sujet, et dans des termes analogues : « Depuis longtemps, lui dit-il, il était convaincu
i. A. Sorel, VII, i33, i56.