‹ Napoléon et l'Europe; TilsitChapitre 51 sur 185 · Aff. Etr., Corr de Turquie, 11 nov. j8o6, a5 nov · texte numérisé non relu

Aff. Etr., Corr de Turquie, 11 nov. j8o6, a5 nov

Sultan Sélim en fut aussitôt convaincu. Il envoya le 23 novembre à Napoléon les expressions de la joie la plus sincère et les assurances de la plus vive amitié. « Depuis longtemps, notre désir tendait à ce que les fruits salutaires de l'arbre de l'amitié si heureusement planté dans nos cœurs vinssent enfin orner le plateau du grand jour. » La phrase était belle; l'arbre de l'amitié ne produisit pas d'abord d autres fruits.

Sébastiani vit le reis effendi et le pressa de revenir à ses bons sentiments du mois d août. Le reis-effendi déclara que la Porte était prête à l'alliance de la France, mais il fallait lui laisser le temps de s'armer dans l'intérêt même de 1 alliance; il fallait aussi tenir compte du Coran « qui défend de verser le sang humain et ne permet la guerre que dans le cas de la légitime défense ».

On enverra donc un ambassadeur au quartier général de 1 Empereur; on s'entendra avec lui sur la Pologne : peut-être la Porte avait -elle peur que la Pologne ne s'étendît de nouveau jusqu'à la mer Noire comme au temps de sa plus grande puissance. Tout cela pouvait demander du temps, assez pour voir venir les événements.

Mais ils se précipitèrent. Les Russes, sous le commandement du général Michelson, franchirent tout à coup le Dniester et entrèrent en Moldavie ; ils déclarèrent d'abord qu ils n'avaient pas appris la réintégration des hospodars, puis que cette mesure, isolée, insuffisante, prise de mauvaise grâce, ne donnait pas encore toutes les garanties nécessaires sur les intentions de la Porte. D'ailleurs, ils se présentaient avec les aiïir mations les plus pacifiques, qu ils ne voulaient que « rétablir les anciens rapports des traités, arrêter la domination française qui menaçait la Porte d'un asservissement total, paralyser les efforts de 1 ambassadeur Sébastiani à Constanlinople, et faire face au besoin aux troupes françaises delà Dalmatie ». Tel fut le sens du manifeste lancé par le général Michelson en entrant sur le territoire ottoman.

IlS CONSTANTINOPLE ET FINK.ENSTEIN

Et l'ambassadeur russe à Constantinople déclarait, au nom de son gouvernement, que la Moldavie et la Valachie seraient entièrement occupées si la Porte ne renouvelait pas et tant qu'elle ne renouvellerait pas son traité d'alliance de 1798 avec la Russie et l'Angleterre et ne déclarerait pas la guerre à la France.

La Porte fut ennuyée, elle aurait préféré ne pas se prononcer. Toujours plus sensible aux menaces les plus proches, elle fut prête encore à céder aux volontés de la Russie. Sébastiani intervint énergiquement, lui fit honte de sa pusillanimité qui ne la sauverait point, lui rappela les ambitieux desseins de la Russie sur Constantinople même, le soulèvement de Kara Georges en Serbie certainement excité par le gouvernement russe, lui démontra par les faits acquis cette froide et impitoyable entreprise tendue vers la destruction totale de la Turquie : il fallait à tout prix 1 arrêter, faire front sur le Danube pendant que 1 empereur Napoléon tomberait sur les derrières de l'envahisseur et le châtierait de sa témérité.

Sébastiani fut soutenu par une nouvelle intervention de l'Empereur lui-même, une nouvelle lettre au sultan, du Ier décembre 1806, d'un ton irrésistible : « La Prusse, qui s'était liguée avec la Russie, a disparu; j'ai détruit ses armées et je suis maître de ses places fortes. Mes armées sont sur la Vistule et Varsovie est en mon pouvoir. La Pologne prussienne et russe se lève et forme ses armées pour reconquérir son indépendance. C'est le moment de reconquérir la tienne. Chasse les hospodars rebelles... Remets en place tes vrais serviteurs et les hospodars de ton choix... Fais marcher tes troupes sur Choczim ; tu n'as plus rien à craindre de la Russie... Si tuas été prudent jusqu'à cette heure, une plus longue condescendance envers la Russie serait faiblesse et perdrait ton empire * . »

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