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De Clercq, Recueil des traités de la France, II

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Le même jour, une convention militaire régla les détails de l'occupation du Portugal. L'Espagne eût voulu en être chargée seule ; Napoléon tint à l'y aider, et même à prendre la plus grosse part de la besogne.

Le 1 8 octobre, Junot passa la Bidassoa, les troupes espagnoles se mirent en mouvement sur Porto et sur les Algarves. Le Moniteur du i3 novembre annonça la chute de la maison de Bragance, comme, deux ans auparavant, la chute des Bourbons de Naples. Le 27 novembre, le régent de Portugal s'embarqua pour le Brésil, avec la vieille reine. Le 3o, Junot entra à Lisbonne. Le Portugal était conquis.

A ce moment arrivèrent à Paris d'extraordinaires nouvelles de Madrid : l'arrestation du prince des Asturies accusé de conspiration contre son père, l'instruction de son procès, la menace de sa déchéance. Les derniers Bourbons régnants se déchiraient eux-mêmes.

La pensée de Napoléon s'attacha aux destinées de cette malheureuse Espagne, un pays à « régénérer », c'est-à-dire à confisquer.

Le général Savary, envoyé par Napoléon à Saint-Pétersbourg, y fut assez froidement accueilli par la haute société russe1; l'alliance franco-russe n'y était pas populaire, et ce fut une des raisons pour lesquelles Napoléon ne s'y attacha point : car, à supposer Alexandre disparu, d'une mair ou de 1 autre, quel fond faire, dans de telles conditions, sur la politique du gouvernement de Saint-Pétersbourg ? Il est

1. Cf. Albert Vandal, Napoléon et Alexandre /', l. I. p. 112 et s. — Les dépèches de Savary. qui sont aux Archives Nationales. AF. IV. 1697, ont ctc publiées par A. Vandal, dans la Revue d'histoire diplomatique, juillet 1890.

vrai que le gouvernement de Saint-Pétersbourg n'avait rien gagné aux traités de Tilsit, rien qui pût l'attacher lui-même à l'alliance française.

Les dépêches de Savary informèrent l'Empereur de l'état de l'opinion russe ; elles traitèrent aussi de questions moins graves, de tableaux, de toilettes, de la nécessité de « polir les mœurs » de la société pétersbourgeoise, en y envoyant, par exemple, des acteurs et des actrices de Paris. Il eut au reste les rapports personnels les plus cordiaux avec le tsar Alexandre qui se plut à continuer avec lui « l'air de Tilsit ». Lorsqu'à près le bombardement de Copenhague, on put redouter un semblable attentat sur Cronstadt, Alexandre l'y emmena pour inspecter les défenses et lui demanda des conseils : ce qui rappelle un peu le rôle de Sébastiani à Constantinople. Et le tsar lui disait son grand désir de « nationaliser » l'alliance française en Russie ; il en cherchait les moyens; il proposait de multiplier le nombre des personnes qui en défendraient le principe et en célébreraient les avantages ; par exemple, l'Empereur pourrait se faire représenter à Saint-Pétersbourg par un ministre particulier comme roi d'Italie ; ce royaume ainsi, disait-il, « cesserait d'être circonstanciel ». N'y faut-il pas voir l'arrière-pensée de marquer la séparation entre l'Italie et la France ? Ce n'était pas pour plaire extrêmement à Napoléon.

Mais l'Empereur ne se payait pas de phrases ni de sentiments; il poussait son action diplomatique.

Le 14 septembre et le 9 octobre, Champagny adressa d'importantes dépêches à Savary : — Il y rappelait les engagements pris par les deux puissances à Tilsit, et il en tirait dans les termes les plus précis les conséquences suivantes : La médiation française s'est exercée entre la Russie et la Porte ; elle a déjà abouti à l'armistice de Slobodzié entre leurs armées, et la Porte se déclare prête à traiter ; il faut donc que la cour de Saint-Pétersbourg donne des pleins pouvoirs pour

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cela à son ambassadeur à Paris, M. de Tolstoï : « En attendant, il est à désirer que l'évacuation de la Yalachie et de la Moldavie ait lieu conformément au traité de Tilsit et à l'armistice » ; on a été étonné d'apprendre, par les dernières nouvelles reçues de la Yalachie, que l'évacuation commencée par les Russes a été suspendue.

D'autre part l'Angleterre refuse de traiter ; donc il faut sans tarder lui déclarer la guerre ; cette nécessité est devenue pressante depuis les événements de Copenhague ; il faut aussi agir sur la Suède, comme la France agit sur le Portugal, pour l'obliger à se prononcer contre l'Angleterre et à entrer dans le système continental \

La Russie eût sans doute de beaucoup préféré le contraire, c'est-à-dire que la Turquie refusât de traiter et que 1 Angleterre y consentît.

Mais la position ainsi prise par Napoléon était très forte ; elle était solidement appuyée sur les traités ; c'était l'air de Tilsit, mais « l'air noté >>. N'admettant pas un moment la pensée que le gouvernement russe pût ne pas tenir ses promesses, Napoléon indiquait la manière d'agir contre l'Angleterre sur la Suède : si la Suède cédait aux sommations qui allaient lui être adressées et qu'elle se décidât à traiter, il suffisait d'y spécifier son adhésion au blocus continental et au principe de la liberté de la Baltique ; Napoléon ratifierait tout, il n'avait même pas besoin qu'elle le reconnût comme empereur ; il lui était indifférent qu'elle y consentît comme il lui avait été indifférent qu'elle s'y refusât. — Si au contraire, elle restait alliée à l'Angleterre, il fallait qu'une année russe entrât en Finlande, pendant qu'une armée française passerait en Scanie par le Danemark : car désormais il ne fallait « plus de neutres sur le continent ».

La Russie s'exécuta ; elle adressa une note à la Suède le

i. Aff. Etr. Corr. de Rtissu>. vol. 1 4 4 ^ f06 201, a44-

24 septembre, elle y rappela les traités de 1780 et de 1801 qui avaient constitué deux fois la ligue des neutres; mais elle ne fit point de sommations ; elle invita seulement le gouvernement de Stockholm à s'entendre avec elle pour les mesures à prendre1. Elle n'avait pas le désir de s'engager à fond; ce n'était pas le sens de ses ambitions et de ses intérêts.

En effet le chancelier Budberg venait d'être remplacé par le comte de Roumianlzoff. Celui-ci, fils d'un général qui s'était distingué sous Catherine II dans les guerres contre les Turcs, allait être au ministère un « Oriental », c'est à-dire consacrer tous ses efforts à la réalisation du « projet grec ». Il s'en expliqua très cordialement et franchement avec Savary : il lui déclara que c'était la condition et que ce serait la base inébranlable de l'alliance qui en deviendrait « une alliance de siècle ».

Rien de plus exact sans doute; mais était-ce possible? Et, un siècle plus tard, de nos jours, le gouvernement français, qui n'a pas la puissance ni les ambitions de Napoléon, donnerait-il une telle base à l'alliance franco- russe ?

Le gouvernement russe avait désigné pour l'ambassade de Paris le lieutenant-général comte Tolstoï ; c'était un ennemi de la France, et il ne le cachait guère ; il accepta cette mission sans joie, « comme un service commandé ». Il n'y avait pourtant pas lieu de s étonner de ce choix ; il n'y avait pas mieux à la cour de Saint-Pétersbourg 2.

Tolstoï passa par Memel où était la cour de Prusse ; il manifestait la plus profonde sympathie pour les épreuves qu'elle \enait de subir, et il était résolu à lui donner tout son dévouement ; il ne retenait du traité de Tilsit que les premiers articles, ceux qui avaient rendu au roi de Prusse une part de ses Etats, et il ne voulait s'appliquer qu'à la restau-

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