LA BARRIERE DE L EST
Marseille avait hérité de l'ancienne activité commerciale de Gênes et de Venise. Il est vrai de dire que l'Orient était à la fin du xvnie siècle la plus belle des « colonies » françaises.
Toute cette politique orientale se recommandait par les avantages particuliers qu'elle assurait à la France dans sa lutte séculaire contre la maison d'Autriche, et par les bénéfices généraux, politiques et économiques qu'elle lui réservait dans l'importante région de la Méditerranée orientale.
Il n'est pas étonnant que la France monarchique ait refusé d'y renoncer et de mettre franchement sa main dans celle de la Russie lorsque celle-ci s'offrit à cette alliance à deux reprises au xvme siècle. Quand Pierre le Grand vint à Versailles en 17 17, il semble bien qu'il proposa à la France « de lui tenir lieu de Suède » ; Charles XII avait échoué dans toutes ses entreprises, venait de perdre encore Stralsund, et la décadence de la Suède paraissait irrémédiable .
Le Régent ne consentit qu'à la négociation d'un traité de commerce. Un peu plus tard il fut question du mariage de Louis XV avec la fille de Pierre le Grand, Elisabeth, et l'on raconte qu'elle garda longtemps pour le séduisant roi de France un tendre sentiment1. Le mariage ne se fit pas, malgré l'exemple donné par un lointain ancêtre de Louis XV, Henri Ier.
En vérité les raisons qui unissaient la France aux ennemies naturelles de la Russie, Suède, Pologne, Turquie, avaient encore leur valeur à cette date. La lutte de la France avec la maison d'Autriche n'était pas finie ; les guerres de la Révolution et de l'Empire allaient le prouver; la France n'avait pas de plus puissante ennemie que l'Autriche ; à la poursuite de ses frontières naturelles des Alpes et du Rhin, elle ne rencontrait pas d'autre obstacle redoutable que le