‹ Napoléon et la paixChapitre 100 sur 148 · RECHERCHE DE SOLLTIOXS PACIFIQUES · texte numérisé non relu

RECHERCHE DE SOLLTIOXS PACIFIQUES

guerre de ia part de la Prusse. Après être reste un moment absorbé dans ces réflexions, il congédia M. de Haugwitz en lui disant : « Au plaisir de vous revoir. »

Nous n'allons certes pas jusqu'à nous porter garant ici qu'il n'y eût rien de prémédité dans l'attitude et le langage de Napoléon. II était doué d'une finesse suffisante pour avoir calculé d'avance les prises qu'il avait sur le diplomate prussien, et de quelle manière il conduirait la discussion afin d'arriver à une solution qui assurerait la tranquillité et la grandeur de la France. Cependant, d'après ce qu'il mandait l'avant-veille encore à l'Electeur de Wurtemberg, il semble qu'il eût été bien embarrassé de dire exactement où il en était avec la Prusse. « Ni vous, ni moi, ni le cabinet de Berlin lui-même, écrivait-il, ne savons ce que veulent les armées prussiennes (l). 55 Mais ce qui paraît péremptoirement démontré et sera confirmé par la suite, c'est qu'on cbercherait en vain dans ces épisodes le chef d'armée impétueux toujours prêt à entreprendre la guerre et à provoquer les incidents qui doivent la rendre inévitable. On conviendra que Poccasion était favorable pour commencer les hostilités contre la Prusse. Et qu'avons-nous vu? Qu'allons-nous voir? C'est Napoléon empressé à trouver des solutions pacifiques aussi bien avec la Russie qu'il n'a pas poursuivie qu'avec l'Autriche avec laquelle il est en train de négocier, et qu'avec la Prusse à laquelle il va imposer l'alliance de la France, rêve suprême qui doit assurer la paix continentale.

Après l'algarade véhémente qu'il venait de faire à AI. de Haugwitz, l'Empereur ayant réfléchi quelques instants s'était pris à regretter sincèrement que la paix fût peut-être déjà signée avec l'Autriche et que les concessions accordées à celle-ci ne risquassent de devenir un sujet de querelle avec la Prusse; alors son cerveau fut traversé par l'idée qu'il pouvait, si les circonstances

(1) Correspondance de Napoléon I", XI, 474.

le permettaient eucore, tirer un grand parti de la présence de l'ambassadeur prussien et transformer en mission pacifique le voyage de M. de Haugwitz. Celui-ci, qui devait apporter la guerre, serait utilisé comme facteur important de la paix. Grâce à lui, Napoléon ferait concevoir à l'Autriche la crainte d'une alliance franco-prussienne et vice versa il influencerait la Prusse par la perspective d'une entente immédiate avec l'Autriche. Aussi un éclair de satisfaction brilla-t-il dans ses yeux quand, peu de temps après la sortie de M. de Haugwitz, il reçut de M. de Talleyrand un message lui annonçant que rien n'était encore conclu avec les plénipotentiaires autrichiens qui venaient de déclarer qu'avant de signer ils devaient envoyer une estafette à leur Cour, attendu que leurs pouvoirs n'étaient pas suffisants relativement à certains points du traité (1). Au fond l'Autriche, autant qu'elle le pouvait, retardait la conclusion, dans l'espoir que l'intervention de la Russie et de la Prusse se produirait sous une forme quelconque (2).

Aussi prompt sur le terrain diplomatique que sur le champ de bataille à profiter des fausses manœuvres de ses adversaires, Napoléon, d'un coup d'œil, aperçut de quelle manière il prendrait avantage des hésitations des Autrichiens. C'était sa qualité maîtresse de dégager instantanément le côté pratique des questions qui nécessitaient une solution immédiate. Cette qualité s'alliait intimement à la tendance de son esprit qui l'attachait plutôt aux choses du présent qu'à celles de l'avenir. C'est ainsi qu'il ne parvenait ni à concevoir pour son propre compte, ni à pénétrer chez les autres les combinaisons lentes et sinueuses qui constituent ce qu'on appelle la poUtique étrangère. Soit qu'il y fût mal préparé par son éducation, soit que son désir de tout faire par lui-même lui en retirât le temps et les moyens, le fait est qu'il ne conduisit pas les affaires extérieures en vertu

(1) Lettres inédites de Talleyrand à Napoléon, p. 217.

(2) Mémoires d'un homme d'État, IX, 43.

Page 1