‹ Napoléon et la paixChapitre 101 sur 148 · NAPOLÉON ET LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE · texte numérisé non relu

NAPOLÉON ET LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE

d'un système fixement orienté vers un but déterminé. C'est en ne reliant pas au programme formel des puissances tous leurs actes qui étaient cependant les anneaux d'une même chaîne, c'est en traitant chaque point isolément pour ainsi dire et en recherchant presque toujours des arrangements amiables, qu'il lui est arrivé si souvent de se laisser duper. Mais, quand une affaire d'une gravité patente se présentait soudain, il la résolvait avec son tempérament de soldat toujours prêt à faire face de tous côtés, à surmonter tous les obstacles et à briser toutes les résistances

Dans le sens que nous indiquons, il s'est défini lui-même en ces termes : « Je débutai en diplomatie comme j'ai fait ailleurs par les armes... Le vrai est que je n'ai jamais été le maître de mes mouvements ; je n'ai j amais été réellement tout à fait moi. . . J'avais beau tenir le gouvernail, quelque forte que fût la main, les lames subites et nombreuses l'étaient bien plus encore... Quand de vrais amis, mes chauds partisans me demandaient, dans les meilleures intentions et pour leur gouverne, où je prétendais arriver, je répondais toujours que je n'en savais rien... Ils en demeuraient frappés^ peut-être mécontents, et pourtant je leur disais vrai... (1). 5>

Nous n'ignorons pas qu'en d'autres passages de ses confidences à Sainte-Hélène, il a parlé pompeusement de vastes projets à longues échéances, rêves grandioses communs à tous les mortels, mais qui n'impliquent nullement une direction ferme dans la pratique des choses. Et nous pensons que, dans une autobiographie, il faut retenir surtout les discours qui sont d'accord avec l'ensemble des actes que corroborent les instructions reçues par les agents au cours d'un règne. Or ces actes et ces instructions révèlent exclusivement, nous semble-t-il, un homme qui, dans la politique internationale, emploie sa force intellectuelle pour résoudre, au fur et à mesure qu'elles sur-

(1) Mémorialde Sainte-Hélène, II, 35-36.

gisseni, les mille difficultés avec lesquelles son gouvernement est aux prises.

Rendons la parole à M. de Haugw/itz pour raconter de quelle façon Napoléon sut promptement faire tourner en sa faveur la présence de ce diplomate dans le camp français et les hésitations des Autrichiens à conclure la paix. « J'étais rentré chez moi depuis quelques heures, relate M. de Haugwitz, lorsque je vis apparaître Duroc. Il m'informa que le courrier de Talleyrand était arrivé et que l'Empereur désirait m'entretenir immédiatement. Je partis avec Duroc pour Schœnbrunn et je fus conduit sur-le-champ dans le cabinet de Marie-Thérèse où se tenait Napoléon. Sans préambule et avec volubilité, d'un air radieux, celui-ci dit : « La paix n'est pas signée. On a élevé des difficultés sur des misères. C'est une chance. C'est peut-être le génie de la France et de la Prusse qui a arrêté la plume des Autrichiens. Cependant cette fois-ci ils pourraient bien s'en repentir. Voilà ce que c'est que la chance. Ce matin encore, je croyais que la guerre avec la Prusse était inévitable et maintenant, si vous le voulez, si vous pouvez signer avec moi le traité que je vous proposerai, vous aurez ce qui, au bout du compte, doit vous intéresser prodigieusement, et moi j'aurai un gage de l'amitié du Roi, et l'union entre la Prusse et la France sera établie à jamais. 5' Haugwitz ne pouvait en croire ses oreilles. En une sorte d'état d'hébétude, il regardait alternativement Napoléon qui tournait à pas saccadés dans le salon et Duroc, personnage absolument muet, assis dans un coin à une table où, depuis le commencement de l'entretien, il jouait machinalement avec une plume et un encrier... « Ecrivez, Duroc, dit tout à coup l'Empereur. » Alors, aiec sa vivacité et sa lucidité naturelles, il dicta le traité dont voici le résumé :

Alliance défensive et offensive entre les deux Etats.

La Prusse cédait à la Bavière le pays d'Anspach et à la France, pour en disposer à son gré, Clèves et Neuchàtel.

Page 1