LES FETES DE STRASBOIRG
culteuis fiers de leur costume ualioual au large gilet rouge et au chapeau noir orné de larges bords. Plus loin, les boucliers en veste écarlate avaient amené un superbe taureau aux cornes dorées et les jeunes filles conduisaient des brebis immaculées. Les boulangers tout habillés de blanc avaient élevé une montagne de brioches festonnées de branches de laurier. Les serruriers et les maréchaux ferrants, avec leurs tabliers de cuir, les bras nus, forgeaient une couronne de laurier dans un immense fer à cheval. Enfin, les pécheurs avaient tenu à montrer, garnie de verdure et de rubans, une nacelle dans laquelle nageaient deux grands brochets et une énorme carpe du Rhin (1).
L'Empereur dut s'arrêter deux jours à Strasbourg afin de satisfaire l'enthousiasme des populations accourues de tous les points de l'Alsace pour acclamer le héros de la merveilleuse campagne d'xAutriche. Tout en s'efforçant de paraître heureux et souriant, il avait l'esprit ailleurs qu'à ces fêtes bruyantes qui sont en quelque sorte la rançon de la victoire. 11 avait hâte de rentrer à Paris, ou s'était déclarée une crise financière à laquelle il entendait mettre bon ordre en arrivant. C'est ainsi que par opposition aux arcs de triomphe chargés de trophées éclatants, aux bals resplendissants de lumières, aux illuminations élincelantes de Strasbourg, on put voir, le 26 janvier à onze heures du soir, une toute petite lueur à travers les rideaux des Tuileries. Elle éclairait le cabinet de l'Empereur qui, rentré incognito à neuf heures et demie à travers la ville noire et déserte, travaillait avec le ministre du Trésor public qu'il avait mandé sur-le-champ (2).
C'est à Vienne que Napoléon avait été instruit par son frère Joseph qu'un déficit — avoué alors de quatre-vingts millions, mais qui était en réalité de cent quarante et un millions ■ — avait été constaté dans le portefeuille du Trésor. En apprenant celte
(1) Relations des fêtes données par la ville de Strasbourg à Leurs Majestés Impériales et Royales, les 22 et 23 janvier 1806, et leur retour d'Allemagne.
(2) Le Publiciste du 28 janvier 180G.
nouvelle, l'Empereur s'était écrié : « Si j'avais été battu, la Coalitiou n'avait pas d'allié plus puissant que le ministre du Trésor public (l). » Pour comprendre l'état d'esprit de l'Empereur, ou doit se rendre compte de la valeur, il y a cent ans, des sommes dont il est question ici. Le déficit annoncé était presque égal — il était en réalité supérieur — à l'indemnité de guerre exigée de l'Autriche après une campagne fort dispendieuse ; enfin cette première faute pouvait amener la découverte de beaucoup d'autres plus graves encore. Si l'on songe qu'il n'y eut peut-être jamais un homme plus pointilleux que Napoléon en matière de désordre ou de malversation dans les finances, on comprendra quels soucis le hantaient et avec quelle impatience il attendait l'heure de son retour à Paris. Il avait pressé de tout son pouvoir le dénouement des contestatioas politiques de Schœnbrunn, de Vienne et de Presbourg. Là, comme au milieu des fêtes données à iMunich et sur son parcours, il devait dissimuler l'inquiétude qu'il éprouvait et conserver l'air de l'homme satisfait sous tous rapports, nullement préoccupé des bruits qui couraient sur la mauvaise situation du Trésor.
La dilapidation des finances de l'Etat avait eu lieu par l'incurie et l'excès de confiance du ministre AI. de Barbé-Marbois. Celui-ci s'était laissé jouer par des faiseurs qui opéraient de connivence avec le fonctionnaire chargé du dépôt des titres. Chaque génération, chaque règne voit surgir trois ou quatre fortunes colossales, réalisées, comme en des miracles éblouissants, par des spéculateurs dont on soupçonnait à peine l'existence quelque temps auparavant. Ces hommes habiles, rehaussés par le prestige d'une admirable réussite, ne tardent pas à en imposer aux gens les plus méfiants. Les membres du gouvernement euxmêmes en arrivent aisément à les croire doués de vertus magiques quand ils les voient réaliser des bénéfices fabuleux dans
(1) Correspondance de Napoléon I", Xi, 496.
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des combinaisons extraordinaires qui, en d'autres mains, sembleraient vouées d'avance à la stérilité et à la débâcle.
Le protagoniste de l'entreprise sur le Trésor public était un ricbissime munitionnaire, J. Ouvrard. Obscur fournisseur des armées, mais servi par une conscience exempte de scrupules, il avait su sous le Directoire édifier une fortune énorme sur la ruine générale et la détresse de la patrie. Nul mieux que lui n'a connu les délices de la considération qui s'attache de tout temps à l'opulence bien ou mal acquise. Il a pu dire, en un jour d'orgueil, qu'il avait « pour portiers trois ministres d'Etat (1) )> . Le fait n'était pas tout à fait dénué de vérité. Propriétaire du Raincy, ancien domaine du duc d'Orléans, Ouvrard y pratiquait une hospitalité somptueuse. Occupant lui-même le château sur la hauteur, il mettait à la disposition de ses invités des pavillons situés en avant de sa demeure. Trois de ces résidences furent un moment habitées par Talleyrand, ministre des Relations Extérieures, Bertbier, ministre de la Guerre, et Décrès, ministre de la Marine.
Le ministre du Trésor public subit à son tour Tinvincible attraction d'une magnificence qui réalisait les fictions orientales les plus chatoyantes. AL de Warbois, fort honnête homme
— à la droiture duquel l'Empereur ne tarda pas à rendre justice
— fut ensorcelé par Ouvrard et trois autres tripoteurs émérites. Ils l'avaient étourdi par leurs projets fantasmagoriques qui ne consistaient en rien moins qu'à affermer toute l'Espagne. Ce n'était selon eux qu'une affaire de temps. Ils faisaient grand étalage de toutes les pièces relatives à l'achat de ce monopole peu banal et ils apportaient la preuve positive qu'en attendant mieux ils avaient obtenu du ministère espagnol le privilège des fournitures d'alimentation de tous les objets nécessaires à la consommation du Mexique. C est au moyen du mirage des
(1) Mémoires de Constant, Ml, 4S. Edition de liruxelles.
fralions d'or existant réellement dans ce pays qu'ils captèrent la confiance du ministre français, qui avait besoin d'or pour le service des caisses publiques. Il s'était laissé tenter d'abord par une diminution de trois pour cent que cette société lui accordait sur l'escompte des bons du Trésor; mais pelit à petit les rôles s'intervertirent et ce furent les escompteurs de la veille qui empruntèrent à l'Etat contre le dépôt de leurs valeurs mexicaines. 11 faut rendre celte justice à M. de Barbé -Alarbois qu'il avait vérifié minutieusement les titres des créances et les patentes de ces hardis spéculateurs. Il avait reconnu, ce qui était tout à fait vrai, à l'actif de ces financiers, la possession de grandes richesses et de grandes espérances de rev enus situés au Mexique. Après cet examen, il leur ouvrit un crédit considérable et accepta leur papier de commerce tellement et si bien que le portefeuille se trouva un jour garni de traites espagnoles représentant un total de cent quarante millions payables en galions du Mexique, c'est-à-dire absolument irrécouvrables. Le ministre n'avait perdu de vue qu'une chose, cependant capitale en l'espèce, c'est que jamais les Anglais ne laisseraient passer, sans les confisquer, des vaisseaux espagnols ni français chargés de matières précieuses.
Le ministre du Trésor public et ses complices furent appelés à comparaître devant l'Empereur, à huit heures du matin, le lendemain de son arrivée à Paris. Les banquiers étaient Ouvrard, Vanlerberghe et Després. Le commis du ministère, accusé d'avoir présenté au ministre de fausses situations du portefeuille et qui, dit-on, avait reçu un million pour ses services (1), se nommait Roger. La scène fut terrible. " Il me semblait, rapporte Mollien, que la foudre tombait du plus haut du ciel sur des individus sans abri (2). 55 Cet ouragan n'eut pas les dures conséquences que pouvaient redouter les coupables.
(1) MoLLiK\, Mémoires d'un ministre du Trésor public, I, V35.
(2) Ibid., I, V:J().
LA DILAPIDATIOX DES FIXAXCES 463
L'Empereur n'ordonna aucune poursuite; il exigea seulement, de la part des financiers, le versement au Trésor de tout ce qu'ils possédaient jusqu'à concurrence de quatre-vingt-sept millions de francs (1). Il révoqua le commis aux finances qui rendit son million; enfin M. de Marbois fut invité à prendre sa retraite (2). Disons en passant que ce dernier fut bientôt relevé de sa disgrâce, car on le vit sénateur de l'Empire et président de la Cour des comptes (3).
II serait ridicule de penser que l'Empereur s'était promis d'être indulgent envers les misérables qui avaient fait courir à la France le danger effroyable d'être sans ressources pour se défendre contre l'Europe coalisée. Comme tout autre, à sa place, qui aurait appris un pareil méfait, il était entré dans une fureur extrême. Durant le trajet de Vienne à Paris, il roulait dans sa tête les mesures les plus violentes, allant jusqu'à faire fusiller les criminels sans procès. Il en fait la confidence à son frère Joseph en même temps qu'il lui raconte l'épilogue de cet incident : « 11 m'a fallu, dit-il, beaucoup de temps pour arranger les affaires d'ici et pour faire rendre gorge à une douzaine de fripons à la tête desquels estOuvrard, qui ont dupé Barbé-AIarbois à peu près comme le cardinal de Rohanl'aété dans l'ilffaire du Collier, avec cette différence qu'ici il ne s'agissait pas moins de quatre-vingt-dix millions. J'étais bien résoluà les faire fusiller sans procès. Grâce àDieu, je suis remboursé. Cela n'apas laissé que de me donner beaucoup d'humeur. Je vous dis cela pour vous faire voir combien les hommes sont coquins. \ ous avez besoin de savoir cela, vous qui êtes à la tête d'une grande armée et bientôt d'une grande administration. Les malheurs de la France sont toujours venus de ces misérables (4). »
(1) Coirespondance de Napoléon /", \II, lô.
(2) iIoi,i.iE\, I, V:J7.
(3) Sourenirs de Menneval, p. 142.
(4) Coirespondance de Xapoléon I", XII, 20.
4GV XAPOLEOX ET LA PAIX
Les mesures relalivement bénignes prises par l'Empereur peuvent surprendre car, en une telle conjoncture, c'eût été pour lui une belle occasion d'exercer celte rigueur dont il aurait été couturaier, au dire de ses biographes ordinaires. Eh bien , selon ceux qui, à l'instar de \Iollien, ne furent pas des courtisans, ce tyran ne sévissait que le jour où la nécessité de gouverner lui en faisait un devoir. Dans le cas présent, il se croyait désintéressé par le remboursement de quatre-vingt-sept millions puisqu'on lui avait caché le surplus du déficit; c'était pour lui l'essentiel; et les idées vindicatives l'ahandonnèrent aussitôt. La réflexion, l'étude plus approfondie de l'affaire lui montrèrent qu'il ne pourrait châtier Ouvrard et les autres sans frapper d'une punition exemplaire le parfait honnête homme qu'était Barbé-Marbois. Alors il se demanda s'il avait bien fait lui-même tout ce qui lui appartenait pour prévenir de tels malheurs ; si, par manque de surveillance, il ne lui incombait pas une part de responsabilité dans les exactions qui avaient été commises.
Avec une loyauté assez rare il reconnut que la mauvaise organisation des services ne permettait pas un contrôle efficace et que par conséquent il y avait de sa faute personnelle. Celte pensée suffit à désarmer sa sévérité. Et, s'il avait agi de la sorte avant la campagne de 1805, on supposerait qu'il le fit par crainte de discréditer plus qu'elles ne l'étaient les finances françaises. Mais en vérité, au lendemain de ses triomphes, son gouvcrncnienl offrait assez de garanties pour le dispenser de scrupules de ce genre. On doit toutefois tenir compte de ce fait que, soit par nature, soit p;ir appréhension des critiques de l'Europe, il était ennemi de tout scandale dans les affaires intérieures de l'Etat. Celte remarque ne serait pas encore pour renforcer lesjugements défavorables qui ont été portés contre lui.
Après un conseil qui dura neuf heures, il nonmia M. Mollien ministre du Trésor public. Les jours suivants furent employés, sans désemparer, à perfectionner les rouages administratifs du
AiilîH I:E de ai. de HAIGUITZ A l'AHIS '«65
ministère afin qu'aucun abus, si petit fùt-ii, ne pût dorénavant passer inapeiçu. Les efforts de Napoléon et de sou nouveau ministre du Trésor public ne furent pas infructueux ; le cours de la rente 5 pour 100, qui était à 50 francs au mois de mars, atteignit 73 francs à la fin de l'année (l).
C'est pendant que TEmpereur était aux j)rises avec ces préoccupations financières que M. de Haujjwilz, envoyé par le roi de Prusse pour appuyer ses nouvelles revendications, arriva à Paris, le i ' février. AI. de Hauguitz, daus sa fatuité, ne doutait point de l'accueil empressé qui l'attendait et il se flattait probablement du plaisir que Xapoléon aurait à le revoir. Il éprouva déjà un très vif désappointement quand il dut constater qu'il n'obtenait pas une audienre immédiate. Sou désenchantement perce daus les ])remières ligues qu'il écrit au Roi : et Ce ne fut, dit-il, que le 3 février que je pus arrivei' à voir M. de Talleyrand. Il me reçut avec politesse mais avec peu d'empressement de me taire obtenir une audience de l'Empereur. Celte froideur ne lui appartenait pas. Comme j'ai eu lieu de m'en convaincre par la suite, elle lui avait été j)rescrile (2). » Lu avenir très raj)proché allait compléter la désillusion de M. de Haugwitz.
Le surlendemain, M. de Talleyrand remit au ministre prussien une note qui lui produisit l'efièt d'un couj) de massue. « Le ministre des Relations Extérieures, disait cette note, a reçu l'ordre exprès de Sa Majesté l'Empereur de faire connaître à M. de Haugwitz, à la première enlievue, que par défaut de ratification dans le temps prévu Sa Majesté ne saurait regarder le traité conclu à Vienne comme existant; que Sa Majesté ne reconnaîtra à aucune puissance et moins à la Prusse qu'à toute autre parce que l'expérience a prouvé qu'il fallait parler clairement et sans détour, le droit de modifier les différenls articles
(1) Thhmidkau. V, loi).
(2) Ha\kk. Hanlctihri-ijs r'ujrnltand'njr Mrmo/rcu, II, V63.
d'uu traité; que ce n'eslpaséchanger des ratifications que d'avoir deux textes différents d'un même traité et que l'irrégularité paraît encore plus grande si l'on considère les trois ou quatre pages du mémoire ajoutées aux ratifications de la Prusse... iMais en même temps le soussigné est cliargé d'ajouter que Sa Majesté l'Empereur désire toujours que les différends survenus dans ces dernières circonstances entre la France et la Prusse se terminent à l'amiable et que l'ancienne amitié qui avait existé entre elles continue à subsister comme par le passé. Sa Majesté désire même que le traité d'alliance offensif et défensif, s'il est compatible avec les autres arrangements de la Prusse, soit maintenue et assure les liaisons entre ces deux Etats (1). ^ Cette note, l'Empereur avait recommandé de la rédiger « nette et sévère » . On voit qu'il avait été servi à souhait. Toutefois, pour en pallier l'effet, pour éviter par exemple que l'envoyé prussien ne repartît sans explications, il avait dit h. Talleyrand ; « Vous ajouterez de vive voix tous les adoucissements, toutes les modifications, les allusions qui puissent faire croire à M. de Haugwitz que cela est une suite de mon caractère; qu'on est piqué de la forme mais qu'au fond on est dans les mêmes sentiments pour la Prusse (2). «
Ces paroles n'avaient certainement d'autre but que de rendre moins sensible chez M. de Haugwilz le choc d'une cruelle déception. Napoléon ne voulait ni tromper, ni gagner du temps, car il était déterminé à donner dès le lendemain la preuve que ses dispositions pour la Prusse avaient varié considérablement depuis l'entrevue de Schœnbrunn. Donc, le lendemain qui était le 9 février, l'Empereur reçut en audience M. de Haugwitz. C'est à celui-ci que nous empruntons le détail de l'entretien. Son premier soin dans son rapport au Roi est de sauver son amour-propre. Il n'a pas oublié qu'il a donné à Berlin l'assurance
(1) Correspondance de Napoléon I", XII. 4.
(2) Ibid., XII, 5.
PREAÎIKRE DKGEPTIOX DE M. DE HAIGWITZ Vfi7
fort hasardeuse qu'il ferait de Xapoléou ce qu'il voudrait ; aussi ne croit-il pas du tout dépasser les limites de la modestie, en mettant dans la bouche de l'Empereur des phrases comme cellesci : « Si un autre que moi avait négocié avec vous à Schœnhrunn j'aurais cru que vous l'aviez acheté. Mais, il faut bien que j'en convienne, le résultat n'a été dû qu'à vos talents et à votre mérite. Vous étiez à mes yeux le premier homme d'Etat de l'Europe et vous vous étiez couvert d'une gloire immortelle... D'où vient que vous, comte Haugwitz, qui êtes fait pour inspirer de la confiance à tout le monde, vous n'ayez pas celle de votre maître (1)? 55 Ces petits airs de flûte, que AI. de Haugwitz notait avec tant de complaisance, exagéraient peut-être les flatteries de l'Empereur. Mais, sous la plume de l'ambassadeur, ils avaient pour objet de justifier sa vantardise et aussi de rappeler à Berlin combien on avait eu tort de ne pas accepter d'enthousiasme ses combinaisons géniales de Schœnbrunn.
Aussitôt après les quelques compliments courtois dont on peut laisser le bénéfice à M. de Haugwitz, et exprimés probablement pour mieux préparer son auditeur à entendre la suite qui allait être beaucoup moins agréable, Napoléon entra dans le vif du sujet : « Après la bataille d'Austerlitz, dit-il avec animation, je me trouvais dans la situation la plus favorable pour vous faire la guerre avec succès et vous êtes parvenu à me faire faire en faveur de la Prusse une chose à laquelle elle ne pouvait prétendre, même à la suite d'une guerre dont tous les avantages eussent été pour elle... Je m'attendais à de la reconnaissance; voyons ce qui m'est revenu. Je n'ignore pas l'effet qu'a produit à Berlin votre traité, ni le mal que vous avez eu pour amener le Roi à cette soi-disant ratification qui n'en est pas une. M. de Hardenberg conserve toujours la direction des affaires; il est mieux que jamais dans l'esprit du Pioi et, avec ce ministre, le parti anglais
(1) Ranke, Hardenbeif/s ei(/en/iandi(/c Memoireu, II, 465,
V68 XAI'OLEOX ET I,A PAIX
lève la tète. N'a-t-on pas déconimaudé une soirée parce qu'on était forcé d'y inviter mon ambassadeur et qu'on voulait épargner aux Russes et aux ennemis de la France le chagrin de se rencontrer avec lui? Personne à Berlin ne s'est mépris sur le motif de la suppression de cette fête. Vos gazettes sont remplies de sottises contre la France, principalement celle de Bayreuth (cette feuille avait menacé tout récemment la France de l'arrivée de deux cent mille Russes) (1). Je croyais avoir mérité du Roi d'autres marques de confiance. «
M. de Haugwilz confesse qu'il resta muet tant que dura cette apostrophe courroucée. Elle touchait à sa fin lorsque M. de Talleyrand fit son entrée dans le cabinet de l'Empereur. Celui-ci réitéra alors sa volonté formelle de regarder le traité de Schœnbrunn comme nul; il ajouta qu'il pourrait se considérer en état de guerre avec la Prusse, mais qu'il préférait cependant terminer à l'amiable avec elle, A cet effet on rétablirait toutes choses sur le pied où elles étaient avant que la guerre éclatât entre l'Autriche et la France, et telles qu'elles avaient duré trois ans, avant que s'évanouît le songe d'une alliance entre la France et la Prusse. Cette déclaration impliquait naturellement le maintien de l'occupation du Hanovre par les troupes françaises. Enfin M. de Haugwitz était invité à se concerter avec M. de Talleyrand sur les mesures à prendre pour se conformer à celte décision.
D'un geste, l'Empereur avait déjà congédié M. de Haugwitz, lorsque celui-ci rompit le silence dans lequel il s'était maintenu. 11 observa humblement que le retour à la situation « ante bellum » ne serait peut-être pas aussi facile qu'on le croyait parce que, se fiant à la validité de la ratification, la Prusse avait sans doute déjà, à l'heure où l'on parlait, pris possession du Hanovre. Sur ces mots eut lieu une nouvelle explosion de colère
(1) Correspondance de Napoléon I" , XII, K)