REIIREMEXT A L'EGARD DE LA PRISSE
de Napoléon; il s'éleva avec indiguation contre ce procédé audacieux et vexant d'exécuter une convention mutilée, dénaturée, qui n'avait reçu en son nouvel état aucune sanction de l'autre partie contractante. « Alors, s'écria-t-il, si les troupes du roi de Prusse ont occupé le Hanovre, les miennes s'empareront immédiatement à leur tour des pays d'Anspach, de Clèves et de Xeuchàtel, et, si maintenant la Prusse veut conserver le Hanovre, elle sera obligée de payer cher cette acquisition, n
Bien autre eût été la colère de l'Empereur s'il avait su qu'avec une témérité inouïe la Prusse s'était hâtée de prévenir le gouvernement anglais que l'occupation de l'Electoral n'était que provisoire, « un simple dépôt, disait M. de Hardenberg à M. Jackson, un simple dépôt dont Sa Majesté Prussienne voulait bien se charger jusqu'à la paix (1) ; ;' s'il avait su aussi que le duc de Brunswick était déjà parti pour porter à Saint-Pétersbourg les mêmes assurances (2).
L'Empereur termina son discours en réitérant qu'il n'était plus disposé à faire aujourd'hui en faveur de la Prusse ce qu'il avait fait précédemment à Vienne. « Il me renvoya à M. de Talleyrand, ajoute AI. de Haugwitz, pour déterminer ce que nous croirions le plus convenable pour prévenir un éclat entre les deux puissances (3). » Le gros mot avait été lâché; pour des raisons actuelles ou qui ne s'étaient pas présentées à l'esprit de l'Empereur àSchœnbrunu, il ne voulait plus céder le Hanovre aux conditions primitives.
D'oii venait ce revirement complet de Napoléon? Pourquoi ne pas maintenir intégralement le traité de Schœnbrunnet en exiger la ratification pure et simple au lieu d'élever des prétentions plus rigoureuses? Pourquoi proflter d'une faute qui paraissait légère, en somme, auprès de ce qu'il avait absous? Eprouvait-il donc
(1) iMtre de Hnnlenberq à Jackson, 26 janiMcr 1806; A. Lekebvre, II, Ih'*.
(2) F. DE Martexs, Recueil des traités de la Russie, VI ; Allemagne, e376.
(3) Ra\ke, Hardenbergs eigenhandige Memoiren, II, 463-467
réellenieut d'iulemales jouissances dans l'abus de sa force? Napoléon n'étant pas homme à se faire un jeu de la faiblesse de ses adversaires ni, quoi qu'on en pense, à faire jaillir pour sa satisfaction personnelle la guerre d'un incident futile, il convient de voir à quelles inspirations il obéissait en cette circonstance. Pour cela, nous devons chercher à établir dans quel état d'esprit il pouvait être aux deux époques différentes de ses contestations avec la Prusse, c'est-à-dire à Schœnbruna et à Paris.
A Schœnbrunn, ses intérêts se combinaient avec ses sentiments. Voici quels étaient ses intérêts : 1" n'avoir pas une nouvelle guerre, ce qui ne dénote pas, répétons-le en passant, un homme dont toutes les pensées seraient tournées vers les émotions des batailles; 2° conclure au plus vite afin de mettre l'Autriche en face d'un traité avec la Prusse et afin de peser sur les plénipotentiaires autrichiens qui se montreraient plus coulants dès qu'ils sentiraient la France libérée de toute anxiété du côté de la Prusse; 3' avoir dans son système, par le fait de l'alliance, un grand royaume comme la Prusse qui surveillerait la Russie et l'Autriche pendant qu'il combattrait l'Angleterre.
Telle était la part de ses intérêts à Schœnbrunn; voyons quelle était celle de ses sentiments. Ses désirs sont comblés par l'alliance tant souhaitée, si longtemps rêvée. Ses sympathies, fidèles depuis six ans à la Prusse, sa gratitude pour l'empressement qu'elle a mis à lui reconnaître la dignité impériale, s'affirment une fois de plus par la façon chevaleresque dont il pardonne à Frédéric-Guillaume la trahison de Potsdam, qu'à vrai dire il se figure moins grave qu'elle n'a été.
Pouvait-il subsister quelque chose de ces sentiments amicaux lorsque M. de Haugwitz revient à Paris avec le traité de Schœnbrunn dénaturé, annulé en quelque sorte par la prétention d'en subordonner la validité à une date aussi indéterminée que la