‹ Napoléon et la paixChapitre 108 sur 148 · L'ETAT D'ESPRIT DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

L'ETAT D'ESPRIT DE L'EMPEREUR

paix anglaise? Assurément non. Enfin, et après tant de rebuffades, l'Empereur foit son deuil de l'alliance cordiale. Nulle illusion ne lui est plus possible, la Prusse n'ayant aucune raison plausible de refuser ses offres généreuses si ce n'est une répugnance invincible à faire cause commune avec lui. Elle ne pouvait en effet douter de sa sincérité puisqu'il insistait pour la rendre plus puissante eu lui donnant le Hanovre qui valait, a dit un bomnie politique prussien (1), «' cinq fois par sa population et son étendue, mille fois par son importance relative, » les pertes qu'elle aurait à consentir ; puisque par une vraie frontière, par les forteresses de Xienburg, de Hamnieln et par le IVeser, il la constituait plus indépendante, plus inattaquable. — On ne fortifie cependant pas qui Ton se propose de combattre!

L'énigme du refus de la Prusse était apparue plus claire quand, mieux instruit à Paris qu'à Schœnbrunn, Napoléon eut connu l'importance des obligations contractées par le Roi avec les alliés, quand il eut la certitude que ce souverain avait contresigné le pacte des coalisés, le programme de l'Angleterre qui ne visait à rien moins qu'au démembrement de la France. Alors il avait compris pourquoi on lui apportait de pseudo-ratifications dans lesquelles on ne craignait pas de déposséder effrontément la France de sa conquête du Hanovre, en même temps qu'on s'efforçait de ne rien insérer qui put être désagréable aux Anglais. Ainsi se confirmait que tout, dans la conduite de Frédéric- Guillaume, de son entourage et de son cabinet, tout n'avait été qu'insultes, ruses et perfidies envers la France. A Paris donc, l'Empereur, désabusé après avoir essuyé tant de déceptions et de dédains, ne pouvait plus considérer que sou intérêt, rien que son intérêt.

Son intérêt primordial était que ne se reformât pas plus près de la France, à Berlin, sur les bords de la Sprée, le foyer

(1) LoMBABD, Maléiiaux^etc.y 140,

d'intrigues coalitionnaiies qu'il avait été obligé d'aller éleiiKiie à Vienne, sur les bords du Danube. La démonstration était faite; on n'avait à Berlin de penchants, de ménagements, de complaisances que pour les Russes, pour les Anglais et pour tout ce qui était hostile à la France, lleluge des haines, des jalousies contre Napoléon, la Cour de Berlin, ce n'était pas douteux, deviendrait le centre des conjurations européennes si on lui laissait sa liberté d'action. Il n'y avait plus à balancer. En ce qui regardait la Prusse, c'était ou la guerre ou la soumission. Cette soumission, il la fallait immédiate et sans attendre qu'une nouvelle coalition se fût reformée. Donc la Prusse se déclarera pour ou contre lui. Napoléon ne réclame plus d'elle une amitié hors de saison. Elle se brouillera radicalement avec l'Angleterre ou avec la France. Il l'exige; et tout d'abord il entend lui imposer l'obligation de prendre militairement possession de tout le Hanovre. Mais il faut qu'elle le reçoive des mains de la France et par un traité régulier, afin que l'Angleterre n'en ignore pas.

Il fera beau voir maintenant contester à l'Empereur quelqu'un des pays conquis par lui! La réponse est toute prêle. Est-ce que le Hanovre ne lui appartient pas aussi bien qu'auraient pu appartenir aux coalisés les provinces françaises dont ils disposaient si prématurément dans les articles secrets de leurs couTentions? Quand on est, comme la Prusse, signataire du traité de Polsdam, quand on a souscrit au dépècement de la France encore invaincue, de quel front oserait-on parler de scrupules et se permettre de demander à autrui s'il a le droit de transférer la propriété d'un territoire qu'il occupe depuis trois ans?

En outre il est bon que tout le monde apprenne ce qu'on gagne à être l'allié de la France et ce qu'on perd à la dédaigner. Cela constitue une des règles de la conduite de Napoléon. Parlant de ses trois alliés dans la dernière guerre : le Wurtemberg, la Bavière et le Bade, il s'exprime ainsi : « La France a un réel intérêt à ce que les trois seuls princes qui, depuis la Révolution,

Page 1