L'ETAT D'ESPRIT DE L'EMPEREUR V
ont franchement fait cause commune avec elle en soient amplement récompensés (1). 55 Afln de consacrer une fois de plus ce principe, l'Empereur est déterminé à retrancher du traité de Schœnbrunn ce que la Bavière devait rétrocédera la Prusse. Il ne trouve plus maintenant qu'il serait juste d'affaiblir en quoi que ce fût un allié fidèle pour renforcer une puissance qui méprise l'amitié de la France. Selon lui, la Prusse devra encore s'estimer heureuse en retirant de l'aventure un accroissement de trois cent cinquante mille âmes. C'est donc par la suppression de l'indemnité bavaroise dont aurait profité la Prusse que les nouvelles conditions différaient de celles de Schœnbrunn. Ce plan était arrêté dans l'esprit de l'Empereur quand il leva l'audience qu'il avait accordée à M. de Hauguitz.
I\u sortir de cette audience, AI. de Haugwitz se sentit l'ànie envahie d'un sombre pressentiment. En attendant que M. de Talleyrand le convoquât pour lui notifier la résolution définitive de l'Empereur à l'égard de la Prusse, il cherchait à surmonter le chagrin de son insuccès personnel et son affliction de patriote. II promenait sa tristesse dans Paris où il était l'objet d'une surveillance que l'Empereur lui-même jugea excessive : « Je suis bien surpris, écrivait celui-ci au ministre de la police, que vous m'entreteniez de choses aussi ridicules sur AI. de Haugwitz que de le faire dîner chez un restaurateur et de le faire aller au théâtre de la Alontansier. Il ne faudrait pas mettre des choses aussi ridicules dans vos rapports (2). ' Le diplomate prussien avait peine à contenir le dépit de sa vanité blessée; dans une lettre à son rival Hardenberg, il s'écriait : « Pourquoi a-t-il fallu que je me rende ici? Je ne vous accuse pas puisque finalement la chose dépendait de moi; mais jamais, jamais vous ne concevrez ce que ce séjour me coûte ! « De fait la fortune ne souriait pas à AI. de Haugwitz. Toutes les occurrences défavo-
(1) Corres/iondatice de Xapoléon /"', XII, 267.
(2) lbid.,\\\, 22.
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rablcs semblaienl se réunir pour rendre ses démarches plus infructueuses.
Depuis quelque temps on savait à Paris qu'un bureau de propagande internationale en faveur do Louis XVIII avait été établi à Berlin. Le directeur de cette agence d'intrigues hostiles au gouvernemenl français était un noniuïé Fauclie-Borel, ardent royaliste, jadis impliqué dans le procès Aloreau et Pichegru et expulsé de France après une détention de dix-huit mois. Un soir, pendant que Haugwitz était à Paris, le maréchal Lefebvre apporta à Napoléon un exemplaire d'un appel par lequel le prétendant promettait à ses fidèles sujets le pardon et l'oubli pour le jour oii il remonterait sur le trône. Ce factum avait été remis au maréchal par le simple intermédiaire de la poste.
L'Empereur irrité appela tout de suite au palais Fouché, ministre de la police et Desmarest, chef de la division secrète. Aux vifs reproches dont ils furent l'objet, ces fonctionnaires répondirent qu'il leur avait été impossible d'arrêter ces imprimes sous peine d'intercepter tous les courriers attendu qu'il en arrivait par toutes les malles et sous les enveloj)pes les plus variées. Cependant ils croyaient en avoir découvert l'expéditeur, car sur un grand nombre d'adresses ils avaient pu reconnaître l'écriture de Fauche-Borel. « Et où est ce Fauche-Borel? demanda Napoléon. — A Berlin, répondit Fouché. «
Cette déclaration n'était pas faite pour calmer les ressentiments de l'Empereur contre la politique berlinoise. Il donna l'ordre à Talleyrand de mander AL de Haugwitz et de lui montrer tout ce que ce nouvel indice ajouté à tant d'autres avait de contradictoire avec les assurances dévouées delà Prusse. Celle-ci n'avait cessé d'affirmer que, depuis sa prétendue ratification du traité de Schœnbrunn, elle s'était considérée comme l'alliée de la France. Et même ne disait-elle pas qu'elle avait désarmé uniquement en raison de sa confiance pleine et entière dans ce rapprochement intime? Son plénipotentiaire, AI. de Haugwitz, ne
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prodiguait-il pas hier encore les atleslalions les plus chaleureuses dans ce sens? Comment expliquait-il alors qu'un conspirateur, signalé maintes fois au gouvernement prussien pour ses manœuvres coupables envers la France, pouvait encore trouver asile et protection à Berlin? Fauche-Borel n'était pas en effet un personnage qui pijt passer inaperçu dans cette ville. Il raconte lui-même que, depuis 1798, il était en correspondance avec ia reine Louise; que plus récemment, grâce à l'appui de M. de Hardenberg et de celte princesse, il avait fait imprimer chez Deker, imprimeur du Roi, des pamphlets contre Napoléon. Il précise plusieurs audiences secrètes qu'il eut avec la souveraine de la Prusse. Il relate aussi des communications qu'il reçut d'elle à différentes époques de sa carrière d'émissaire de Louis XVIII.
Le discours de Talleyrand fui des plus pénibles pour AI. de Haugvtitz qui, tout consterné, écrivit au Roi : a Votre dignité. Sire, autant que vos intérêts exige que, par son arrestation, cet houmie léger et turbulent soit mis hors d'état de retomber dans le crime de lèse-Etat (1). » Le cabinet de Berlin fît semblant de procéder à l'arrestation de Fauche-Borel, mais assez tardivement pour que celui-ci eût le temps de décamper, « prévenu, dit-il, parla meilleure comme la plus belle des reines, qu'il courait le risque d'être enlevé (2). »
A cette première malchance vint s'en ajouter pour AI. de Haugwitz une bien autrement sérieuse. Durant son séjour à Paris, il se produisit en Angleterre un événement considérable dont la nouvelle, quand elle parvint aux Tuileries, eut pour premier résultat non seulement de raffermir Napoléon dans ses exigences vis-à-vis de la Prusse, mais encore de l'engager à les
(1) Ra\kk, Hardenhcrcjs eiçienlunidige Mcmoircn, II, 468-4T1 ; Archives du ministère des Affaires Ktraïujères, Prusse, 2:)8. (L'incident Fauche-Borel ne figure pas dans la publication allemande de Paul Bailleu.)
(2) Mémoires de Fauche-Borel, II, 198 ; III, 217 à 284.
surélever. Cet événement était la formation d'un nouveau ministère à Londres par suite de la mort de M. Pilt, l'homme qui avait juré à la Révolution d'abord, au général Bonaparte ensuite, une guerre perpétuelle jusqu'à l'extermination finale. Les successeurs de AI. Pitt étaient, y compris leur chef, lord Grenville, en majorité des partisans de la guerre. Xéanmoius se trouvait parmi eux M. Fox que l'on savait fort enclin à une solution pacifique. Ses penchants pour l'arrangement amiable des dissidences entre les deux pays s'étaient déjà affirmés en 1792, époque oii il avait en vain offert à M. Pitt de se rendre en personne à Paris si ce ministre voulait lui donner le pouvoir de chercher à aplanir les difficultés et causes de plaintes ^l).
En apprenant la présence de M. Fox au ministère des Affaires Etrangères, Napoléon en éprouva une grande joie et entrevit aussitôt la possibilité de conclure la paix avec le gouvernement britannique. Il était lié personnellement avec M. Fox, qui, sous prétexte de recherches pour une histoire de Marie Stuart, était venu à Paris aussitôt après la paix d'Amiens; une sympathie réciproque n'avait pas tardé à s'établir entre lui et Napoléon. Celui-ci en a fixé le souvenir dans son Mémorial. " AI. Fox, pour ses travaux, dit-il, me fit demander à fouiller dans nos archives diplomatiques. J'ordonnai que tout fût mis à sa disposition. Je le recevais souvent; la renommée m'avait entretenu de ses talents. Je reconnus bientôt en lui une belle àme, un bon cœur, des vues larges, généreuses, libérales, un ornement de l'humanité. Je l'aimais... Avec un tel homme je me serais toujours entendu, nous eussions été bientôt d'accord; non seulement nous aurions eu la paix avec une nation foncièrement très estimable, mais encore nous aurions fait ensemble de très bonne besogne (2). »
Ces sentiments, qui avaient pris racine dans le cœur de Napo-
(i) Sir Robert Adair, Mémoires liistoiiqucs, 45. (2) Mémorial de Sainte-Hélène, I, 431.
LE « GRAXD SYSTEME " 477
léon trois ans avant que M. Fox entrât dans le ministère, devaient certainement faciliter les relations entre les deux nations rivales. La place choisie par j\I. Fox aux Affaires Etrangères pouvait passer pour l'indication d'une autre orientation de la politique continentale de l'Angleterre et l'Empereur lut dès lors influencé dans ses intentions envers la Prusse par la perspective d'une amélioration des rapports de la France avec le Cabinet britannique. Il écrivait à Talleyrand le 14 février : « Mon opinion est que si véritablement M. Fox est à la tète des Affaires Étrangères d'Angleterre, nous ne pouvons céder le Hanovre à la Prusse que par suite d'un grand système, tel qu'il puisse nous garantir de la crainte d'une continuation d'hostilités (1). 5?
Quel était ce nouveau et « grand système -^ dont le Hanovre devenait maintenant la clef? Comment l'affectation de ce pays à la Prusse pouvait-elle « garantir la France d'une continuation d'hostilités j) ? Pour pénétrer la pensée de l'Empereur — pensée évidemment sincère puisqu'elle n'est formulée qu'à l'usage de son ministre — il faut s'attacher à la situation de l'Angleterre. A Londres, les collègues de M. Fox seront rebelles à ses conseils pacifiques tant qu'ils sentiront en Europe un point d'appui qui ne peut plus exister qu'en Prusse, maintenant que l'Autriche et la Russie ont été mises hors de cause à Austerlitz. Il importe donc que la défection de la Cour de Berlin à l'égard du Cabinet britannique soit rendue éclatante par un traité effectif, public, immédiatement suivi d'actes hostiles dictés à la Prusse par la France, et dirigés contre l'Angleterre. Convaincus de leur isolement, les partisans de la guerre prêteront sans doute une oreille plus attentive aux exhortations de Fox. On pouvait faire à Paris cette supposition et la suite prouvera qu'elle était parfaitement justifiée.
Décidé à tenter cette expérience, l'Empereur se concerta
(I) Coi-icspo)i<Unicc (le Xapoléon I"', XII, 5.
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avec Talleyrand, et i\I, de Haugwitz fut appelé à choisir entre les deux propositions suivantes : 1" remettre toutes choses en l'état, comme avant la campagne de 1805; 2" signer à Paris un traité plus onéreux que celui de Schœnbrunn. L'envoyé prussien élimina sur-le-champ la première proposition qui, selon nous, était de la part de Napoléon plutôt une sorte de défi qu'une offre sérieuse. L'Empereur devait parfaitement concevoir que la Prusse, étant déjà dans le Hanovre, ne consentirait pas facilement à lâcher sa proie et ne ramènerait pas honteusement ses soldats les mains vides. Il devait également sentir ce que M. de Haugwitz exprimait dans sa correspondance par celte formule : « Qu'avons-nous à gagner à voir le Hanovre dévolu à bref délai à un prince français, à Murât par exemple dont on prononce déjà le nom? 5) Par conséquent la première des deux propositions soumises à M. de Hauguitz, celle qui comportait l'abandon du Hanovre se trouvait virtuellement écartée. Restait la seconde proposition qui prévoyait une cession tant à la Bavière qu'à la France de trois cent quatre-vingt-dix mille sujets en échange du Hanovre dont la population se montait à un million. Très exactenjent, la Prusse gagnait six cent dix mille habitants.
Mais, en dehors de ce qu'elle donnait et de ce que ses préférences fort naturelles eussent désiré garder, il y avait au traité une obligation plus lourde à remplir : il fallait qu'immédiatement le gouvernement prussien fermât au pavillon britannique les fleuves de la mer du Xord, c'est-à-dire qu'il trahît les belles assurances de dévouement qu'il avait données aux '\nglais alors qu'il cherchait à duper la France. D'une main de fer l'Empereur contraignait la Prusse à subir devant l'Europe la honte de sa déloyauté, car l'obstruction fluviale équivalait à une déclaration de guerre à l'Angleterre. C'était précisément ce que voulait Napoléon.
Autant qu'il est en notre pouvoir, nous nous efforçons d'exposer ce grand débat sous toutes ses faces et de n'en laisser
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aucune partie dans l'ombre. Plusieurs historiens, les uns allemands, les autres français, ont voulu insinuer que l'Empereur s'était montré autoritaire, implacable, parce qu'il savait que la Prusse avait contremandé ses armements. On a été plus loin, on a cherché à poser le Roi en victime de son entière confiance et pour soutenir cette thèse, on a eu recours a l'argumentation suivante : du moment que le cabinet des Tuileries avait consenti à recevoir M. de Haugwitz, c'est qu'il acceptait les modifications qui plaisaient à la Prusse; dès lors celle-ci, croyant toutes choses arrangées, avait ordonné la retraite de ses troupes.
Oui, la Prusse avait commencé son désarmement, mais ce n'était nullement parce qu'elle avait mis une parcelle de sa confiance en l'Empereur; c'était au contraire pour mieux le tromper. Ce n'est nullement le retour de AI. de Haugwitz à Berlin qui a fait décider la dislocation des armées prussiennes. La marche en arrière a commencé dès que fut connue à Berlin la bataille d'Austerlitz, exactement le 11 décembre au soir (1). A cette date, le ministre Hardenberg, dans une lettre affolée, écrivait au Roi : « Vos armées, Sire, ne peuvent atteindre les frontières de Bohême avant que Votre Majesté ne puisse les arrêter dans leur marche... (2). » Et, deux jours après, notre ambassadeur, AI. Laforest, mentionne dans sa dépêche « que les troupes prussiennes en marche ont reçu l'ordre de s'arrêter... (3) 5'.
Ces prescriptions étaient le résultat d'une clairvoyance fort avisée. Quel était le thème essentiel de la Prusse pour dissimuler son ingérence dans la coalition? C'était le prétexte d'une médiation équitable entre les belligérants. Impossible, sans se compromettre gravement, de ne pas donner cette explication de la marche des armées prussiennes. Or, ainsi que dans le récit célèbre, le combat avait cessé faute de combattants. Par consé-
(1) Archives du ministère des Affaires étrangères, Prusse, 237.
(2) Arc/lices loyales prussiennes, etc., II, 419.
(3) Archices du ministère des Affaires Etrangères, Prusse, 237.
quent, plus de prétexte à intervention. II ne restait qu'à faire demi-tour. Toute autre mesure que la rentrée immédiate dans les garnisons de l'intérieur n'aurait pu être interprétée que comme une menace ou comme le prélude d'hostilités.
C'est donc à juste raison, et parce qu'il n'y avait guère moyen de faire différemment, que la reculade des troupes prussiennes s'était effectuée le 13 décembre, deux jours avant que fût signé le traité de Schœnbrunn, trois semaines avant qu'il fût rectiflé par le Roi. Reste à juger si lorsque toutes choses sont remises en question, lorsqu'on lui rapporte à corrections un traité qu'il suffisait de garder pour le rendre valable, Napoléon, désabusé des espérances fondées par lui sur la Cour de Berlin, devait sacrifier les intérêts de la France parce que la Prusse s'était affaiblie uniquement pour se couformer à la logique de ses mensonger. Cette interrogation peut a notre avis se passer de réponse. Et même, si le roi de Prusse s'était formé des chimères, même s'il avait fait une bévue, quel eût été pour la France le motif de ne pas en tirer le plus grand avantage?
Enfin, toujours à propos de la conclusion du traité de Paris avec la Prusse, nous croyons devoir relater l'opinion de l'éminent historien du Consulat et V Empire. 11 est persuadé que Napoléon, arrêté d'abord à l'idée de replacer les choses sur l'ancien pied, se serait laissé fléchir par M. de Hauguitz. « Ce diplomate, avec tout l'art dont il était doué, et cet art était gnind, dit M. Thiers, se peignit si bien comme l'homme qui luttait seul à Berlin pour ramener la Prusse à la France, et comme ayant droit, à ce titre, d'être aidé par la bienveillance de Napoléon, que ce dernier céda et consentit malheureusement à renouer le traité de Schœnbrunn (I). " U nous paraît impossible d'adopter cette manière de voir.
Si peu rebelle que nous soyons ici à reconnaître les senti-
(1) Thiers, le Consulat et l'Empire, VI, 40^.
LE « STATl (,)l() AXÏE lîELLr.M " V81
meiits de bonté de rEmpereur, surtout quand ils sont mis en relief par une plume autorisée, nous ne pensons pas qu'il était de caraetèro à faire plier par pure amabilité les intérêts majeurs et complexes dont il avait la cliar^je eu cetle circonstance. Tenons-nous à croire qu il n'agissait (]ue par souci de la sécurité de la France. Son estime pour AI. de Haugwitz ne fut d'aucun poids dnns ses décisions et, si ce di|)lomate écarta sans discussion l'olfre de remettre les choses sur le pied du statu quo ante èé*////;», c'est vraisemblablement, nous l'avons dit, parce qu'il avait des ordres positifs de ne renoncer à aucun prix à l'Electorat du Hanovre. C'est peut-être bien ce dont Xapoléon s'était aperçu dès son premier entretien avec l'ambassadeur prussien, et ce qui l'avait enhardi à se montrer partisan d'une combinaison qui restituerait à chacun sa position du commencement de l'année 1805.
On pourra dire qu'imposer un traité excessif à une puissance, c'est simplement retarder la guerre ; que la Prusse contrainte de signer aujourd'hui armera demain, emploiera tous ses efforts à venger sa dignité froissée. Cette objection, très juste en soi, n'est cependant pas aj)plicable aux situations respectives des deux parties actuellement en présence.
D'abord la Prusse avait un moyen bien simple de ne pas subir de vexations de la France, c'était de rentrer franchement dans la ligne droite en abandonnant le Hanovre, fût-ce au risque d'irriter l'Angleterre qui se sciviil vue netlemenl isolée en Europe; c'était d'adopter la proposition — sincère ou non — du slalu nno anlc bellum. Et si Napoléon avait néanmoins soulevé d'autres chicanes, la duplicité aurai! cic alors, et de façon indéniable, cnlièrenuMii à sa charge. Cependant tout le passé autorise à croire que, si la Prusse était venue à résipiscence avec sincérité et surtout avec quelque amabilité, \apoléon ne lui eût refusé aucune des garanties qu'elle aurait désirées, car ou ne doit pas perdre de vue qu'il n'avait qu'un but : la paix génénde pour hujuelle rien ne lui eût coûté. Et ses préférences tant
de fois affirmées auraient été, ce n'est pas douteux, d'y parvenir au moyen d'un accord public, cordial avec la Cour de Berlin.
Mais ce n'était plus pour lui l'heure de faire des avances et tous les procédés étaient bons, à ses yeux, pour amener l'Angleterre à négocier et à conclure la paix. S'il y réussissait, les guerres seraient finies en Europe puisque le trésor britannique avait été de tout temps l'aliment indispensable des coalitions. Au surplus qui oserait lever la tête devant l'union des formidables forces maritimes anglaises et des armées invincibles de la France? Enfin le congrès où se résoudraient toutes les questions pendantes, ce congrès tant de fois préconisé par Napoléon, restait toujours dans ses calculs. Alors que pouvaient peser, en regard de ce grand but, les récriminations ou les rancunes passagères d'une nation comme la Prusse qui n'avait droit à aucune espèce de ménagements ?
Loin d'avoir été aussi satisfait que le croit \l. Thiers, M. de Hauguitz était accablé de chagrin. Il a écrit lui-même que, le 15 février, le jour où il a signé, il n'y avait pas de milieu, les esprits s'exaspéraient; chaque matin, Xapoléon se monh-ait de plus en plus difficile; il fallait en passer par là, car demain on aurait refusé ce qui avait été accordé aujourd'hui. Quand AI. de Haugwitz adresse au Roi le texte de la convention, il y joint une lettre qui est une longue lamentation de désespoir. Cependant il s'efforce de consoler son souverain en faisant remarquer que finalement la guerre était évitée ; que la couronne augmentait ses Etats; que tout était préférable à la perspective de voir le Hanovre devenir propriété française où serait installé un membre de la famille impériale. En outre, sachant que ceci ne manquera pas d'être agréable à Frédéric-Guillaume, il lui fait soigneusement observer que les mots «offensive» et «défensive" ont été omis après « alliance » . Est-ce inadvertance ou dédain de la part de l'Empereur? Nous pencherions pour la seconde hypothèse attendu qu'il est difficile d'admettre un oubli semblable.