‹ Napoléon et la paixChapitre 113 sur 148 · POURPARLERS AVEC LAXGLETE R RE · texte numérisé non relu

POURPARLERS AVEC LAXGLETE R RE

Majesté Impériale. Sifjné : Talleyra.vd (l). Ce Ian;]age était assez clair par lui-même; mais, pour qu'on ne doutât pas un instant de ses intentions pacifiques, TEmpereur j)rescnvit à Talleyrand de joindre à sa lettre, comme par inadvertance, une coupure de l'exposé de la situation de l'Empire qui contenait l'assurance que l'Empereur était prêt à ouvrir des néiiociations avec l'Anolelerre sur la base du traité d'Amiens (2).

\os contradicteurs les plus obstinés voudiout bien nous accorder que cette fois encore Xapoiéon ne se posait pas en champion de la guerre, et qu'il ne se montrait ])as très rebelle aux solutions amiables si indirectement qu'elles se présentassent. Les sentiments d'estime et de cordialité que se portaient l'Empereur et le ministre anglais, la communauté de leurs aspirations vers la paix donnèrent l'essor à une correspondance assez active entre le Cabinet des Tuileries et celui de Londres, et dans laquelle on discutait les grandes lignes d'un arrangement définitif.

Eu mars les communications s'échangent pleines de courtoisie et de bon vouloir. Les bases préalables d'une réunion de délégués des deux pays donnent lieu de part et d'autre à de nombreuses observations. On cherche à se mettre d'accord sur la participation de la Russie aux futures conlérences. M. Eox écrivait le 2G mars : « L'Angleterre se trouve unie à la Russie par des liens si étroits qu'elle ne voudrait rien traiter, bien moins conclure, que de concert avec l'empereur Alexandre; mais, en attendant l'intervention d'un plénipotentiaire russe, on pourrait toujours discuter et même arranger quelques-uns des points principaux (3). «

A cette déclaration Talleyrand répondit (jue la France était toute disposée à désigner de suite des fondés de pouvoir; mais l'ingérence de la Russie n'était justifiée par rien, 'e Cabinet des

(1) Correspondance de \(ip(iltoit l'\ \il, V-"jO.

(2; A. Lefebvrk, II, 292.

(;>) Comte DK (ÎARDE.v, Histoire des traités de peux, IX, 31V.

Tuileries ne voulant pas se retrouver en face d'une enteute qui avait été rompue par la défaite de la troisième coalitiou. Il aurait pu ajouter que l'empereur de Russie, belligérant au même titre et de la même manière que l'empereur d'Autriche, pouvait, s'il le désirait, suivre l'exemple de ce dernier qui avait traité séparément. De volumineux mémoires furent échangés à ce propos.

C'est pendant ce temps qu'avaient commencé les entrevues secrètes de Hardenberg avec la reine Louise. Ce ministre in partibus écrivait au nom du Roi au chancelier de l'Empire russe : « Le Roi se flatte que la non-acceptation des modifications qu'il avait voulu apporter à ses relations avec la France ne fera pas changer les dispositions amicales de Sa Majesté Impériale russe. Il n'attendra que le retour de Monseigneur le duc de Brunswick (I) pour terminer l'arrangement proposé. En ce qui concerne la partie militaire, le Roi ne mettra dans le secret qu'un seul officier général, hormis Monseigneur le duc. A l'égard de l'Angleterre qu'il est impossible de mettre dans la confidence, il faudrait que la Cour de Pétersbourg nous rendit le service, à nous et à la cause commune, d'adoucir les impressions et les résolutions contre nous. Sa Majesté Prussienne sent la nécessité de maintenir dans le plus profond secret les engagements envers la Cour de Russie. Celle-ci devra travailler même à conserver à la France l'idée que la Prusse s'envisage comme son alliée sans aucune réserve, et se prêter dans ce but à une négociation avec la France pour le rétablissement de la paix générale (2). » A Pétersbourg, on savait par le duc de Brunsvpick qu'on pouvait compter sur la Prusse dans tout ce qui serait hostile à la France.

(1) Le duc de Brunswick avait été envoyé à Saint-Pétersbourg, dès le mois de janvier, pour assurer à l'empereur Alexandre que, malgré le traité d'alliance avec la France, toutes les sympathies de la Prusse étaient acquises à la Russie. On se derruindail maintenant à Berlin quel effet produirait à Pétersbourg le traité de Paris (le février.

(2) Uaxke, Hanh-nberys eigeu/iandige Memoiren, III, 561-567

EXGAGPniEXTS SECRETS 497

On n'y attendait pas l'adhésion écrite de la Cour de Berlin pour préparer la comédie des négociations russes avec la France. A cet effet on avait déjà pressenti M. de Lesseps, notre consul, le seul agent français qui fût resté à Saint-Pétersbourg après le départ de notre ambassadeur. M. de Lesseps s'empressa de « témoigner, au nom de son gouvernement, le désir d'un rapprochement entre les deux Etats et d'indiquer, entre autres modes de s'entendre, celui d'envoyer une personne de confiance en France (1).

Certes la Cour de Prusse tint religieusement sa promesse de ne rien divulguer des machinations auxquelles elle se livrait de complicité avec la Russie. Afin de garder ses mouvements libres et de s'épargner la gêne d'une surveillance incommode, le Cabinet de Berlin n'hésitait pas à réclamer de la France une confiance aveugle, sans l'ombre d'une réticence ni du moindre soupçon. On lit dans les instructions du Roi à AI. de Lucchesini : « Il faut que je puisse croire sans réserve aux intentions de la France, mon alliée; mais il faut aussi que je sois sûr qu'elle ne doute pas des miennes... Xotre alliance deviendra la fortune de l'Europe si nous savons donner tout à l'estime et à la confiance. » Et avec une précaution bien utile mais singulièrement audacieuse, on cherche à se prémunir contre les indiscrétions, s'il venait à s'en produire, au sujet de la conjuration organisée par la Russie contre la France. «J'observe avec peine, ajoute la dépêche royale, qu'en France on prête l'oreille avec une complaisance inexplicable à tout ce qui peut corrompre les premiers fruits de l'alliance : anecdotes de société, imprudences de folliculaires, les détails les plus insignifiants de l'intérieur des Cours, tous ces bruits exagérés ou faux, que le loisir diplomatique enfante quand il l'aut écrire et que la matière est stérile, tout enfin, a été accueilli à Paris à l'époque oii je

(1) Archkes impériales russes, etc., LXWII, 356; Raxke, Hardenbergs, etc., III, 570-571.

m'étais déjà prononcé. L'empereur des Français doit assez connaître mon caractère pour me rendre justice, s'il n'est pas trompé par des agents qui pensent prouver leur zèle en relevant des choses obscures, indignes de son attention et de la mienne (1). 5> N'est-ce pas pousser l'impudeur et la duplicité à l'extrême que d'écrire ces choses trois jours après que, dans les conciliabules secrets tenus chez la Reine, on avait arrêté le plan d'une guerre décisive contie la France?

Ce n'était pas cependant que Napoléon se montrât ombrageux, ni que rien dans ses actes ou dans ses paroles pût laisser croire qu'il souhaitait la guerre. Il regardait la paix comme sincère et il s'efforçait d'éviter le moindre froissement entre les deux nations. Le général Barbou, qui était resté en Hanovre afin de procéder à la remise des places, reçut dans un ordre confidentiel la recommandation suivante : « Comme la plus étroite amitié m'unit dans ce moment-ci avec la Prusse, vous aurez soin d'avoir toute espèce de bons procédés pour les officiers du roi de Prusse (2). '>

Les projets de l'Empereur étaient connus du monde entier. Le 5 mars, au Corps législatif, l'exposé de la situation de l'Empire annonçait solennellement aux troupes cantonnées encore en Allemagne qu'elles allaient rentrer incessamment en France. Un chef n'a pas l'habitude de leurrer d'un espoir aussi cher, aussi attrayant, les soldats qu'il voudrait entraîner dans une nouvelle guerre. « La plus digne récompense du soldat français, dit le message impérial, c'est le regard de son Empereur, c'est la gloire de l'Empire accrue par son courage; ce sont les transports de la France entière qui l'accueillent à son retour. L'Empereur veut qu'il vienne les goûler sous ses yeux, qu'une fête triomphale soit donnée par la capitale à l'armée, spectacle digne des grands événements qu'il doit célébrer, oii tout l'éclat

(1) Archives royales prussieimes, etc., II, 41-8.

(2) Correspondance de Xapoléoti I", XII, 171.

LKS DESSEIXS i)E LE.Mi'i: P» K l R V'.)',)

(les arts, où toute la pompe des cérémouies, où tous les signes de la gloire, où tous les accents de la joie publique viendront entourer la Grande Armée réunie auprès de son chef et feront un brillant cortège à ces phalanges de héros. ;:

Relativement aux desseins personnels de Napoléon, voici ce que disait le même document : t; Après ce que le gouvernement a fait pour la gloire et la prospérité de la France, l'Empereur n'envisage que ce qui reste à faire et il le trouve bien audessous de ce qu'il a fait; mais ce ne sont pas des conquêtes qu'il projette; il a épuisé la gloire militaire, il n'ambitionne pas ces lauriers sanglants qu'on l'a forcé de cueillir : perfectionner Fadministration, en faire pour son peuple la source d'un bonheur durable, d'une prospérité toujours croissante... telle est la gloire qu'il ambitionne, telle est la récompense qu'il se promet d'une vie vouée tout entière aux plus nobles mais aux plus pénibles fonctions (1 1. >'

Tout le monde sait que les souverains ne s'avisent pas à l'ordinaire de clamer à travers les airs les secrets de leurs plans politiques; on sait aussi que leurs discours sont volontiers pacifiques , alors même que dans leur esprit ils ont décidé la guerre. Mais les paroles de l'Empereur ne recouvrent ici aucune arrière-pensée. Elles sont conhrmées par l'assurance d'un retour prochain des soldats dans leurs foyers; elles sont en concordance absolue avec les occupations administratives auxquelles Xapoléon se livre dès sa rentrée à Paris : réorganisation des finances, discussion du Code civil, règlement de la comptabilité des communes, construction de canaux à travers la France, lois sur les collèges électoraux, embellissements de Paris ; tels sont les principaux objets de ses préoccupations lorsqu'il est déchargé du fardeau des opérations militaires. Il n'y avait pas là de quoi exciter les alarmes de l'étranger.

(1) Exposé de la .lihinlioii de l'Empiie; Correspondance de Xapoléon /", \1I, i:]9 à 156.

En avril, les pourparlers avec l' Angleterre suivent leur cours normal. La divergence d'opinion sur l'introduction de la Russie dans le débat fait les frais de la correspondance. Talleyrand observe que la France serait seule à discuter contre deux puissauces liées ensemble, dont l'une a une armée de mer considérable et l'autre une armée de terre de trois cent mille hommes. Toutefois il répète les vœux formels que fait la France pour une solution pacifique, la plus prompte qu'il soit possible.

« L'Empereur, dit-il, tout accoutumé qu'il est à courir toutes les chances qui présentent des perspectives de grandeur et de gloire, désire la paix avec l'Angleterre. Il est homme. Après tant de fatigues, il voudrait aussi du repos. Père de ses sujets, il souhaite, autant que cela peut être compatible avec leur honneur et avec les garanties de l'avenir, leur procurer les douceurs de la paix et les avantages d'un commerce heureux et tranquille. Si donc Sa Majesté le roi d'Angleterre veut réellement la paix avec la France, elle nommera un plénipotentiaire pour se rendre à Lille. J'ai l'honneur de vous adresser des passeports pour cet objet. L'Empereur est prêt à faire toutes les concessions que, par l'étendue de vos forces navales et votre prépondérance, vous pourrez désirer d'obtenir (1). »

L'opinion de ses collègues, plus partisans de la guerre que de la paix, devait influer sur la conduite de Fox. Il demeurait attaché inébranlablemeut à l'accession de la Russie et répondait :

« Dès que vous consentirez que nous traitions provisoirement jusqu'à ce que la Russie puisse intervenir, et dès lors conjointement avec elle, nous sommes prêts à commencer sans différer d'un seul jour la négociation, en tel lieu ou telle forme que les deux parties jugeront les plus propres à conduire à bon escient l'objet de nos travaux le plus promplement possible (2). » La difficulté relative à la Russie allait s'aplanir d'elle-même.

(1) Comte DE Gardex, Histoire des traités de ]:ciix, IX, .318.

(2) Ibid., 321.

LES COAIBIXAISOXS RUSSKS 501

Alexandre, ayant reçu de la Prusse une réponse conforme à ses désirs, se mit à élaborer son projet d'union avec cette puissance. Pour gagner du temps il fallait que, suivant les recommandations du roi de Prusse, le Tsar se donnât l'air de favoriser la conclusion de la paix générale. Dans ce but il étudie les moyens les moins compromettants d'envoyer un émissaire russe à Paris. Sa plus haute préoccupation est encore une fois de ne pas reconnaître comme empereur le chef du gouvernement français. Pratiquant une casuistique assez confuse, il ne croira pas déroger en préméditant de renier sa signature apposée par un mandataire spécial sur un acte considérable, un traité de paix, mais il craindrait d'offenser la morale s'il se donnait l'air de savoir qu'il existe à Paris un homme de quelque renommée qui s'appelle l'empereur Napoléon. Cet entêtement à ne pas vouloir se soumettre à un fait accompli cessera un jour comme tous les enfantillages; c'est après avoir été battu et rebattu qu'Alexandre I" se résignera à accepter en Napoléon un empereur aussi légitime du reste, si ce n'est plus, que le fondateur de la dynastie moscovite. On examina à Saint-Pétersbourg quelle forme on donnerait aux instructions de Penvoyé du Tsar. Il fallait que ce diplomate ne se doutât pas du rôle factice qu'il allait remplir. Par conséquent on ébaucha à son usage le programme d'une mission sérieuse. « La personne qui se rendrait en France, dit le chancelier russe, serait munie d'une commission formelle de pourvoir aux besoins des prisonniers russes qui sont dans ce pays. Elle serait munie d'une lettre l'autorisant à discuter et à s'entendre avec Talleyrand sur les bases qui pourraient mener à assurer une paix durable à l'Europe... Elle tâchera de lier une négociation commune avec l'Angleterre... Si Bonaparte, ajoute Czarloryski, ne voulait absolument céder sur aucun point, on pourrait conclure une trêve de huit, dix ou douze ans, en restant chacun dans les positions qu'on occupe... Alors on n'entretiendrait de part et d'autre que des agents, sans reconnaître le lilre

que Bonaparle a pris et ceux qu'il a donnés aux siens (1). 55 Il restait à chercher dans les cadres de la diplomatie russe l'homme, servilement dévoué qui, tout en prenant son rôle à la lettre, consentirait finalement à se croire coupable le jour où il serait désavoué par son souverain.

Du côté de l'Allemagne, voici ce qui se passait dans le même temps. Le prince Murât venait de prendre possession du grandduché de Berg et de celui de Clèves. Notre ambassadeur à Berhn écrivait : « Le Roi voit avec plaisir un prince français devenir sur le Rhin l'intermédiaire entre ses provinces de Westphalie et cette partie des frontières de France. Il fera volontiers en sa faveur, s'il y a possibilité, les arrangements qui l'arrondiraient en procurant des avantages équivalents à la monarchie prussienne (2). 5> Non moins de prévenance du côté français. Le Roi s'étant plaint que le séjour du général Barbou, commissaire du gouvernement français à Hanovre, gênait l'autorité du général prussien, Talleyrand mande à Laforest : « Bien qu'on considère à Paris que la présence du général Barbou prouve la bonne intelligence entre les deux gouvernements, on va lui donner l'ordre de rentrer en France comme un nouveau témoignage de déférence envers le roi de Prusse (3). » Toutefois un cas litigieux survint. Murât avait fait occuper le territoire des abbayes d'Essen et de Werden qui ne possédaient point de garnisons prussiennes. Il avait l'intime persuasion que ces petits districts — en tout vingt mille âmes — appartenaient à son domaine. La question, en somme, était douteuse. Après tant de mutations, rien n'était plus difficile à établir que les titres de propriété de ces épaves de l'Empire germanique. Néanmoins, à peine entrées dans les abbayes, les deux compagnies françaises furent cernées par deux

(1) Arcliices impcricdcs russes, etc., IjWXII, 356-357.

(2) Archives du minïsli-re des Affaires Etranijères , Prusse, 238. (\'e figure pas dans la publication allemande de Paul Bailleu.)

(3) Ibid., 238.

L'IXGIDEXT DES ABBAYES 503

bataillons prussiens. Delà pommait naître un conflit assez sérieux, car, ainsi que le fait remarquer Talleyrand, a lorsque deux bataillons j)russiens sont venus bloquer deux compagnies françaises, rien n'eut été plus facile au général français de faire bloquer à leur tour les deux bataillons prussiens par quatre bataillons français. Afin d'éviter toute complication, le ministre des Relations Extérieures s'empresse de proposer, ce qui semble assez équitable, « que les troupes prussiennes et françaises se retirent en même temps des pays sur le sort desquels on s'entendra à l'amiable (1). » Cette mesure paraîtra plausible, surtout si l'on se reporte aux paroles du roi de Prusse se disant disposé à des échanges avec le prince français. Nous reviendrons sur cet incident assez banal qui sera, faute de mieux, un des arguments invoqués par le roi de Prusse pour déclarer la guerre à la France .

Au mois de mai, les négociations en cours se continuent amiablement entre les Tuileries et les puissances. Cependant, comme la Prusse a désormais décidé son armement, il importe de lui laisser le temps de se mettre en ligne et par conséquent l'essentiel est de retenir ailleurs l'attention de Napoléon ; car, si ses relations avec l'Angleterre subordonnées encore aux questions préalables, venaient à se rompre, il pourrait fort bien surveiller de plus près ce qui se passe à Berlin. Pour éloigner ce risque, la Cour de Pétersbourg se hâte de faire le choix du diplomate qui se rendra k Paris et maintiendra Napoléon dans ses illusions pacifiques. En surplus, l'arrivée d'un plénipotentiaire russe aura pour premier résultat d'aplanir le différend entre Fox et Talleyrand. De cette façon les deux ministres n'auront aucun prétexte de rupture et la France restera suspendue à l'espoir de la paix générale. On n'a rien à craindre de laisser les choses aller ainsi en attendant que reparaissent les

(1) Archives du ministère des Affaires Ktrcnifjères , Prusse, 238.

symptômes d'un iiouceau conflit. Et la Russie sait pertinemment que les collègues de M. Fox s'opposeront à toute transaction dès qu'une guerre continentale apparaîtra comme probable ou seulement possible. Le Cabinet de Saint-Pétersbourg désigna donc AI. d'Oubril (1 ) liomme d'intelligence médiocre et fonctionnaire absurdement passif que nous avons déjà vu à Mayence, au moment de la cessation des rapports de la France avec la Russie. Et le caractère perfide de cette mesure en apparence conciliatrice est encore accusé par ce fait qu'au même moment, c'est-à-dire au milieu du mois de mai, notre ambassadeur à Berlin signalait une reprise de relations fréquentes entre AI. de Hardenberg et M. Jackson, envoyé anglais (2). Petit à petit et avec grande prudence, les ennemis de la France étendaient le réseau dans lequel ils s'efforçaient de l'enserrer.

Le tableau des événements qui se réfèrent au moig de juin commence par la levée de toute contestation entre Fox etTalleyrand; c'est la conséquence de l'envoi direct à Paris d'un ambassadeur russe. Le 14 juin, le roi d'Angleterre désigne un commissaire dans la personne de Francis Seyraour, comte d'Yarmouth. Celui-ci, comme tant d'autres de ses compatriotes, avait été retenu en France avec sa famille depuis le commencement des hostilités. Remis eu liberté sur une sim|)le demande de Fox, le comte d'Yarmouth avant de retourner en Angleterre avait été reçu par Talleyrand qui, au cours de celte visite, s'était montré dans les dispositions les plus pacifiques. C'est cette conversation et surtout sa qualité d'ami de Fox qui valurent à lord Yarmoulh la fonction d'envoyé extraordinaire du Cabinet britannique. Sa première entrevue avec le ministre français eut lieu le 15 juin 1806 (3). Il serait fastidieux de mentionner les phases multiples par lesquelles passèrent les propositions réciproques

(1) ArcJnves impériales russes, etc., LXWII, 363-36V.

(2) Arc/tioes du miuislère des Affaires Etrangères, Prusse, 238. (3j Comte deGardev, Histoire des traités de paix, IX, 296-297,

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