‹ Napoléon et la paixChapitre 118 sur 148 · LE CHEF D'ARMEE · texte numérisé non relu

LE CHEF D'ARMEE

pire (1). Véritable chef d'armée, dans la plus haute et la plus complète acception du mot, son même regard, qui a entrevu le sommet glorieux d'une entrée à Berlin, a plongé du même coup dans la giberne du dernier soldat pour y constater la présence de l'aiguillette réglementaire. Beaucoup croiraient déchoir si, dans la conception du plan des opérations générales, ils s'occupaient d'autre chose que des rassemblements majestueux des divisions ou des chocs impétueux des armées. Lui, dans l'étude de ce plan, il donne une place aussi large aux plus infimes détails des renseignements ou de l'équipement. Il professe qu' « à la guerre — il l'a dit souvent — le nombre n'est rien; que c'est un homme qui est tout [2) et que cet homme, c'est le chef» . Et effectivement, il est tout. Nulle autre expression ue peut le dépeindre.

Les instructions qu'il va dicter pour Berthier sont une preuve de plus qu'il n'avait rien préparé pour cette guerre de 1806. Il y avait si peu songé qu'on ne possédait en France aucune donnée sur les pays oii l'on devait opérer. Le 3 septembre, ou a connu à Paris la rupture avec la Russie. Le 5 septembre, c'est-à-dire vingt-cinq jours après que la Prusse avait commencé sa mobilisation, l'Empereur écrivait à Berthier pour lui demander dans quel étal de préparation se trouve la Grande Armée (3). Puis dans une seconde note du même jour il indique d'un trait de plume le lieu de concentration de l'armée française. Ce sera Bamberg et il calcule que, de cette ville, il lui faut dix jours de marche jusqu'à Berlin. Mais aussitôt d'innombrables questions sont adressées au major général : « Dites-moi quelle est la nature du pays de droite et de gauche; celle des chemins et des obstacles que l'ennemi pourrait présenter"? Qu'est-ce que la rivière de Saale et celle d'Elster à Géra .'' Qu'est-ce que la rivière

(1) Correspondance de Xapoléon I"^ \Ul, 210.

(2) Ibid., XVII, 480.

(3j Jbid., XIII, 149.

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de Luppe et celle de Pleisse vis-à-vis de Leipzij; ? Ensuite, qu'estce que la Mulde à Daben et de là jusqu'à son embouchure dans l'Elbe au-dessous de Dessau? Enfin qu'est-ce que l'Elbe qu'on passe à Wittenberg? Quelle est cette rivière pendant un cours de trente à trente-cinq lieues en descendant depuis les frontières de la Bohême; quels sont les ponts qui la traversent?... Vous ferez ramasser les meilleures cartes qui peuvent se trouver à Munich et à Dresde. Vous enverrez des officiers intelligents à Dresde et à Berlin. Ils s'arrêteront partout en route pour déjeuner, dîner, dormir, ne marcheront point de nuit et étudieront bien le local. Donnez-moi aussi des détails sur laSprée. Je n'ai pas besoin de dire qu'il faut la plus grande prudence pour obtenir ces renseignements (1). « Coup sur coup ce sont les préoccupations les plus diverses qui lui passent par l'esprit. Ses ordres sont lancés dans toutes les directions; rien n'échappe à sa prévoyance. A Berthier il écrit : « Si les nouvelles continuent à faire croire que la Prusse a perdu la tête, je me rendrai droit à Wurzbourg ou à Bamberg. Je fais partir mes chevaux demain et, dans peu de jours, ma garde... Ils partent sous prétexte de ia diète de Francfort, où je dois me rendre. Toutefois il faut bien du temps avant que tout cela arrive. Tâchez donc de vous procurer quelques chevaux pour moi... J'imagine que dans quatre ou cinq jours le quartier général, vos chevaux et vos bagages seront rendus à Bamberg; faites-moi connaître si je me trompe dans mes calculs... Je vous ai écrit pour avoir l'œil sur la citadelle de Wurzbourg et toutes les petites citadelles environnantes... Combien de jours faudra-t-il pour que le parc qui est à Augsbourg puisse se rendre à Wurzbourg (2)? w S'occupant du service des équipages militaires, dout l'entreprise a été concédée à une société particulière, la compagnie Breidt, il remarque, ^ sur les étals, que le sous-inspecteur aux revues

(1) Carres/iOTi'ia/ice Cie Xapoféon I", XIII, 150.

(2) lùicL, XIII, 162.

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