LE CHEF D'ARMÉE
Barbier a deux chevaux, appartenant à celte compagnie; que le maréchal Davout en a huit. Vous savez, ajoute-t-il, que mon intention est qu'aucun général ni officier n'ait de chevaux ni caissons appartenant à cette compagnie... Je vous rends responsable si vingt-quatre heures après la réception de cet ordre, il y a des chevaux ou des caissons attachés à des services privés... Faites-moi connaître comment se fait le service des ambulances. 11 me semble que les chariots de la compagnie Breidt ne sont pas propres à ce service. Chaque régiment doit avoir son ambulance. .. J'imagine que l'artillerie a des forges de campagne, est munie de métal de manière à avoir non seulement ce qui lui est nécessaire pour entrer en campagne, mais aussi à avoir ses approvisionnements (1). » Le même jour, des ordres sont donnés pour que Strasbourg, Mayence et VVesel, « les trois clefs de l'Empire, soient munies de blé, de farine, des moyens de les convertir en pain (2). » Au maréchal Bessières : « Faites-moi faire des fers non seulement pour les besoins actuels de toute la cavalerie, mais encore pour pouvoir en emporter un bon approvisionnement... Remettez-moi une situation claire qui me fasse connaître ce qui pourrait partir d'ici quatre ou cinq jours. Ayez soin qu'on retrempe les armes qui en auraient besoin, qu'on arrange les épinglettes, qu'on complète les tire-bourres et les petits bidons, tant pour la cavalerie que pour l'infanterie, . . Faites-moi connaître le nombre d'outils que porte chaque caisson, même les ambulances... L'expérience de la dernière guerre doit vous faire connaître ce qu'il faut de boulangers... Ln bon four peut faire du pain pour trois mille hommes (3).
Concurremment à ces prescriptions étaient lancés, cela va sans dire, les ordres relatifs à la formation générale de l'armée. Alise en route des fractions isolées allant rejoindre les régiments, sup-
(1) Correspondance de Kapoléon I", XIII, 163.
(2) Ibid., XIII. 167.
{■i) Ibid., XI 11. 174.
putation des effoctifs par compagnie, par bataillon à une unité près, tout est désigné, additionné par lui, affecté onsuito à telle ou telle brigade. Il fait manœuvrer d'ensemble les escadrons ou les bataillons stationnés déjà en Allemagne et ceux qui sont à Maëstricht, à Gand, à Tournay, à Moulins, à Saint-Quentin, à Boulogne, à Saint-Brieuc, à Grenoble, à Turin ou à Alexandrie (1). Généraux, officiers, soldats, chevaux, pièces de canon, tout cela entre dans sa pensée, et en sort aussitôt placé au rang d'attaque ou de défense sur le vaste théâtre où, dans son imagination, il les voit évoluer soit en une marche triomphale, soit dans la retraite en cas d'insuccès.
Pensant à ses équipages personnels, il mandeàCaulaincourt : « Faites arranger toutes mes lunettes. Faites partir demain soixante chevaux parmi lesquels il y en aura huit de ceux que je monte... Faites aussi partir mes mulets et mes cantines munies de tout ce qui est nécessaire; aussi mes petits porte-manteaux, dont je me suis servi avec tant d'avantage dans ma dernière campagne... Je désire qu'il y ait un fourgon qui porte une tente et un lit de fer. Si vous n'en avez pas, demandez-les à la princesse Caroline et vous les ferez remplacer de suite. Je désire que la tente soit solide et que ce ne soit pas une tente d'opéra... Vous ferez joindre quelques forts tapis... Je désire que le départ de mes chevaux se fasse avec tout le mystère possible. Tâchez que l'on croie que c'est pour la chasse de Compiègne. Ce sera toujours, jusqu'à leur passage à Compiègne, deux jours de gagnés... Mes fourgons avec le reste de mes chevaux et mes bagages de guerre, habillements, armes, etc., ainsi que toute la partie de ma maison que le grand maréchal aura préparée, seront prêts à partir dimanche... Le maréchal Bessières, le grand maréchal du Palais, vous, le général Le Marois, son aide de camp, le prince Borghèse, l'adjoint du Palais Ségur, feront également
(1) Correspondance de Xapoléon /", XIII, 148 à 175.
PROTESTATIOX DE L'AMBASSADEUR PRISSIEX S-^S
partir leurs chevaux. Et, en parlant à ces différents officiers, vous leur direz qu'ils sont destinés à m'accompagner à la diète de Francfort (1). »
Cette discrétion, chaleureusement recommandée bien qu'elle soit dans les habitudes des chefs d'armée, n'avait nullement pour but de tromper la vigilance de la Prusse, car, trois jours avant d'édicter ces ordres, Napoléon lui-même avait nettement révélé ses intentions à Lucchesini qui retournait à Berlin. D'ailleurs la Prusse n'était plus à surprendre, attendu que depuis un mois elle vivait sur le pied de guerre. Donc si l'Empereur activait ses préparatifs, c'était simplement parce qu'il ne se croyait pas le droit de compromettre la sécurité de la France et parce qu'il était déterminé aussi à châtier de façon exemplaire la témérité de la Cour de Berlin, si réellement elle avait osé diriger ses armements contre lui. Ne sachant pas faire les choses à demi, il avait organisé dès le premier moment son armée en vue d'une offensive vigoureuse et efficace, «Si véritablement je dois encore frapper, écrivait-il à Joseph, mes mesures sont bien prises et si sûres que l'Europe n'apprendra mon départ de Paris que par la ruine entière de mes ennemis (2), « Néanmoins il conservait au fond de lui-même l'espoir que toute chance de paix n'était pas encore perdue.
C'est le 7 septembre qu'il avait fait appeler l'ambassadeur prussien ; nous allons voir dans le rapport de ce diplomate avec quelle noble franchise Napoléon exprimait ses griefs et ses projets dont il ne fardait même pas les détails qui étaient encore secrets pour son entourage : « La Prusse a eu tort d'armer, dit l'Empereur, car je n'en voulais point à ses Etats. Si l'augmentation réelle ou imaginaire de mes forces sur l'Ems, en \V estphalie €u en Franconie inquiétait votre Cabinet , pourquoi ne pas me demander que je les retirasse? Je l'aurais fait; on me demanda
(1) Correspondance de Xapoléoti /", XIII, 164
(2) Ibid., XIII, 176.
la même chose lorsque j'élais maître du pays de Hanovre, et je l'ai fait... Tant que j'ai pu compter sur la ratiflcation du traité signé par le sieur d'Oubril, je pouvais être indifférent aux armements que l'on faisait chez vous; mes ministres avaient ordre de n'en parler ni ici, ni à Berlin, ni ailleurs. J'aurais même fait retirer mes troupes devant les vôtres; elles seraient rentrées en France. Mais, depuis que le Cabinet de Saint-Pétersbourg a refusé de ratifier le traité de paix, la face des affaires est entièrement changée. » L'ambassadeur prussien protestait de toutes ses forces que les armements prussiens n'étaient le résultat d'aucune entente.
Napoléon, bien maître de lui et parfaitement décidé à ne plus se laisser berner par de jolies phrases, répétait doucement et sans doute d'une façon un peu narquoise : « Dans mon intérieur je suis persuadé, je vous l'avoue, de la vérité de ce que vous me dites, qu'il n'y a pas eu de rapports entre ce refus et vos armements et qu'il n'existe jusqu'ici aucune intelligence entre Berlin et Pétersbourg pour attaquer la France. Cependant mon jugement et les apparences les plus vraisemblables m'ont si souvent trompé, je me suis si complètement abusé sur la dernière coalition, que je dois suivre une ligne géométrique et tâcher de prévenir lorsque je puis être prévenu. Si je n'eusse eu une répugnance extrême à faire la guerre à la Prusse, après Austerlitz je serais tombé sur elle comme une bombe et j'aurais pu lui faire beaucoup de mal. Mais j'envisageais la mort d'un Prussien ou d'un Français, pour une guerre aussi insensée, comme un crime politique... Aussi je n'entreprendrai une guerre contre la Prusse que pour l'honneur de mon pays et pour la sûreté de mes alliés confédérés... Si vos jeunes officiers et vos femmes de Berlin veulent la guerre, ils l'auront. Je me prépare à les satisfaire. J'ai ordonné au maréchal Berthier de faire reprendre à mon armée d'Allemagne toutes les positions dont elle avait commencé à se retirer. Je fais filer des troupes du camp
LAXGAGE AMICAL DE XAPOLÉOX 545
de Boulogne. Je lèverai, au lieu de trente mille, quatre-vingt mille recrues. Je rassemblerai une partie des gardes nationales; je ferai, s'il le faut, marcher ma garde... i\ous respectons votre armée, nous n'ignorons pas vos ressources, mais je sais aussi calculer le temps qu'il vous faut pour rassembler vos forces et celui qu'emploieraient les armées russes pour venir à votre secours. Si je suis forcé à une guerre si contraire à mes vues et aux intérêts des deux peuples, il faut que je profite des avantages de mes positions. Voilà ce qui m'oblige à presser les déterminations de votre Cour pour la cessation de ses armements (1). 55 Ainsi parlait l'E mpereur trois semaines encore avant qu'il quittât Paris pour se mettre à la tête de ses armées. Ainsi parlait-il à son ennemi qui visiblement s'apprêtait à l'attaquer. Aurait-il pu parler à un ami avec plus de sincérité, avec plus de désintéressement? Car après tout il ne demandait rien, rien que la cessation des préparatifs hostiles et, en échange, il offrait de dissiper toute cause d'inquiétude. Quel autre langage aurait pu tenir le prince réputé le plus débonnaire ou le plus indulgent, le plus réfractaire aux entreprises belliqueuses? Il convient de le demander aux biographes ordinaires de Napoléon.
Le gouvernement français ne s'en tint pas à la conversation de l'Empereur avec M. de Lucchesini qui allait partir pour Berlin. Le 11 septembre, Talleyrand remettait au général de Knobclsdorff, le nouvel envoyé prussien, une note par laquelle il disait : «... Des renseignements venus de Berlin, dans les premiers jours de septembre, ont fait savoir que la garnison de cette ville était sortie pour se rendre aux frontières, que les armements redoublent en Prusse et que, publiquement, on les présente comme dirigés contre la France... Ces dernières nouvelles diminuent l'espoir qu'on avait fondé à Paris sur la mission
(1) Arcliices royales prussiennes, etc., II, 560-564.
du général de Knobelsdorff. Elles donnent raison à ceux qui y ont vu un système combiné avec les ennemis de la France. iXonobstant, le gouvernement français veut croire encore à un malentendu et espère que tout sera replacé dans le système de bonne intelligence, d'alliance et d'amitié (l). »
Que répondait à ce document le général de Knobelsdorff, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire du roi de Prusse? « Les motifs qui ont engagé le Roi mou maître à faire des armements ont été l'effet d'une trame des ennemis de la France et de la Prusse qui, jaloux de l'intimité qui règne entre ces deux puissances, ont fait l'impossible pour jeter l'alarme par de faux rapports venus à la fois de tous côtés. Mais surtout ce qui prouve l'esprit de cette mesure, c'est que Sa Majesté Prussienne ne l'a concertée avec qui que ce soit... La relation des intéressants entretiens que Sa Majesté Lnpériale a daigné avoir avec le soussigné et le marquis de Lucchesini ne pouvant encore être arrivée à Berlin, le soussigné ne peut que témoigner le vœu le plus ardent que les actes publics restent suspendus jusqu'au retour du courrier dépécbé à Berlin (2). »
Cette affirmation qu'il n'existait aucune entente entre la Prusse et d'autres puissances serait d'unfi rare audace, si la bonne foi de M. de Knobelsdorff pouvait èlre suspectée, mais il est avéré que ce diplomate avait été duj^e, le premier, des instructions de sa Cour. Le général de Knobelsdorff, militaire dans l'ànie, aurait cru commettre unsacrilège s'il avait osé élever le moindredoute sur la parole de son Roi. Avant que Knobelsdorff partît pour Paris, Frédéric-Guillaume ill lui avait affirmé que la mobilisation prussienne n'avait pour objet qu'une mesure défensive, commandée par les circonstances, mais qui n'était nullement
(1) Arc/iives du ministère des Affaires Ktrnnijlres, /'r/z.yjf , 239. (Xc figure pas dans la publication allemande de Paul Bailleu.)
(2) Arcliioes du ministère des Affaires Etrangères, Prusse, 239. (Xc figure pas dans la publication allemande de Paul Daillcu.)
DERXIKRES TEXTATIVES DE COXCILI ATIOX 547
dirigée contre la France. Fort de cette explication, le général était prêt désormais à jurer que la France se leurrait en se croyant menacée par la Prusse. Il aurait enduré les derniers supplices avant de croire que son souverain avait pu altérer sciemment la vérité.
Ainsi, par un raffinement de perfidie, le Cabinet de Berlin avait pensé que le meilleur moyen de tromper Napoléon était d'induire d'abord en erreur le plénipotentiaire qu'on lui envoyait. La perspicacité du gouvernement français n'alla pas, il faut l'avouer, jusqu'à deviner ce perfectionnement de l'art du mensonge. Il ne vint à personne le soupçon qu'une notification officielle, signée d'un général ambassadeur, était une imposture. Tout naturellement on se plut à y voir la préface d'explications plus complètes qui effaceraient le malentendu d'où aurait pu sortir la guerre. Afin de faciliter les arrangements ultérieurs et de donner plus de poids aux déclarations qu'il avait déjà faites, l'Empereur, ce même jour 12 septembre, écrivit au roi de Prusse une lettre dont nous détachons les passages essentiels : « Si je suis contraint de prendre les armes pour me défendre, ce sera avec le plus grand regret que je les emploierai contre les troupes de Votre Majesté. Je considérerai cette guerre comme une guerre civile, tant les intérêts de nos Etats sont liés. Je ne veux rien de Votre Majesté. Je ne lui ai rien demandé... J ai une telle opinion de sa justice que je m'en rapporte à Elle pour savoir qui a tort dans cette circonstance, de la Prusse ou de la France. Tous les renseignements qu'on lui a donnés sont faux... Je suis ami ou ennemi franchement. Je tiens plus que par le cœur à Votre Majesté, je tiens à Elle par la laison. Toutefois je viens de faire aussi des dispositions pour me mettre en mesure contre ses troupes qui menacent d'attaquer mon armée d'Allemagne. Je l'ai fait parce que j'aurais été coupable envers mon peuple, si je ne m'étais prémuni contre les préparatifs formidables qu'elle fait, préparatifs qui sont si
avancés que les troupes de sa capitale sont parties... Je dois le dire à Votre Majesté, jamais la guerre ne sera de mon fait parce que, si cela était, je me considérerais comme un criminel ; c'est ainsi que j'appelle un souverain qui fait une guerre de fantaisie, qui n'est pas justifiée par la politique de ses Etats... Que Votre Majesté me réponde qu'elle a contremandé ses dispositions et je coniremanderai les miennes de grand cœur (]). 55
Afin de hâter la solution du différend, le Cabinet des Tuileries ne se contenta pas encore de la letlre de l'Empereur à Frédéric- Guillaume. Il confia à M. Laforest de pleins pouvoirs pour accorder toute satisfaction à la Prusse : « Si M. de Haugwilz a besoin d'assurances tranquillisantes, écrivait Talleyrand, vous pouvez lui en donner. Vous pourrez même, s'il le désire, prendre vis-à-vis de lui-même par écrit l'engagement qu'aucune troupe ne passera le Rhin ; que tous les corps qui sont en marche pour s'y rendre rétrograderont ; que la levée de cent mille hommes sera contremandée; que les troupes qui sont en Westphalie, au lieu d'être augmentées, seront diminuées ; qu'il n'y en aura point sur l'Ems, si de son côté la Prusse désarme, replace ses troupes sur le pied de paix et dans leurs cantonnements ordinaires et si elle reprend à l'égard de la France son attitude accoutumée... w
Pourtant, comme la France n'est point dans son tort, ce n'est pas à elle d'implorer merci en quelque sorte devant les menaces de la Prusse. L'ambassadeur devra donc conserver toute sa dignité. Le gouvernement français s'est assez avancé. Les jalons de conciliation ont été suffisamment posés par les instructions de l'Empereur et par sa lettre au Roi. C'est au Cabinet de Berlin qu'il apparlient maintenant, si toutefois il en a Penvie, de faire un pas en avant. Il importe donc à AI. Laforest de ne pas avoir l'air d'éprouver la moindre impalience ou
(1) Correspondance de Napoléon l^\ XIII, 170.
DERXIERES TEXTATIVES DE COXCILIATIOY 549
inquiétude. « Vous ne donnerez, recommande Talleyrand, les assurances et les explications, vous ne ferez les déclarations qui précèdent que quand l'occasion vous en sera offerte. Vous les ferez même attendre. Vous vous laisserez chercher, vous serez même malade pour manquer au rendez-vous ; vous tiendrez en un mot une conduite toute passive , la conduite d'un homme que rien n'inquiète, qui n'est pressé de rien, à qui il n'a point été ordonné de faire aucune démarche. »
Cependant le Cabinet dos Tuileries ne tolérera plus qu'on l'abuse par de vaines chimères, par des essais de persuasion qui ont fait leur temps. Il n'est pas possible, sous peine d'excessive imprévoyance, de laisser se continuer les mouvements des armées prussiennes. Il faut de toute nécessité indiquer une limite à leur marche. Elles seront libres de sortir de cette limite ou de rester en deçà- mais, si elles la franchissent, cela équivaudra aux yeux de la France à une formelle déclaration de guerre. « Vous ferez connaître à M. de Haugwitz, ajoute Talleyrand, que si les Prussiens occupent la Saxe, vous avez l'ordre de demander sur-le-champ vos passeports, vous les demanderez effectivement et vous quitterez Berlin immédiatement, dans le cas où la Saxe serait réellement envahie, parce que l'occupation de ce pays remuerait trop les flancs de l'armée française (1). «
On sentait à Paris qu'en attendant les réponses de Berlin, chaque jour qui s'écoulait constituait un avantage pourla Prusse au détriment de la France. Les nouvelles se succédant plus alarmantes les unes que les autres, on en arrivait à regretter de s'être engagé moralement à surseoir aux grandes mesures de guerre, jusqu'à ce que la Prusse se fût prononcée sur les dernières déclarations de l'Empereur. Sous ces appréhensions grandissanles, Napoléon crut devoir, tout en respectant sa parole, donner une impulsion plus active aux concentrations et organi-
(1) Arr/iives du ministère des Affaires FAran<]ères, Prusse, 239 (12 septembre 1806.)
salions des Iroupes de l'intérieur. Talleyrand s'en expliquait visà-vis de M. de Knobelsdorff, le 19 septembre, en disant : « Les nouvelles qu'on reeoil chaque jour portent tellement le caractère d'une guerre imminente que Sa Majesté Impériale doit avoir quelque regret de l'engagement qu'elle a pris de ne pas encore appeler ses réserves et de différer la notification conslitutionnelle d'après laquelle toutes les forces de la nation seraient mises à sa disposition. Elle remplira cet engagement, mais elle croirait manquer à la prudence et aux intérêts de ses peuples de ne point ordonner dans l'intérieur toutes les mesures et tous les mouvements de troupes qui peuvent avoir lieu sans notification préalable... La guerre entre les deux Etats apparaît à FEmpereur une véritable monstruosité politique... Ses dispositions sont tellement étrangères à toute idée de guerre avec la Prusse qu'il a déjà commis une faute militaire très grave en retardant d'un mois les préparatifs et en consentant à laisser passer quinze jours sans appeler ses réserves et les gardes nationales (1). "
Devant celte communication, le général de Knobelsdorlf confirme avec une sincérité déconcertante les assurances qu'il a données précédemment. Sa loyauté irréprochable servit les desseins de la Prusse mieux que ne l'auraient fait les jeux de comédie d'un mystificateur du plus grand talent. «Le soussigné, Knobelsdorff, s'empresse de réitérer que Sa Majesté le roi de Prusse, loin d'avoir jamais eu l'idée de renoncer à ses rapports d'amitié avec la France, partage tous les sentiments pacifiques de Sa Majesté FEmpereur; que, loin d'être entrée dans un concert avec les ennemis de la France, Sa Majesté Prussienne a
(1) Archives du ministère des Affaires Klrauijèrcs , Vrusse, 239, lOseplcnibrc 1806. (JVe figure pas dans la publication allemande de Paul Caillou.) Il y a lieu de s'étonner que rien des pièces de la mission extraordinaire; du général de Knobelsdorff n'ait trouvé place dans ce recueil pourtant si copieux. On doit regretter également que l'auteur n'ait pas donné ou n'ait pas pu donner les instructions du gouvernement prussien à Knobelsdorff, comme il avait donné celles remises, en différentes circonstances, à ce même général et à d'autres ambassadeurs.