LA FIKVRK BELLIQUEUSE EX PRUSSE
toujours cherché à cahner tous les ressentiments pour fociUter le rétablissement de la paix générale (1). " On conviendra qu'il était heureux que l'Empereur eut pris la résolution inébranlable de ne plus se laisser endormir par ces protestations d'autant plus dangereuses qu'elles émanaient d'un cœur honnête et qu'elles étaient formulées avec l'accent d'une naïve droiture.
Afm qu'on ne crût pas à Berlin que les mesures prescrites dans l'intérieur de l'Empire modifieraient en quoi que ce fût les intenlions exprimées par Napoléon, Talleyrand mandait à Laforest, le 19 septembre : « Ou pourra vous dire que l'Empereur a fait partir ses bagages, que le camp de Meudon est levé, que la Garde impériale s'avance à grandes journées; vous devez répondre que tous ces faits sont vrais, mais vous devez ajouter que vous avez des pouvoirs suffisants pour arrêter les corps de troupes partout où ils se trouveront au moment où la Prusse désarmera (2). 5?
Hélas ! rien dans les propositions françaises n'était applicable en l'état où se trouvaient à cette époque les esprits à Berlin, Aucune voix, de si haut qu'elle se fît entendre, n'aurait pu dominer le tumulte des cris de guerre ; nous l'avons dit, la fièvre belliqueuse avait atteint son paroxysme. C'était une frénésie quand passait la reine Louise parée maintenant des couleurs écarlates de son régiment, sanglée dans sa tunique de dragon qui lui seyait h merveille. Les élégances recherchées n'étaient point bannies de cet ajustement guerrier. Des zibelines et des dentelles contournaient une discrète échancrure ménagée sur le devant du corsage. Les cheveux, flottant en blondes et soyeuses ondulations, semblaient se dénouer des fouiragères d'or qui s'entre-croisaient autour d'un schako rouge à visière noire. Radieuse et fière sous ce costume plus théâtral encore
(1) Arc/nves du ministère des Affaires Etrangères, Prusse, 239 (20 septembre 1806)
(2) Arc/lices du ministère des Affaires Etrangères, Prusse, 239. (19 septembre 1806.)
que guerrier et qui rehaussait de grâce piquante et mutine ses charmes de belle amazone (1), la reine Louise conduisait ses diagons à travers la capitale (2). Non moins acclamé était le prince Louis-Ferdinand, le vicaire fervent de la royale déesse. N'était-il pas le promoteur le plus actif de la guerre? Ne lui devait-on pas ces marques de reconnaissance? Les généraux, les officiers étaient aussi Fobjet de l'admiration populaire, qui s'exaltait à leurs discours téméraires et pleins de jactance. Ils assuraient crânement « que, si Napoléon avait pu venir facilement à bout des Autrichiens, le jour où il aurait affaire avec les Prussiens — avec Tarmée du grand Frédéric — il en verrait de belles (3) » . Ln major Von Kamptz se vantait d'avoir vu les Français de près et disait : « En trois mois et avec des forces égales aux deux tiers des leurs, nous chasserions à coups de fouet ces gaillards au delà du Rhin, j'en gage sur mon salut (4). 55 La plupart des généraux professaient que " Napoléon n'était pas digne d'être caporal dans l'armée prussienne (5) ». D'ordinaire si réservé, le prince Hohenlohe, en présence de la conflance générale, se serait laissé aller à dire : « J'ai battu les Français dans plus de soixante affaires et, ma foi, je battrai Napoléon pom'vu qu'on me laisse les bras libres quand je serai aux prises avec lui (6). » L'ivresse des futurs combats, en agissant sur les esprits en démence, les provoquait aux insolences les plus extravagantes. Il se trouva de ces Achilles, frais émoulus de l'Ecole des Cadets, pour aller aiguiser leurs sabres sur les marches de l'hôtel de AI. Laforest, notre ambassadeur (7). La foule les
(1) Voir le portrait de la reine Louise, estampe de Sweebach, au musée des Hobenzolleru, château de Monbijou, à Berlin.
(2) Adami, Luise Ki'miçjin von Prenssen, p. 173. (3j Arxim, l'erliviiite Geschiclite, IV, 28.
(4) C. Vox DER GoLTZ, Rosbûck etiéna, p. 348.
(5) Ibid., p. 349.
(6) lùid., p. 349.
(7) Armm, Vertraute Geschiclite, II', 28; Correspondance de Napoléon I". XIII, 434; Souvenirs du fjénèral Colbert, II, 371 ; Mémoires du gênerai l'ouget, p. 83.