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LE LABEIR DE L'EMPEREUR

priétaires des chevaux pourvoiront eux-mêmes aux fourrages. Les voilures seront payées par le major de chaque régiment, les quittances seront remises au sous-préfet qui vous les enverra incontinent.. . Comme le temps est très court pour les premiers relais, j'ai fait envoyer parle maréchal Bessières un officier d'étatmajor qui aura vu le sous-préfet de Meaux avant quatre heures du matin, de manière que quand les commissaires des guerres arriveront le sous-préfet aura déjà pris ses dispositions (1). » En moins de trois jours, du 19 au 21 septembre, durant les heures qui sont arrachées aux réceptions, aux audiences impossibles à éviter en ces instants critiques, l'Empereur dicte avec la même méthode, la même netteté, quarante-cinq ordres comprenant environ quinze mille mots dont chacun, s'il n'était pas exact, s'il n'était pas à sajuste place, pourrait donner heu à une équivoque, à une fausse direction, peut-être à la confusion d'une partie des plans. Les angles de l'échiquier sur lequel Napoléon travaille sont marqués en haut par Amsterdam et Berlin, en bas par Xaples et Bayonne. C'est d'Ltrecht, de Montpellier, du Havre, de Stuttgart, de Toulon, de Bade, de Grenoble, de Munich, de Gênes, de Carisruhe qu'il prend des brigades, des régiments, des bataillons, parfois une escouade, un général ou un officier, pour les éparpiller sur les routes qui mènent à Wesel, Mayence, Francfort, Wurzbourg et Bamberg. Moyennant des avis donnés parallèlement, leurs gîtes d'étapes sont prévus, leur subsistance est assurée partout. Ces unités, ces fractions sont maniées avec adresse et facilité comme des termes algébriques sans valeur propre, mais passant l'un dans l'autre, se multipliant, se réduisant à la fin en une savante formule qui régit la concentration des corps d'armée. Les maréchaux commandant ceux-ci ont reçu d'autre part, et à l'heure voulue, les insiruclions qui concernent le rassemblement général.

(1) Correspondance de Xa/>o/éon I"', XIII, 211.

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A ces conceptions de stratégie pure se mêlent les |)iTOccupalions de détails d'une minutie invraisemblable : « Y a-t-il des souliers ici? Envoyez des ca|)otes là; des bidons, des marmiles, en existe-t-il en suffisance? Qu'on n'hésite pas, qu'on en achète chez les habitants, mais surtout qu'on ne fasse j)as de vilenies, qu'on les j)aye exactement. On a sans doute pensé aux légumes, à la viande, à la farine, mais a-t-on songé qu'il fiiilait du bois pour Iransfoi-mer cette farine en pain? Est-on muni de bois dans les places fortes? Qu'on en fasse venir du Tyrol, Y a-t-il des baraques de corps de garde sur les glacis de Mayence? «

Il exige qu'on lui réponde à toutes ces questions et, |)ar surcroît de j)rudence, il les fait contrôler de deux ou trois côtés. A travers celle mullilude affolante d'interrogations, de prescriptions, on est stupéfait de voir filer tout à couj) des messages relatifs soit à l'emprunt de \aj)les et à la manière dont il doit se faire, soit à une pension qu'il faut délivrer à un ancien militaire de cent deux ans, soit aux recettes inexactes du percepteur de Venise, soit à la culture du coton en Corse, soit à un courrier arrêté par des voleurs entre Modane et Reggio, soit à la nomination des ])ersonnes qui accompagneront l'Impératrice en voyage, avec la désignation de la place de chacune dans les voilures, soit à des j)rêtres qu'il faut expulser deXaples j)arce qu'ils sont agents des intrigues anglaises; enfin ce billet ainsi conçu : « Demander à M. Denon s'il est vrai qu'on ait retardé hier l'entrée du Muséum et qu'on ait fait attendre le public. On ne ])eut rien faire qui soit |)lus contraire à mon intention (1). » Ajoutez-y les conseils de gouvernement à son frère Joseph, roi de Naples, et à son beau-fils Eugène, vice-roi d'Italie; comprenez-y les éclaircissements sur les causes de la guerre, rédigés en longues lettres à l'usage de ses alliés, les rois de Wurtemberg, de Bavière et l'Electeur de Dade dont il réclame le concours,

(1) Correspondance de Xapoléon / ', XIII, 210 à 2V5.

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et vous aurez à peu près la nomeuclalure du travail de l'Empereur, en ces trois jours des 19, 20 et 21 septembre 1806.

Celte besogne phénoménale n'est pas d'un ctourneau, ni d'un forcené. Tout y est efflcace ; les ordres s'y précipitent, innombrables comme d'un imperceptible point lumineux, des infinités de rayons symétriques s'élancent pour projeter au loin la clarté dans le chaos.

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