‹ Napoléon et la paixChapitre 128 sur 148 · LA CERTITIDE DE \AI\CRE · texte numérisé non relu

LA CERTITIDE DE \AI\CRE

Jamais l'Empereur n'aurait osé espérer s'emparer de la haute vallée de la Saalle sans rencontrer de résistance; dès lors il considère que les Prussiens sont inévitablement perdus. Il l'annonce à tout le monde, de tous les côtés à la fois. Le 1:^, à quatre heures du soir, il écrit à Lannes : «... Toutes les lettres interceptées font voir que les ennemis ont perdu la tête. Ils tiennent conseil nuit et jour et ne savent quel parti prendre. Vous verrez que mon armée est réunie, que je leur barre le chemin de Dresde et de Berlin... Jusqu'à cette heure, ils montrent bien leur ignorance de Tart de la guerre... (1).» D'autre part il mande à Alurat : « l'ous verrez par la situation de l'armée que j'enveloppe continuellement l'ennemi (2). » Dans un billet à Talleyrand il dit : « Les affaires vont ici tout à fait comme je les avais calculées, il y a deux mois, à Paris, marche par marche, presque événement par événement; je ne me suis trompé en rien... Il se passera des choses intéressantes d'ici deux ou trois jours ; mais tout paraît me confirmer dans l'opinion que les Prussiens n'ont presque aucune chance pour eux. Leurs généraux sont de grands imbéciles. On ne conçoit pas comment le duc de Brunswick, auquel on accorde des talents, dirige d'une manière aussi ridicule les opérations de son armée (3), » L'Empereur est tellement fort de ses positions, il est tellement sûr du résultat final qu'il n'hésite pas à proclamer publiquement ce qu'il écrit à ses collaborateurs ou confidents. Au mépris des indiscrétions et de l'espionnage, il dit le même jour dans le deuxième Bulletin : « Dresde ni Berlin ne sont couverts par aucun corps d'armée. Tournée par sa gauche, prise en flagrant délit au moment où elle se livrait aux combinaisons les plus hasardées, l'armée prussienne se trouve dès le début dans une position assez critique. Elle occupe Eisenach, Gotha,

(1) Capitaine FoucART, Campacjne de Prusse,^. ôVù.

(2) Ibid., p. 522.

(3) Correspondance de Xapoléon I", XIII, 342.

Erfurt, Weimar. Lo 12, l'armée française occupe Saalfeld et Géra, et marche sur Naumbour;] et léna. Les coureurs de l'armée française inondent la plaine de Leipzig (1). »

Par quel miracle d'imprévoyance, de cécité épaisse, les généraux prussiens ne parèrent-ils pas à leur situation périlleuse, quand Napoléon la démontrait en termes si clairs et si précis, l'affichait, pour ainsi dire, à tous les poteaux de son camp? Comment n'eurent-ils pas la seule idée capable de leur offrir une chance de salut ? Pourquoi ne se concentrèrent-ils pas en une masse carrée de cenl cinquante mille hommes, formidable barricade humaine qui fermerait la route de Berlin menacée si visiblement par les Français? Mais ils étaient paralysés dans leurs moyens par la secousse qu'ils avaient subie instantanément lorsque le danger s'était dressé devant eux. Napoléon au contraire gardait tout son sang-froid ; il ne se laissait enivrer ni par ses succès du début, ni par sa certitude de vaincre que partageaient ses lieutenants, dont l'un, Davout, écrivait dès le 12 : ce Cette campagne promet d'être plus miraculeuse encore que celles d'Ulm et de Maiengo (2). » Si heureuses que fussent ces prémices, si grande que fût sa confiance dans la valeur de son armée, l'Empereur, sachant à quel prix on achète la victoire, ne se croyait dispensé d'aucun effort. Ce n'est point une image de dire qu'il peinait nuit et jour. Le seul repos qu'il se donnait, c'était de huit heures à minuit, c'est-à-dire au moment où les mouvements du jour sont terminés et où ceux du lendemain ne sont pas commencés, La somme de son travail, ses excès de fatigue sont relatés simplement par lui-même dans une lettre qu'il écrivit à Joséphine en cette nuit du 12 au 13, quand, à deux heures, il arriva au village de Géra. Il faut citer cette lettre entièrement pour voir l'homme dans son activité prodigieuse, dans sa tranquille confiance, dans son indifférence de toute

(1) Capitaine Foicart, Campagne de Prusse, p. 525

(2) Correspondance du maréchal Bavout, I, 275.

DERMÈRE EXHORTATÎO.V PACIFIQUE 583

lassitude corporelle, dans son désir de rassurer les syens, et même dans sa bonhomie : Géra, deux heures du matin. « Je suis aujourd'hui à Géra, ma bonne amie ; mes affaires vont fort bien et tout comme je pouvais l'espérer. Avec l'aide de Dieu, en peu de jours cela aura pris un caractère bien terrible, je crois, pour le pauvre roi de Prusse que je plains personnellement parce qu'il est bon. La Reine est à Erfurt avec le Roi; si elle veut voir la bataille, elle aura ce cruel plaisir. Je me porte à merveille, j'ai déjà engraissé depuis mon départ; cependant je fais de ma personne vingt et vingt-cinq lieues par jour, à cheval, en voiture, de toutes les manières. Je me couche à huit heures et suis levé à minuit. Je songe quelquefois que tu n'es pas encore couchée (1). •>•>

Il résulte sans conteste, pensons-nous, des documents que nous venons de citer, que l'Empereur, le 12 octobre, était absolument persuadé de vaincre l'armée prussienne; que cela ne faisait pas l'ombre d'un doute dans son esprit. Or il recherchait si peu les émotions sanguinaires des champs de bataille, qu'en dépit de son assurance il adressa, ce jour même, au roi de Prusse, une lettre par laquelle il lui offrait encore de conclure la paix. Oui, à cette heure décisive, malgré tous ses avantages, malgré le trouble que la défaite de Saalfeld avait dû jeter dans les rangs prussiens, il ne réclamait pas autre chose que le désarmement réciproque. Pour cette dernière tentative pacifique, il prenait prétexte d'accuser réception de l'ultimatum prussien du 1" octobre et du volumineux manifeste daté du 7 : « Votre Majesté, disait Napoléon, m'a donné rendez-vous le 8. En bon chevalier, je lui ai tenu parole. Je suis au milieu de la Saxe. Qu'elle m'en croie, j'ai des forces telles que toutes ses forces ne peuvent balancer longtemps la victoire. Mais pourquoi répandre tant de sang ? A quel but ? Je tiendrai à Votre

(1) Lettres de Xapoléou à Joséphine, II, 182.

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Majesté le même lanj}af|e que j'ai tenu à l'empereur Alexandre deux jours avant la bataille d'Auslerlitz. ...Sire, j'ai été votre ami depuis six ans. Je ne veux point profiler de cette espèce de vertige qui anime ses conseils et qui lui a fait commettre des erreurs politiques dont l'Europe est encore tout étonnée et des erreurs militaires de l'énormité desquelles l'Europe ne tardera pas à retentir. Si elle m'eût demandé des choses possibles par sa note, je les eusse accordées ; elle a demandé mon déshonneur, elle devait être certaine de ma réponse. La guerre est donc faite entre nous, l'alliance est rompue pour jamais. Mais pourquoi faire égorger nos sujets? Je ne prise point une victoire qui sera achetée par la vie d'un bon nombre de mes enfants. Si j'étais à mon début dans la carrière militaire et si je pouvais craindre les hasards des combats, ce langage serait tout à fait déplacé. Sire, Votre Majesté sera vaincue. Elle aura compromis le repos de ses jours sans l'ombre d'un prétexte. Elle est aujourd'hui intacte et peut traiter avec moi d'une manière conforme à son rang... elle traitera avant un mois dans une situation différente... Elle m'a dit qu'elle m'avait souvent rendu des services. Eh bien, je veux lui donner la preuve du souvenir que j'en ai. Elle est maîtresse de sauver à ses sujets les ravages et les malheurs de la guerre. A peine commencée, elle peut la terminer, et elle fera une chose dont l'Europe lui saura gré. Sire, je n'ai rien à gagner contre Votre Majesté. Je ne veux rien et n'ai rien voulu d'elle. La guerre actuelle est une guerre impolitique... Je prie Votre Majesté de ne voir dans cette lettre que le désir que j'ai d'épargner le sang des hommes et d'éviter à une nation, qui géographiquement ne saurait être ennemie de la mienne, l'amer repentir d'avoir trop écouté des sentiments éphémères qui s'excitent et se calment avec tant do facihté parmi les peuples (1). "

(l) Correspondance de \apoléo7i I", XIII, 342.

LA LETTRE IXTERCEPTEE 585

Après avoir dicté cette lettre qui peut satisfaire, croyons- Dous, les plus exigeants en matière de sentiments conciliateurs, Xapoléon fit appeler son aide de camp, M. de Montesquiou, et lui ordonna de se rendre aux avant-postes ennemis. Par une fatalité singulière, le premier chef de détachement prussien que rencontra Montesquiou était un être borné et stupidement esclave de la forme des règlements. 11 ne voulut pas reconnaître à Montesquiou la qualité de parlementaire parce qu'il ne le voyait pas accompagné d'un trompette. Malgré son insistance, malgré la lettre impériale dont il était porteur et dont il affirmait l'importance capitale, Montesquiou fut retenu comme prisonnier et conduit seulement, à dix heures du soir, le 13, au quartier général du prince de Hohenlohe. Celui-ci, quelque diligence qu'il y apportât, ne put faire parvenir utilement la lettre de Xapoléon au Roi qui était en pleine retraite et ne la reçut que trop tard, hélas, au moment où la bataille était déjà engagée. Le fait fut consigné parle roi de Prusse lui-même quand, au lendemain d'iéna, il demanda à l'Empereur nue suspension d'armes (1).

Toutes les intentions de l'Empereur, quelles qu'elles fussent, ayant été dénigrées, celle-ci ne pouvait échapper au sort commun. On a prétendu que ses dernières propositions de paix n'avaient été qu'une ruse de guerre dans le but de troubler le Roi au moment du combat, ou peut-être de gagner du temps. A la vérité, ce sont là des insinuations toutes gratuites. En prêtant à Xapoléon des projets aussi compliqués, il faudrait au moins dire quel bénéfice il comptait en retirer. Supposons que sa communication eût suivi un cours normal, que pouvait-il en résulter? Le Roi rejetait-il les offres de Xapoléon? Rien n'était changé aux situations respectives. Au contraire le Roi entrait-il dans une voie amiable"? En quelques heures les souverains se réunissaient en tête à tête, et rien encore n'empêchait

(1) Arc/iives nationales, IV, 1690. (Lelfre du roi de Prusse à Xapoléon, quartier général prussien, 15 octobre 1806 )

les deux armées belligérantes de continuer leurs mouvements^ Si l'entente ne se faisait pas, la bataille subissait à peine un retard de quelques heures.

Ajoutons qu'après tout ce que nous avons vu, si quelqu'un devait redouter qu'on eût le temps de modifier les emplacements des armées, c'était à coup sur Napoléon qui considérait sa position comme excellente, tandis que son adversaire tâtonnait pour savoir au juste à quel parti se résoudre. Il est donc extravagant de chercher sous les paroles de l'Empereur autre chose que leur sens réel : un désir sincère d'arriver à une solution amiable. Au surplus, ne faut-il pas regretter que, parmi tant de ruses Bianifestement mises en œuvre par la Prusse depuis l'origine du conflit, on n'en ait jamais trouvé une seule qui pût prêter, comme la démarche de Napoléon, à une conclusion immédiate de la paix?

Quand on arrive à léna, la première chose que les gens du pays vous font voir c'est, à droite du chemin de fer, une route étroite, sinueuse qui gravit le Landgrafenberg, une des montagnes au pied desquelles s'étend la vieille ville. Avec une sorte d'admiration ébahie, avec la fierté que les habitants ont à montrer les curiosités historiques de leur cité, les passants vous disent : « Cette route a été construite par Napoléon dans la nuit du 13 octobre 1806; les sapeurs taillaient dans le roc, roulaient les pierres de granit. Les hommes attelés avec les chevaux liraient péniblement les pièces de canon et les équipages le long de ces rampes embourbées, >> Puis, avec un gros rire, votre interlocuteur ne manque pas d'ajouter : « Les Prussiens étaient derrière la montagne et donnaient bien tranquilles. En voilà qui ont eu un réveil désagréable quand, le lendemain, en levant les yeux ils aperçurent toute l'armée française sur leurs têtes! 5> Dans sa simplicité naïve ce bref récit résume assez bien le coup hardi et foudroyant qui était une réminiscence du passage du mont Saint-Bernard. En Thuringe^

L'IXCERTITUDE A LA GlERRE 58T

comme dans les /\lpes, Napoléon apparut soudain, menaçant et invincible, au seul endroit par lequel il semblait impossible qu'il arrivât. Cette escalade audacieuse d'une montagne impraticable, exécutée par toute une armée, fut décidée instantanément par TEmpereur. Il ne l'avait nullement prévue, mais depuis longtemps sa témérité ne connaissait plus d'obstacle. Son génie de commandant d'armée avait pourvu sur tous les points aux moyens de réaliser ses inspirations les plus fortuites. Tout ce qu'il savait, c'est qu'il allait à une bataille prochaine. Le matin du 13 octobre, il en fixe encore la date à une échéance vague. « Il est probable, dit-il, que dans huit ou dix jours tout cela aura pris un grand caractère, 55 sans se douter que, quelques heures plus tard, il serait convaincu qu'une rencontre décisive aurait lieu le lendemain. Le jour qu'il avait consacré au repos de son armée (1), exténuée par des étapes quotidiennes de cinquante kilomètres, parfois plus, fut celui de la plus grande agitation. Cette incertitude peut sembler étrange chez un chef d'armée qui, croit-on généralement, devrait être renseigné sur ia position de son adversaire. Cependant c'est le contraire qui arrive presque toujours. Ainsi les plus illustres prédécesseurs de Napoléon comme ses modernes et plus fameux imitateurs se sont trouvés dans une complète ignorance des mouvements d'un ennemi qui était tout près d'eux : le jour de la bataille de Rosbach, le grand Frédéric se mettait à table lorsque son adjudant, le capitaine Gaudi^ accourut l'avertir que de la terrasse du château on apercevait les têtes de colonne des troupes de Soubise (2). De nos jours, malgré des moyens de correspondance tels que le télégraphe, malgré les systèmes d'espionnage perfectionnés dont on a tant parlé, on n'est pas mieux informé que jadis : dans la matinée même de la plus grande bataille de la

(1) Général Levval, la Veillée d'Iéna, étude stratégique de combat, p. 30 ; capitaine I'^oucart, (lampaçine de Prusse, p. 275.

(2) G. Von derGoltz, Rosback et léna, p. S.

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campagne de 1870, le 18 août, à Saint-Privat, le maréchal de Moltke n'avait que les renseignements les plus contradictoires et pour la plupart erronés sur les positions d'une armée française de cent cinquante mille hommes (1). Ce qui se représente maintenant qu'on a pu étudier les méthodes et profiter des leçons du passé pouvait donc à plus forte raison se produire en 1806. Mais encore faut-il dire que la direction offensive adoptée par Napoléon lui ordonnait presque, afin de dissimuler sa j)résence, de ne pas s'éclairer trop en avant (2). Il va au-devant de l'ennemi, quelle que soit l'heure, quelle que soit la minute où il le joindra, il doit être prêt à le combattre — et il l'est. C'est en réalité par la plus juste application des lois de la guerre que l'armée impériale marchait en carrés compacts, de façon que la moindre commotion fût ressentie de la tête à la queue de la colonne. Jusqu'à ce qu'on fût à proximité du lieu de concentration des Prussiens, les Français s'étaient avancés de même que le cavalier du jeu d'échecs par bonds et zigzags, sautant d'un gros bourg sur une ville, d'une forteresse sur uue croisée de routes, gagnant ainsi les meilleurs points stratégiques. Plus on se rapprochait du front de l'armée prussienne, et plus l'Empereur avait resserré toute ses divisions. De l'avant à l'arrière, de la droite à la gauche, les ordres pouvaient être transmis en trois heures. Cent quarante mille hommes d'infanterie, trente-huit mille cavaliers, quinze mille artilleurs, telle est la masse énorme que l'Empereur peut jeter en bloc effroyable sur un point ou distendre à volonté pour envelopper les Prussiens de toutes parts. C'est de la sorte qu'en un instant pour ainsi dire il put porter le gros de ses troupes aux alentours du Landgrafcnbcrg quand on lui signala que le camp prussicii était situé au versant opposé de la montagne.

(1) Historique du grand éiat-major prussien, p. 063-664; Correspondance militaire du maréchal de Molthe, I, d"' i77 et 178.

(2) Capitaine Gilbert, Essais de critique militaire, p. 105.

NAPOLEOX AL LAXDGRAFEXBERG 589

Dès le 1 2 après midi, le maréchal Laiines (5'= corps) s'était trouvé en contact avec des détachements prussiens. Ceux-ci furent dispersés par quelques fusillades et par une faible canonnade. Chez les Prussiens comme chez les Français on croyait avoir affaire à des brigades isolées. Personne ne se doutait que les armées impériale et royale entières s'engageaient alors par leurs tètes de colonnes.

Poursuivant sa marche, le 5' corps, à la nuit tombante, installa son bivouac à une lieue en avant d'Iéna. Son avantgarde était entrée dans la ville et campait non loin du Landgrafenberg. Moins par instinct de la guerre peut-être que par curiosité, moins encore par crainte d'une surprise que dans Fespoir d'une bonne aubaine, des soldats français restent difficilement toute une nuit devant un mur sans chercher à savoir ce qui se passe derrière. Au petit jour, des voltigeurs de Lannes firent l'ascension du Landgrafenberg. Arrivés au faîte, ils eurent un coup d'œil inattendu; ils aperçurent, rangés en bataille, sur trois lignes, les feux de l'armée prussienne, qui reposait tranquillement dans le calme de l'aube. Contrairement aux magistrales dispositions du commandant de l'armée française, les Prussiens couvraient une immense surface. tt II y en avait à perte de vue, dit le général Rapp; ils se prolongeaient par delà Weiraar (1). «

L'Empereur, poussé par quelque pressentiment, avait, dès le matin, résolu de se rendre à léna pour visiter son avantgarde. En chemin, Tofûcier d'ordonnance du maréchal Lannes l'informa de la découverte de l'armée ennemie. Immédiatement, sans une minute d'hésitation, ni de réflexion, l'Empereur lance les ordres dans toutes les directions : « Qu'un aide de camp crève un cheval, s'il le faut, dit-il (2), » Il ordonne aux maréchaux Lefebvre et Soult de hâter leur marche le plus tôt pos-

(1) Mémoires du (jcnèval Rapp, p. 81.

(2) Capitaine Foucart, Campagne de Prusse, p. 585.

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sible, « renncmi devant attaquer ce soir ou sûrement (Icmain matin; >' au nnaréchal Ney, d'être avec tout son corps d'armée, demain de bonne heure, à léna. Au maréchal Davoul il dit : « Si vous entendez une attaque ce soir sur léna, vous devez manœuvrer sur l'ennemi et déborder sa gauche, w Même ordre au maréchal Bernadotte.

11 était près de quatre heures. C'était presque la nuit en ce mois d'octobre et par un temps brumeux. Encore tout fiévreux de cette alerte subite, Napoléon rejoint le maréchal Lannes à léna, complète ses renseignements sur la situation et ordonne qu'on se mette sans retard à l'œuvre afin d'aplanir et d'élargir les rampes par lesquelles vingt-cinq mille hommes et leur artillerie allaient passer pour se ranger en bataille sur les hauteurs du Landgrafenberg d'où ils planeraient sui- les Prussiens. Invisible pour l'ennemi, la nouvelle route permettrait le lendemain aux renforts de surgir comme d'une boîte quand ils avanceraient sur le plateau. Le maréchal s'était emparé de ce plateau, mollement défendu par les vedettes prussiennes et la fusillade continuait là-haut dans la demi-obscurité. L'Empereur voulut y monter malgré les supplications de son entourage. Il tenait à reconnaître j)ar lui-même la position de l'ennemi; peut-être avait-il surtout l'impatience de contempler sa proie du lendemain. Accompagné seulement des maréchaux Lannes et Soult et du général Suchet, il s'aventura jusque dans la ligne des vedettes. Il faisait si noir qu'à quelques pas même on ne distinguait que des ombres. Entendant du bruit et craignant d'être surprises, les sentinelles françaises tirèrent au hasard. L'Empereur et ses compagnons n'eurent d'autre ressource que de se coucher à terre jusqu'à ce que la méprise fût expliquée. Après avoir échappé à ce danger, Xapoléon surveilla lui-même les ouvrages de terrassement, à la montée du Landgrafenberg. Il s'approchait des travailleurs, les excitant, les encourageant. Comme on avait beaucoup de peine à hisser les

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