‹ Napoléon et la paixChapitre 132 sur 148 · LES DESASTRES DE LA PRISSE · texte numérisé non relu

LES DESASTRES DE LA PRISSE

Le 29 octobre 1806, Je général Lasalle mit le comble à sa renommée par un fait d'armes extraordinaire. Passant en vue de la place de Stettin, qui était défendue par une garnison de six mille hommes et cent soixante canons, il la fit sommer de se rendre. Il n'avait avec lui qu'une brigade de cavalerie légère composée de deux régiments de hussards. A six heures du malin, les deux officiers envoyés par Lasalle rapportaient la capitulation signée. La garnison devant défiler à huit heures sur les glacis et se rendre prisonnière, Lasalle fit immédiatement prévenir Murât et lui demanda de l'infanterie; mais à l'heure dite, il n'était encore arrivé qu'un régiment et deux canons. Voyant qu'elles avaient affaire à si peu de monde, les troupes prussiennes firent mine de se révolter. Sans perdre une minute, Lasalle les fit charger par les hussards et les dispersa dans la plaine. La capitulation de Stettin fut pleinement exécutée; le général prussien, de Romberg, ne tint pas rancune au vainqueur. Sachant que Lasalle était grand fumeur, il lui offrit une pipe turque enrichie de pierreries fl). A la suite de ce beau fait d'armes, Napoléon écrivait à Murât : « Si votre cavalerie légère prend ainsi des villes fortes, il faudra que je licencie mon génie et que je fasse fondre mes grosses pièces (2). » Le même jour, 29 octobre, près de Passualk une autre brigade de cavalerie légère (13" de chasseurs et 9" de dragons), commandée par le général Milhaud, faisait mettre bas les armes à une colonne de six mille hommes. On vit dans cette poursuite des bataillons, des escadrons se rendre à un ou deux hommes (3). Le général d'Ingersleben, à Kiistrin, perdit complètement la tête et oublia tous ses devoirs quand il vit arriver les Français. Le 26 octobre, le roi et la reine de Prusse, effarés, poursuivis par la cava-

(1) Robinet db Glérv, Lasalle, p. 14.

(2) Correspondance de Xapoléon /", XIII, p. 41-3.

(3) Mathieu Dumas, Précis des événements militaires, 1806, II, 299; Souvenirs du général Colbcri, II, 374.

lerie de Mural, avaient traversé Kustrin. Là d'Insgersleben, faisant ses adieux à son souverain maliieureux, lui jura sur son honneur de sujet et de soldat de défendre son poste jusqu'à la mort. Trois jours après, le triste général, voyant venir l'avantgarde du maréchal Davout, alla lui-même sur les remparts et, sans avoir reçu même une seule sommation préalable, invita l'ennemi à prendre possession de la forteresse ( 1 ). A Magdebourg, où commandait le général de Kieist, le maréchal Ney, qui s'attendait à une longue et dure résistance, fut tout surpris, le deuxième jour de siège, de voir arriver un parlementaire lui apportant la soumission de la ville. Le 1 1 novembre, défilèrent devant l'armée française vingt généraux, six mille hommes de troupes, dont deux mille d'artillerie, et huit cents bouches à feu qui n'avaient pas brûlé une amorce. Ln contemporain dit : « Le général de Kieist est inexcusable. On a le choix de le prendre pour un traître ou pour un lâche (2). ;' On n'en finirait pas de donner le détail de toutes les capitulations honteuses qui signalèrent la fin de 1806 et le commencement de 1807. Les places fortifiées tombaient comme des châteaux de cartes les unes après les autres au souftle de nos armées : Hammeln, où le commandant de Schœler va au-devant de nos troupes (3) ; Glogau , que le général de Reinhardt est obligé de quitter sous les malédictions des habitants et où les officiers sont pourchassés à coups de crosse de fusil par leurs propres soldats (4) ; Schweidnitz, où le commandant Haack ne montre que faiblesse et découragement (5); Breslau, où la noblesse de la ville donne des bals aussitôt après le siège, en l'honneur du prince Jérôme; Nienburg, Grau-

(1) KxGEh, Kônif/in Luise, p. 128; Adami, Luise Kimiyin von l'reussen, p. 213; Vertraute Brie/e, III, p. 251.

(2) Vertraute lirie/e, III, 251 ; A. du Casse, le Général Vandamme, II, 170; Excel, Këniqin Luise, 128-129.

(-3) Arc/lices de la Guerre. (Dossier du 20 novembre 1806.) (4) PiasTER, Konifj Friedrich ton IViirifembert/, p. 148 ; E.vgel, Kunigin Luise. 129.

[o) leriruute Brieje, II, 132-144.

Page 1